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 Nathalie Azoulai, "Titus n'aimait pas Bérénice"

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esperluette
Magnolia-White Ampersand
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MessageSujet: Nathalie Azoulai, "Titus n'aimait pas Bérénice"   Jeu 18 Mai - 10:27

Elle trouve toujours un vers qui épouse le contour de ses humeurs, la colère, la déréliction, la catatonie... Racine, c'est le supermarché du chagrin d'amour, lance-t-elle pour contrebalancer le sérieux que ses citations provoquent quand elle les jette dans la conversation.


J'avais envie de vous parler un peu de ce livre que je viens de lire et que j'ai trouvé très beau, il pourrait plaire à quelques amatrices de théâtre ici. Wink

Citation :
Titus n’aimait pas Bérénice alors que Bérénice pensait qu’il l’aimait.
Titus est empereur de Rome, Bérénice, reine de Palestine. Ils vivent et s’aiment au Ier siècle après Jésus-Christ. Racine, entre autres, raconte leur histoire au XVIIe siècle. Mais cette histoire est actuelle : Titus quitte Bérénice dans un café.
Dans les jours qui suivent, Bérénice décide de revenir à la source, de lire tout Racine, de chercher à comprendre ce qu’il a été, un janséniste, un bourgeois, un courtisan. Comment un homme comme lui a-t-il pu écrire une histoire comme ça? Entre Port-Royal et Versailles, Racine devient le partenaire d’une convalescence où affleure la seule vérité qui vaille : si Titus la quitte, c’est qu’il ne l’aime pas comme elle l’aime. Mais c’est très long et très compliqué d’en arriver à une conclusion aussi simple.

C'est un beau texte sur l'écriture et l'amour. Le livre est en fait centré sur Racine et l'histoire de la Bérénice contemporaine est seulement esquissée. Mais le parallèle est bien fait et j'ai beaucoup aimé l'introduction, dans laquelle cette Bérénice, aux prises avec un chagrin d'amour, se replonge dans les pièces de Racine qui deviennent une thérapie, un exutoire, une langue à part entière pour dire ce qu'elle vit.
Mais l'essentiel du roman retrace la vie de Racine, sa formation à Port-Royal, sa passion pour la langue, la poésie, la manière dont se dessine sa propre voix. Son obsession pour la nature humaine, son envie d'arriver à faire naître des voix de femmes blessées alors même que lui ne connaît rien de l'amour, la rivalité avec Corneille, l'amitié avec Boileau, ses relations avec les actrices, sa fascination pour Louis XIV... tout cela dans un style ciselé, très fluide, brillant.  

Quelques extraits piqués sur Babelio :

Il connaît toutes les espèces, nomme les charmes, les ormes, les trembles. Il détaille ce qui les distingue, explique les propriétés, les étymologies. Jean pourrait l'écouter des heures. L'orme a la même racine que l'aulne, dit-il, ou, c'est en bois de hêtre qu'on a fait la traverse de la croix du Christ.
Et c'est tout ? s'étonne Jean.
Oui, l'arbre est moins remarquable que le nom qu'il porte.
Tant mieux, pense Jean, rassuré à l'idée que les noms puissent être plus grands que les choses.


Si vous parvenez à saisir tout ce qui se passe dans l'annonce d'une séparation, vous êtes au cœur de la condition humaine, ses désirs, sa solitude. On peut disséquer la mort d'une âme sans verser une seule goutte de sang.

Pour se consoler, Jean instruit des comparaisons. Il se répète, par exemple, que l'errance de Didon est encore plus douloureuse que la sienne : quand la mort emporte celle que vous aimez, elle a beau vous l'enlever, elle ne vous enlève rien d'autre, tandis que l'abandon pur et simple vous retire tout d'un coup en jetant sur le tout premier serment la lumière noire du mensonge. C'est pathétique, mais il ne trouve rien d'autre : comparer sa douleur à celle d'une héroïne, soupeser les deux souffrances, passer par la fiction pour supporter la réalité. Il revient donc au chant IV de L'Enneigé comme on se blottit dans un vieux manteau. S'il avait su... S'il avait su, enfant, que l'excitation et la peur qu'il éprouvait chaque fois qu'il ouvrait le livre lui seraient un jour des consolations, il se serait senti moins coupable devant ses maîtres, mais qu'auraient dit ses maîtres de cette déréliction sans Dieu, de toute cette détresse à cause d'une pécheresse ? Sans doute le savait-il. Sans doute avait-il senti très tôt que la plainte de Didon recevait en lui un écho favorable, jumeau, qu'il était profondément de son côté. Il mouline ses évaluations tout le jour, ventile son esprit et son coeur mais ne fixe rien. S'il parvenait pourtant à mettre des mots à lui sur cette souffrance, il fabriquerait son antidote, saurait y revenir chaque fois que nécessaire, chaque fois que le chagrin viendrait le lancer, celui-ci ou un autre. Son antidote est celui du monde entier. Ecrire la tragédie de l'amour trahi, la tristesse pure de l'abandon, la suffocation, n'écrire que cela, cinq actes durant, oui, se dit Jean, rien d'autre que cette suffocation, et ainsi dépasser Virgile.

Un jour Bérénice, elle aussi, ne se souviendra du visage de Titus qu'en s'obligeant à y penser.
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Tatiana
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MessageSujet: Re: Nathalie Azoulai, "Titus n'aimait pas Bérénice"   Jeu 18 Mai - 13:16


Merci pour ta présentation et ton retour sur ce livre esperluette.
On m'en avait pas mal parlé au moment de sa sortie. A première vue il ne me tentait pas trop mais à lire les extraits que tu as postés je le note pour une future lecture study .

_________________
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Petit Faucon
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MessageSujet: Re: Nathalie Azoulai, "Titus n'aimait pas Bérénice"   Jeu 18 Mai - 17:51

Merci de cette magnifique présentation, esperluette I love you 

J'avais vu le livre en librairie, et j'avoue que le titre m'avait accroché l'oeil Wink 
C'est un livre digressif, d'après ce que je comprends, c'est agréable ce genre de lecture de temps en temps.
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esperluette
Magnolia-White Ampersand
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MessageSujet: Re: Nathalie Azoulai, "Titus n'aimait pas Bérénice"   Sam 20 Mai - 11:47

Merci pour vos messages, j'espère que ce livre vous plaira. Wink
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MessageSujet: Re: Nathalie Azoulai, "Titus n'aimait pas Bérénice"   

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