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 The Brontë Myth de Lucasta Miller

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Leibgeber
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MessageSujet: The Brontë Myth de Lucasta Miller   Mar 20 Aoû 2013 - 15:24

  Je voudrais faire découvrir cette étude de Lucasta Miller sur les sœurs Brontë, parue il y a maintenant 10 ans en Angleterre, et qui constitue un des ouvrages les plus importants qui leur a été consacré en portant justement sur tout ce qui leur a été consacré ! Lucasta Miller montre comment, depuis la mort des sœurs Brontë et la biographie d’Elizabeth Gaskell, s’est développée une imagerie fantasmagorique et protéiforme ne correspondant pas à la réalité, bref un mythe qui trouble la lecture des œuvres des sœurs Brontë. Déjà en 1904, Henry James déplorait « une confusion sans précédent ». Cette confusion a été telle au fil du temps qu’elle constitue un phénomène littéraire déconcertant quand on l’ignore et ouvrant sur de grands abîmes : les sœurs Brontë ? Les sœurs qui, avez-vous dit ? Voilà à quel point on peut arriver, de ne plus savoir au juste ce qu’on a lu, ce qu’on a aimé.


Les métamorphoses de Charlotte Brontë

   On pourrait trouver cela difficile à admettre, car elle fut assurément animée par les meilleures intentions, mais c’est à Elizabeth Gaskell et sa biographie de Charlotte que le mythe Brontë doit d’avoir pris son essor. Charlotte Brontë, bien que populaire, était la proie d’un certain blâme moral, notamment pour avoir affirmé le désir féminin au sein d’une société victorienne des plus corsetées : « coarseness », « morbidity », « masculinity », tels étaient les termes qu’on employait volontiers à son égard.
  Elizabeth Gaskell, romancière progressiste en matière sociale, mais traditionaliste quant aux mœurs, ressentait elle-même un malaise devant les œuvres de celle dont elle chercha l’amitié et à qui elle s’attacha de manière sincère. A travers sa biographie (qu’elle entreprit à la demande du père de Charlotte Brontë), elle voulut défendre son amie des reproches qu’on lui faisait. Elle mit ainsi en valeur ses qualités féminines au cours d'un récit offrant une vision noire de la vie des sœurs Brontë où Charlotte Brontë apparaissait remarquable par son sens du devoir et du sacrifice. Elizabeth Gaskell, négligeant les œuvres des sœurs Brontë, relata beaucoup leur vie comme une histoire à faire pleurer dans les chaumières,, « a folk-tale » pour reprendre l’expression de Lucasta Miller.
  Elizabeth Gaskell parvint à ses fins. Son ouvrage eut grand impact sur le public et l’image qu’il se forma des sœurs Brontë, surtout de Charlotte qui devint même un modèle moral, voire une icône de la féminité idéale dans un renversement de table qui a de quoi laisser perplexe aujourd’hui. Pourtant, à une époque où les biographies exemplaires étaient en vogue, Charlotte Brontë pouvait figurer aux côtés de grandes héroïnes comme Jeanne d’Arc ! Le phénomène alla jusqu’à ce que cette place dans l’imaginaire collectif des anglais fasse oublier ses œuvres. En fait, « Jane Eyre did not competely disappear in the decades after Charlotte’s death. It was, however, reimagined, repackaged and redefined » pour que le roman s’accordât avec la manière de faire Charlotte Brontë une sorte de sainte victorienne.
  Si tout le monde ne s’y laissa pas prendre, cette image de Charlotte Brontë prédomina jusqu’à la première guerre mondiale. En 1913, la publication de ses lettres à Constantin Heger (Charlotte Brontë vécut deux ans un pensionnat à Bruxelles où le professeur Heger remarqua ses dons et l’aida à les développer) jetèrent un certain trouble, embarrassant les personnes, comme Clement Shorter, brontëologue alors le plus en vue, qui valorisaient sa moralité supérieure. En fait, ces lettres pleines d’émotions n’expriment pas directement l’amour, et il convient sans nul doute, comme le fait Lucasta Miller, de témoigner de circonspection.
  A partir des années 20, la vision de Charlotte Brontë se transforma chez les analystes, d’une part à travers un mouvement de critique de l’hypocrisie de la société victorienne à laquelle on associait Charlotte Brontë, d’autre part à travers la popularisation de la psychanalyse et des psychobiographies. Charlotte Brontë fut réduite, de la manière caricaturale en général, à un auteur névrosé sans nulle conscience de ce qu’elle exprimait de son intériorité profonde.
   La biographie sombre d’Elizabeth Gaskell, hélas, favorisa cette approche, comme son caractère « folk-tale » nourrit une importante production populaire autour des sœurs Brontë et de leur vie qui en offraient une vision clichesque et conventionnelle. Les adaptations à la manière de romances tourmentées des Hauts de Hurlevent et de Jane Eyre (220 millions de spectateurs pour la première) avant la seconde guerre mondiale par Hollywood contribuèrent à un appauvrissement de ce que le public pouvait retirer des sœurs Brontë, du moins de Charlotte et Emily. Anne, elle, resta dans les limbes jusqu’aux années 60 et l’émergence de la critique féministe qui mit en valeur son second roman, La Locataire de Wildfell Hall.
 Charlotte Brontë fut aussi l’objet d’une relecture féministe, même si encore ce fut volontiers pour en faire une martyre du patriarcat, dernier grand avatar d’une réception au fil du temps marquée par les intérêts des uns et des autres ou les modes et non par la distanciation. Heureusement celle-ci, depuis une vingtaine d’années, a fini par s’imposer.

Un mythe fait maison : Emily Brontë

   Emily Brontë a aussi traversé le temps avec des masques variés, différents de ceux de sa sœur Charlotte.
  Celle-ci est à tenir pour la première responsable de la mythification d’Emily Brontë pour deux raisons. L’une tient dans une certaine attitude de Charlotte envers Emily dans la vie dont elle aurait continué à témoigner après sa mort : une « immense admiration for Emily’s genius coupled with a tendancy to infantilise her ; and an urge to protect which merges ambivalently into a desire to control. » L’autre relève du rejet par la critique des Hauts de Hurlevent au moment de sa parution. Charlotte Brontë se serait exagérée celui-ci s’il faut en croire Lucasta Miller qui a observé plutôt du décontenancement. Ce rejet ou son sentiment amena Charlotte à défendre la mémoire d’Emily aussi que celle d’Anne (dont le roman La Locataire de Wildfell Hall fut, lui, effectivement la cible de la critique) en excusant ses sœurs de leur ignorance de filles recluses à la campagne.
  Tout ceci se serait traduit aussi dans Shirley où Charlotte Brontë fit revivre Emily de manière idéalisée et selon sa conception de l’art (l’artiste comme « vaisseau de Dieu ») plutôt que celle de sa sœur (qui aurait eu une vision plus personnelle), et ce qu’il faut bien appeler des tripatouillages des poèmes de celle-ci. Charlotte Brontë en créa même un en son nom, The Visionary, et fit passer No coward soul is mine comme son dernier,, ce qui leurra ses admirateurs et ses commentateurs.
  Ensuite vint la biographie de Gaskell où Emily Brontë occupe une place secondaire et dont certaines anecdotes formèrent dans l’esprit du public la vision d’une personne mal embouchée, violente, voire bestiale.
  En fait, alors que sa sœur était portée aux nues du sain ménage, Les Hauts de Hurlevent furent oubliés. C’est à partir des années 1880 que l’œuvre d’Emily Brontë commença à être reconnue, à travers notamment A. G. Swinburne et Mary Robinson, auteur de sa première biographie personnelle. L’appréhendant dans le prisme de ses propres recherches morales et spirituelles, Mary Robinson conçut Emily Brontë comme une sorte de génie sauvage et mystique pour opérer ainsi « a new sort of canonisation» . Elle chercha l’inspiration des Hauts de Hurlevent dans sa vie de manière douteuse. La biographie de Mary Robinson eut du succès « but had gone some of the way to setting the agenda which would dominate biographies right up until the present » .
  Là encore des personnes eurent des approches plus rigoureuses, notamment Humphry Ward qui crut discerner de nombreuses influences dans l’œuvre d’Emily Brontë : Lord Byron, les poètes des lacs ou les romantiques allemands pour n'en citer qu’une partie. L’originalité d’Emily Brontë tiendrait dans sa manière toute à elle d'y avoir puisé.
  Toutefois, c’est la vision fantasmatique du génie sauvage qui s’imposa pendant longtemps. Paru en 1912, The Three Brontës de May Sinclair a été un ouvrage important avec sa manière d’envisager Emily Brontë selon un transcendantalisme idéaliste. Ceci pour la plus ambitieuse d’entre tous, car d’autres auteurs appréhendèrent Emily Brontë de manière simpliste ou extravagante, en lui faisant voir des fantômes, parler avec Dieu, ou en en faisant carrément une catholique romaine. Ces approches diverses sont à mettre en rapport avec l’évolution de la spiritualité vers des formes vagues, non liées aux grandes confessions.
  Les lettres aux professeur Heger et la vogue des psychobiographies dans les années 20 donnèrent lieu aussi à des investigations et des interprétations fantaisistes d’Emily Brontë et de son œuvre. On chercha par exemple l’homme dont elle devait forcément, comme Charlotte, être tombée amoureuse, Constantin Heger justement ou William Weightman selon les auteurs, ou sinon une femme inconnue à Law Hill, etc.
  Par ailleurs, à partir aussi des années 1880, certains ne purent accepter que Les Hauts de Hurlevent aient pu être l’oeuvre d’une femme, estimant que le véritable auteur ne pouvait être que son frère Branwell.
*
   Le mythe Brontë s’est entretenu et s’entretient toujours à Haworth dont il nourrit une partie des habitants : « (…) and it’s certainly not difficult to imagine the ghosts of Charlotte, Emily and Anne watching the effect of the big Brontë legacy on their beloved Haworth » , phrase concluant un récent documentaire.
   Les sœurs Brontë ont inspiré encore au cours des dernières décennies pléthore de « dérivés », c’est-à-dire d’œuvres tirées des leurs, imaginant ce qui s’est passé avant (la vie dissolue de Rochester avant qu’il s’installe à Thornfield), pendant (ce qui est arrivé à Heathcliff pendant ses trois années d’absence), après (comment Helen Huntingdon tint la culotte au cours de son mariage avec Gilbert Markham), dedans (se plonger dans la tête de Keeper et découvrir avec lui qu’Emily Brontë vola le manuscrit des Hauts de Hurlevent à son frère Branwell alors qu’il était dans les vappes si bien qu’il crut ensuite, le pauvre, qu’il avait seulement rêvé d’avoir écrit un roman), etc.
   Si The Brontë Myth est instructif sur une sacré «confusion», pour ne pas dire vulgairement un satané bordel, je me suis senti chagriné que l’on puisse en être à insister que quelqu’un comme John Hewish, à la fin des années 60, a été « one of the clearest and most rational commentators on Emily to appear so far ». Fait-on une telle observation sur l’analyse au fil du temps d’autres grands auteurs ? Voit-on des études se conclure comme celle de Lucasta Miller: « It’s time to turn the tables and put the writings first » ?
  Le mythe hante toujours la lecture des sœurs Brontë, mais les études brontéennes sont devenues plus sérieuses. Elles traversent un « golden age » et Lucasta Miller mériterait alors dans cet ordre d’idée des couronnes de lauriers tant son étude est éclairante sur tout ce qui peut parasiter l’approche de l’œuvre des sœurs Brontë et empêcher d’y découvrir tous leurs trésors d’intelligence, de sensibilité et d’imagination.

Lucasta Miller: The Brontë Myth, Random House, 2001
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MessageSujet: Re: The Brontë Myth de Lucasta Miller   Dim 25 Aoû 2013 - 13:11

   Pour poursuivre son chemin dans cette sorte de labyrinthe kleistien que constitue le Brontë Myth, voici le lien vers un article (en anglais) publié dans une revue canadienne et qui traite du caractère décevant des Hauts de Hurlevent auprès d’un public attendant de la romance et des happy ends. Son auteur pointe comment les multiples adaptations du roman d’Emily Brontë ont édulcoré son ton rugueux et pessimiste sur l’humanité. Si Jane Austen, elle, raconte dans ses romans des histoires d’amour optimistes, sa popularité depuis une vingtaine d’années se devrait aussi à des adaptations mettant de côté leurs visées morales : http://www2.macleans.ca/2011/08/26/why-emily-bronte-will-never-be-as-popular-as-jane-austen

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MessageSujet: Re: The Brontë Myth de Lucasta Miller   Sam 31 Aoû 2013 - 13:06

Merci Leibgeber, c'est très intéressant. Very Happy 

Effectivement, il y a souvent toutes sortes de choses qui viennent parasiter la lecture des grands auteurs, et qui forment comme une loupe déformante entre le lecteur et la pensée de l'auteur : adaptations hollywoodiennes, biographies discutables, produits dérivés commercialisés par des éditeurs peu scrupuleux...

J'ai l'impression que ce phénomène atteint un point extrême en ce qui concerne les soeurs Brontë, parce que c'étaient des femmes, qu'elles ont écrit des oeuvres audacieuses, et que finalement on ne sait pas grand-chose de leur vie.

Emily et Anne en particulier n'ont pas eu de chance : elles sont décédées prématurément, et il me semble que leur grande soeur n'a pas vraiment rendu justice à leurs oeuvres après leur mort.

Comme je suis d'accord avec toi quand tu t'agaces des efforts faits par certains biographes qui veulent à tout prix trouver de quel homme Emily était amoureuse ! Parce qu'évidemment elle devait forcément être amoureuse de quelqu'un ! No 

Je n'aime pas non plus ceux qui veulent à tout prix tout savoir sur la vie sentimentale de Jane Austen ou de Charles Dickens : qui Jane Austen a-t-elle aimé ? Quelle était la nature de la relation entre Dickens et la jeune actrice Ellen Ternan ?

La réponse à toutes ces questions, à mon avis, c'est :

- on n'en sait rien,
- ça ne nous regarde pas,
- tout ce que ces auteurs avaient d'intéressant à dire sur l'amour, le mariage, etc, ils l'ont dit dans leurs livres.

Put the writings first, c'est vraiment ce qu'on devrait faire pour tous les auteurs.

Comme le dit Doris Lessing :

"It seems to me that novelists need biographies less than any other kind of person. An ounce of nous can tell from a novel, let alone two or several, most things about a writer. Not what date he or she went there or did that, but the essence of the matter. I have just reread "Villette" (...) and I maintain that anyone over the age of twenty can understand anything of importance about Charlotte Brontë from that book."
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MessageSujet: Re: The Brontë Myth de Lucasta Miller   Mar 3 Sep 2013 - 14:33

Merci Leibgeber pour ton compte-rendu très étoffé du livre de L Miller The Brontë Myth.

C'est vrai que l'histoire de la famille Brontë offre un sujet en or à toutes sortes d'écrivains et de pseudos-biographes, d'autant que leurs morts prématurées de permettent pas de contredire quelque récit romancé de leurs vies ...
On comprend pourquoi toutes sortes d'inepties ont été écrites sur cette famille Suspect, les morts ne peuvent pas contredire les vivants ...

Cela dit, il est normal de s'intéresser à la vie d'un écrivain, cette partie de lui ou d'elle qui nous ressemble.
Ce que dit Miss Trotwood est très sage, et je me retrouve tout à fait dans sa citation de Doris Lessing à propos de Villette de Charlotte  : un écrivain donne ses romans, c'est la partie de lui-même qu'il donne à son public, et ce qu'il fait dans sa vie personnelle ne regarde que lui ...

Quant aux adaptations TV ou cinéma, il est plus facile de trahir l'oeuvre que de lui donner une nouvelle dimension ; il ne faut pas quand même sous-estimer l'audience beaucoup plus large qu'une adaptation TV ou ciné donne à une oeuvre, et que de très nombreux lecteurs de Jane Eyre ou des Hauts de Hurlevent ne sont venus au livre qu'après avoir visionné une adaptation, même imparfaite Wink
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MessageSujet: Re: The Brontë Myth de Lucasta Miller   Mar 3 Sep 2013 - 15:04

C'est un article très intéressant sur lequel je vais me pencher en détails sunny 

Je suis entièrement d'accord avec tout ce qui a été dit  
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MessageSujet: Devotion   Jeu 12 Sep 2013 - 14:04

  Je suis content que d’autres personnes partagent mes sentiments (je serais curieux de connaître le titre de l’ouvrage de Doris Lessing dont Miss Trotwood a tiré sa juste citation). Même si j’ai de réserves de manière générale sur les adaptations, sans doute Petit Faucon a raison, elles incitent beaucoup de spectateurs à découvrir les œuvres originales. Qui sait combien de nouveaux lecteurs a trouvé le Michael Kohlhaas de Kleist après la sortie de son adaptation pour prendre un récent exemple ?
  Toutefois, en ce qui concerne les sœurs Brontë, elles ont été parfois l’objet de productions insupportables comme Devotion en 1946. Ce film est aussi fidèle à la réalité que le cœur de William Weightman à une jeune paroissienne d’Haworth (s’il faut en croire Charlotte Brontë qui s’amusait de ce vicaire au vrai estimé par tous et qui mourut prématurément) tant la vie des sœurs Brontë a été arrangée de manière sirupeuse et convenue pour plaire au goût du public de l’époque. Tout y est faux, les décors de carton-pâte, les sœurs Brontë au glamour tout hollywoodien, l’intrigue de soap-opera, à en être saisi de stupéfaction.
   Vraiment, je n’en ai pas cru mes yeux de voir Emily Brontë se pâmant d’amour pour Arthur Bell Nicholls au charme, non d’un pasteur austère et investi dans sa mission, mais d’un bellâtre de western de série B égaré (sans doute après avoir été emporté par une tornade en Arizona) dans la lande du nord de l’Angleterre.  A Emily, qui ne s’en remettra pas, celui-ci préfèrera Charlotte avec qui il se mariera à la fin – un des rares points du film respectant la biographie des sœurs Brontë.
   Une autre scène particulièrement drôle se déroule lors du séjour en pensionnat de Charlotte et Emily Brontë à Bruxelles; c’est celle du Tunnel des mystères où le professeur Heger, à l’allure et aux manières de gigolo gominé de grand hôtel, entraîne Charlotte avec un sourire égrillard, se lissant la moustache de satisfaction après leur petit tour de manège…
   Mais ce ne sont que deux exemples d’un film ayant donné une image complètement fausse des sœurs Brontë. Heureusement Devotion n’a pas remporté le succès escompté, au contraire des Hauts de Hurlevent de 1939 adapté hélas sur le même moule.


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MessageSujet: Re: The Brontë Myth de Lucasta Miller   Jeu 12 Sep 2013 - 17:49

Merci Leibgeber pour ce Devotion, traduit en français en : La vie passionnée des soeurs Brontë Very Happy 
J'ai beaucoup aimé la bande-annonce que tu as mise, avec  les "exciting story" / "exciting life", etc ...
Je joins ICI le lien vers imdb par curiosité, pour voir l'affiche de l'époque.

Je trouve ça assez macho de penser que deux soeurs qualifiées de "géniales" ne peuvent se réaliser que dans la rivalité amoureuse, avec écrasement final de l'une par l'autre Suspect, c'est assez affligeant et vraiment réducteur.
Ces pauvres Brontë ne méritent pas un tel traitement.

Mais bon, comme tu le dis, il vaut mieux en rire qu'en pleurer Wink
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MessageSujet: Connaissez-vous Lydia Brontë?   Dim 15 Sep 2013 - 11:20

  Pour peut-être rire encore un peu, voici un sketch récent qui témoigne de la popularité exceptionnelle des sœurs Brontë. Il est intitulé The Other Brontë Sister. Je crois qu’il n’a été diffusé que sur le net, mais a bénéficié de larges moyens. Je ne le trouve pas tout à fait réussi pour ma part, la fin surtout, longuette. Toutefois, Lydia Brontë et son roman m’ont beaucoup plu, cette sœur imaginaire – inspirée sans doute par le frère de la famille, Branwell - irait bien avec ses aînées fantasques.


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MessageSujet: Re: The Brontë Myth de Lucasta Miller   Lun 16 Sep 2013 - 15:22

Assez décalé ce petit film Shocked 

Le début du sketch est assez caricatural, mais rigolo, et la fin fait carrément jeu vidéo, avec les explosions partout Suspect 

Mais c'est vrai que ça montre clairement que les soeurs Brontë font définitivement partie de la culture populaire I love you
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MessageSujet: Re: The Brontë Myth de Lucasta Miller   Mer 18 Sep 2013 - 21:40

Leibgeber, je réponds avec un peu de retard Embarassed à ta question sur la citation de Doris Lessing : elle est extraite de "Biography", un article publié dans le Spectator en 2000, et qui fait partie des textes de Doris Lessing rassemblés dans Time Bites (traduit en français sous le titre "Le temps mord").

Je ne saurais trop recommander la lecture de Time Bites, mais, Leibgeber, ne te précipite pas pour l'ajouter à ta collection de livres sur tes écrivains préférés : la phrase que j'ai citée est la seule où l'auteur parle des soeurs Brontë Wink
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MessageSujet: Re: The Brontë Myth de Lucasta Miller   Jeu 19 Sep 2013 - 10:03

Merci pour ta réponse, Miss Trotwood !


J'aime beaucoup Doris Lessing, ses histoires, sa plume caustique, et le recueil dont tu parles m'intéresse, même si tu en as extrait l'unique phrase qui fait référence aux soeurs Brontë Very Happy.


(hors sujet)
J'ai vu que tu as commencé Martha Quest, j'aimerais bien que tu laisses ton avis sur ce livre (dans le sujet "littérature sud-africaine" ici)
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MessageSujet: Re: The Brontë Myth de Lucasta Miller   Jeu 19 Sep 2013 - 18:59

  Merci aussi à Miss Trotwood. En fait, je serais intéressé de connaître l’article de Doris Lessing par rapport aux sœurs Brontë dont les fantômes auraient vu s’accumuler nombre de travaux douteux. Dans The Brontë Myth, Lucasta Miller évoque les vues de Virginia Woolf sur les biographies et leur défaut en général de se présenter à la manière de roman en donnant du liant là où on ne le peut pas forcément faute de documents. Il y en a très peu au sujet d’Emily et Anne Brontë. Pour Charlotte, c’est différent, il existe des centaines de lettres de sa main notamment, mais cela n’a pas empêché non plus qu’elle ait été l’objet de n’importe quoi.
  Beaucoup ont voulu repriser des trous en se fiant à leur perspicacité, mais à la fin les tricots produits sont peut-être allés aussi bien aux sœurs Brontë que celui que se voit offrir Thierry Lhermitte par Anémone dans Le Père Noël est une ordure...

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MessageSujet: Four Dreamers and Emily   Mer 12 Mar 2014 - 14:02

   Ecrit par une brontëologue réputée, également auteur d’une œuvre romanesque, Stevie Davies, Four Dreamers and Emily est un roman, paru en 1996, qui traite des affres de la passion pour Emily Brontë.
   Tel est le sujet de The Brontë Myth de Lucasta Miller que les sœurs Brontë peuvent être l’objet d’une dévotion s’attachant autant, voire davantage, à leur personne qu’à leurs écrits. De leur vivant même, elles ont suscité, comme aujourd’hui les vedettes de la chanson ou du cinéma, la curiosité du public avec les mêmes indélicatesses. Après leur mort précoce, leur postérité a été même celle de devenir des icônes : de Charlotte Brontë on fit un modèle de la morale victorienne, d’Emily, une égérie de la révolte ou une inspirée mystique…


    L’histoire de ces représentations est longue et complexe en fait. Dans son étude, Lucasta Miller y inscrit le roman de Stevie Davies ainsi :
    « Le fait qu’Emily soit insaisissable en a fait un sujet de nombreuses inventions, un écran blanc sur lequel l’imagination peut se donner libre-cours. Après avoir écrit la biographie d’Emily, Stevie Davies se tourna vers la fiction, peut-être dans l’idée qu’il s’agissait d’une façon plus appropriée de traiter de manière sensible de ce phénomène. »
   « Who’s the real Emily ? » est une question posée par un personnage de Four Dreamers and Emily.
   Est-elle déjà seulement cette vague silhouette sur une photo achetée à Bruxelles (Emily Brontë y étudia pendant huit mois avec sa sœur Charlotte) ? Du moins est-ce ce que veut croire Eileen, secrétaire allant sur ses soixante ans dans le roman de Stevie Davies. Cette photo n’est pas la seule relique que cette vieille fille solitaire prétend posséder outre le fait de descendre de la famille Nussey (Ellen Nussey fut une amie proches de Charlotte Brontë). Ou bien Emily est-elle un fantôme que pense voir parfois dans la nuit Timothy, un vieil homme gravement malade qui fait face aussi, après la mort de sa femme, à la solitude ? Seule sa correspondance avec la professeur Pendlebury lui apporte un peu de réconfort, et inversement. La professeur Pendlebury, spécialiste des sœurs Brontë, est en proie à la dépression nerveuse entre son foyer prenant et un institut où elle est en porte-à-faux aussi bien avec les nouvelles méthodes de management commercial adoptées qu'avec ses collègues prétentieux et méprisants à l’égard des représentants de la « lower class » comme Sharon, jeune serveuse à la cafétéria du lieu. En retour, celle-ci est encline au ressentiment et à la défiance à l’égard de la culture des « humanités ». De plus, elle souffre d’une obésité qui la complexe vis-à-vis des autres. La professeur Pendlebury est la seule à lui témoigner de la bienveillance et voudrait l’ouvrir à la lecture. C’est dans cette perspective qu'elle invite Sharon, qui des sœurs Brontë ne connait que Jane Eyre dans laquelle elle s’identifie (en trouvant l’héroïne du roman de Charlotte Brontë plus heureuse avec sa petite taille), à assister à une prochaine conférence sur Emily Brontë à Haworth (le village du Yorkshire où cette dernière passa pratiquement toute sa vie). Le professeur Pendlebury invite également Timothy qui fantasme volontiers sur elle. Par contre, elle ne voudrait pas que s’y impose « Mrs Passion », alias Eileen, et que celle-ci cause des esclandres avec sa manière de croire être celle qui sait « who the real Emily is ».
  La tonalité du roman est sombre. Pour chacun de ses personnages, Stevie Davies témoigne une empathie certaine même si elle y mêle une dérision un peu convenue. Sur cette base, je ne savais trop à quoi m’attendre pour la suite, sans doute pas à un happy-end qui aurait paru par trop invraisemblable. Mais si j’ai été surpris, c’est désagréablement. La conférence est mise en scène comme un moment de crise : cela en est un aussi bien pour le roman.
  Après avoir pris le temps d’ouvrir le lecteur à des personnes qui pourraient de prime abord sembler ridicules ou ineptes, le roman, avec la conférence les réunissant, évolue vers une satire du petit cercle brontéen qui se révèle trop caricaturale.
  Sur le fond, je n'ai rien à redire. Que si Pise a sa tour, Haworth a sa rue en pente, avec ses multiples boutiques et cafés dont les propriétaires sont sans nul doute plus soucieux de retirer du profit des poches des visiteurs que de la lecture des sœurs Brontë, soit.  De même en ce qui concerne la grande majorité des visiteurs du lieu qui viennent à Haworth surtout pour baguenauder, passant davantage de temps à faire le tour des boutiques qu’à faire celui du Parsonage Museum (mais, il faut savoir qu’Haworth est aussi connu en Angleterre pour avoir été, en raison de ses vieux trains conservés, le lieu de tournage d’une série à succès). Et je suis d'accord encore pour ce qui est des  fans d’Emily : une partie trouverait aussi bien son compte dans la prochaine trilogie en vogue mettant en scène des histoires d’amour impossible entre des vampires et des loup-garous, tandis que, certes, une autre serait moins émue de rencontrer le fantôme d’Emily que de disposer de son cadavre pour le disséquer selon les dernières théories sociologiques ou philosophiques de pointe.
   Toutefois, le cynisme déprimé de Stevie Davies est trop souvent facile et superficiel. Par exemple, elle se moque des universitaires se gobergeant de leurs vues cryptiques sur Emily Brontë sans exposer, ou du moins évoquer les théories dont ils s’inspirent, et qui peuvent être douteuses elles-mêmes certes, mais à la fin c’est comme confondre Freud avec Virginia Moore. Non seulement, c’est mettre tout le monde dans le même sac, mais c’est risquer de conforter un certain public dans son rejet de certaines idées de manière ,injuste.
  Si on ajoute à cela la multiplication d’évènements marquants qui arrivent aux personnages lors de leur week-end à Haworth, Stevie Davies donne à son roman un tour tellement farcesque et, pire que cela, formaté, que cela délaye trop les drames en jeu : la solitude et l’incommunication au sujet de quoi le fond du propos de Stevie Davies est du moins terriblement lucide.
   L’intérêt pour les sœurs Brontë ne rapproche pas les personnages au cours de la conférence, ou bien est-ce en définitive et au mieux de manière indirecte. Pour les uns, Emily Brontë semble d’abord un dérivatif, une compensation affective ou narcissique. D’autres ne sont attirés que vers certains aspects de son œuvre, et encore de manière douteuse, notamment quant à la spiritualité d’Emily Brontë. Dans son expression, celle-ci est allusive, des choses la traversent, mais d’une manière qui serait tout de même confuse et limitée. Enfin, en ce qui concerne les universitaires, Stevie Davies déplore combien ils sont dominés par l’affirmation de leurs vues, et avec elles d’eux-mêmes, de telle sorte qu'ils se révèlent fermés à de véritables échanges .
  Stevie Davies met en italique le mot bond (lien) dans Four Dreamers and Emily. Sans doute Timothy, cet homme seul, si seul et proche de la mort, et Eileen, cette femme elle aussi si seule, se tournent-ils vainement vers Emily Brontë. Même quelqu’un qui pourrait à juste raison se sentir proche d’elle ne pourrait en être assuré que si Emily Brontë pouvait lui serrer la main.
   C’est peut-être pour cela que nous ne savons jamais ce que la professeur Pendlebury pense d’Emily Brontë et ce qui l’attire vers elle alors que le point de vue du roman est omniscient. C’est un point de vue avec ses périls dans lesquels, hélas, trois fois hélas, Stevie Davies tombe aussi, n’étant pas toujours crédible avec la psyché de ses personnages. En fait, je me demande si un tel point de vue est tout simplement adéquat quand le sujet du roman est l’isolement et l’incommunication.
   Quant à la question « who’s the real Emily ? », Stevie Davies place simplement des extraits de poèmes en ouverture de chaque chapitre pour faire entendre un peu dans sa pureté la voix d’Emily Brontë telle qu’elle s’est inscrite sur la page. Là cette voix vibre toujours, elle ne peut pas en dire davantage non plus : à chacun de se contenter de s’y recueillir selon ses propres limites?
  Pour ma part, je trouve que c’est décidément un peu court ou témoigner en fait d’un renoncement excessif. Je déplorerais que Stevie Davies n’ait pas été plus ambitieuse et plus libre alors que ses idées étaient des plus intéressantes à développer. Animée sans doute par le désir d’atteindre le plus large public, elle a été malheureusement encline à adopter des recettes toutes faites en matière d’intrigue ou de situations.
Stevie Davies: Four Dreamers and Emily, The Women's Press, 1996.

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MessageSujet: Re: The Brontë Myth de Lucasta Miller   Jeu 20 Mar 2014 - 9:50

Les sœurs Brontë à Haworthwood

(Photos de Devotion (La Vie passionnée des sœurs Brontë) tirées d’une vieille revue de cinéma.)

Charlotte et Anne croyant faire un rêve. Emily réfléchit aux termes d’une petite-annonce pour trouver du travail :
- Institutrice ou gouvernante, qu’est-ce qui est le moins pire ?



Charlotte et Anne interloquées (à nouveau) :
- Tu es bien sûre de toi finalement?
- Je serai poétesse ou rien !



- Mes filles, la mairie d’Haworth a décidé d’organiser un grand bal.
- Oh !



Les sœurs Brontë se préparant au grand bal.
Emily écoute attentivement Anne sur les bonnes manières à adopter :
- Si un homme t’invite à danser, ne lui envoie pas ton verre de champagne sur la tête pour lui signifier que tu n’as pas envie, sommes-nous bien d’accord cette fois ?



Arthur Nicholls – sur qui Charlotte a des vues – s’invitant lui-même pour le bal :
- En tant que pasteur, il est de mon devoir de me faire votre chaperon.

 

Esclandre entre Elizabeth Gaskell et Jane Austen.


Après le succès de Jane Eyre, Charlotte prend la grosse tête :
- Moi, je n’ai pas eu besoin de m’y mettre à deux pour faire trois volumes !



Charlotte n’en croyait pas ses yeux. Il n’y avait pas que des poèmes qu’Emily cachait dans sa commode…


-Arthur, vous préférez Emily, dites-moi la vérité !
- Soit. Je suis désolé.



Voyage de noces d’Emily et d’Arthur dans les Alpes :
- C’est wutheringuement haut !



Charlotte oublia finalement Arthur à Paris où elle comptait de nombreux admirateurs comme Eugène Forcade (au premier plan) et Emile Montégut (au second) : lequel emportera son cœur ?


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MessageSujet: Re: The Brontë Myth de Lucasta Miller   Jeu 20 Mar 2014 - 10:28

Tu t'amuses bien Leibgeber   Razz  Razz 
C'est très drôle, en tous cas, j'aime beaucoup ; merci de nous le faire partager.

Toutes choses égales par ailleurs, ça me rappelle les romans feuilletons pastiches de Hara Kiri ...
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MessageSujet: Re: The Brontë Myth de Lucasta Miller   Ven 21 Mar 2014 - 9:14

Devotion est un film tellement fantaisiste sur les sœurs Brontë qu’il désamorce la colère…
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MessageSujet: Re: The Brontë Myth de Lucasta Miller   Ven 21 Mar 2014 - 18:50

Merci pour ces photos (et commentaires !) Leibgeber  cheers J'ai d'ailleurs reconnu mon acteur préféré du temps hollywoodien sur l'affiche du film La Vie passionnée des Soeurs Brontë, Paul Henreid   
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MessageSujet: " Jane qui, avez-vous dit ? "   Lun 18 Mai 2015 - 14:11

   Si Jane Austen est devenue populaire en France depuis l'orée des années 2000, les sœurs Brontë le sont particulièrement depuis les années 20 après une traduction des Hauts de Hurlevent sous l'égide de... L'Action française. (Une première traduction, en 1892, passa quasi inaperçue.) C'est au sein des Cahiers de la victoire que le roman d'Emily Brontë a servi alors, pour ainsi dire, la cause du « nationalisme intégral » [/i].
    Il est amusant de songer que bien des intellectuels français, à partir de cette date, ont fait d'Emily une idole avec des attitudes de groupies de chanteurs de rock. Si Emily avait fait une lecture de ses poésies à Paris dans les années 30, je crois qu'il aurait fallu engager un service d'ordre pour empêcher certains de grimper sur l'estrade alors que personne n'eut même reconnu Virginia Woolf ou Katherine Mansfield de passage par notre capitale. Quant à Jane Austen, il n'y avait peut-être qu'André Gide pour la goûter pleinement. Ainsi vont les engouements.
   Mais revenons à celles qui furent longtemps les grandes vedettes incontestées de la littérature britannique. Voici un article de deux pages paru dans Top Réalités Jeunesse en 1966, un hebdomadaire  qui était alors dédié aux intérêts généraux des jeunes :  le cinéma, la chanson,  l'actualité, les avancées de la science, les études, etc.


Il ne s'agit pas de Rintintin et de son maître, mais de Jean-Claude Arnoux, un chanteur à la mode. Peut-être les membres les plus vénérables du forum se souviendront (dans un flash) d'avoir eu son poster affiché dans leur chambre.


Le temps des pesetas, des lires et de la règle à calculs pour être sûr de ne pas être escroqué...


    Cet article est malheureusement typique des approximations et des erreurs qui ont été le lot des sœurs Brontë dans notre pays de rigueur cartésienne :

  - Maria Brontë n'est pas morte « poitrinaire », mais de cancer, et non en 1820, mais en 1821.
  - Pas toutes les sœurs Brontë avaient  « les yeux noirs  », ceux d'Anne était bleu-violet.
  - Branwell ne possédait certes pas une « folle beauté », il était petit et peu avenant.
  - Si la fratrie Brontë « adorait se promener dans la solitude de lande », ce n'était pas « entre des arbres aux formes étranges », la lande étant nue.
  - De même que dire que Charlotte « aimait son métier » d'institutrice est l'inverse de la réalité.
  - Et c'est être à contretemps que de faire tomber malade Emily au cours de sa courte carrière d'enseignante – sans doute l'auteur de l'article a eu en tête le mal qui frappa Emily lors de son séjour en pension au milieu de son adolescence.
  - Je suis ravi par contre que l'adjectif « charmant » soit employé pour Agnès Grey (mais on remarquera qu'il n'est fait nulle mention de La Locataire de Wildfell Hall).
  - Les sœurs Brontë n'auraient pas pu écrire dans leurs mémoires qu'elle connurent « aussitôt le grand succès » après la parution de leurs premiers romans, seul Jane Eyre en eut.
  - La misère ne régnait pas à Haworth, les sœurs Brontë appartenaient à la classe moyenne.
  - Branwell n'est pas mort à 29 ans, mais à 31, et Charlotte à pratiquement 39, non à 37.
  - Remarquons enfin que la légende de la photo du tableau des sœurs Brontë est trompeuse s'il fallait suivre l'ordre des noms...

  Ce que c'est que d'être des stars !


   Je vais en profiter pour faire la mienne aussi, tiens :
  Découvrez The Wanderer of the Moors (http://thewandererofthemoors.blogspot.fr/), le blog le plus sérieux et informé de la lande ! Et Passerelle (http://passerelle-notesdelectures.blogspot.fr/), un bijou sur la littérature britannique ! "Heartbreaking", Virginia Woolf, The Times. "Une chef doeuvre", Emily Brontë, Keighley News.


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MessageSujet: Re: The Brontë Myth de Lucasta Miller   Lun 18 Mai 2015 - 14:54

J'aime beaucoup tes recherches sur l'histoire des livres et comment les mythes se forment autour des livres, Leibgeber !
Tu pourrais postuler pour un poste d'archiviste en chef à Lambton, je suis certaine que tu serais engagé Wink  en tous cas j'appuierai ta candidature, au vu des très nombreux articles et videos vintage que tu as déjà publiés.
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MessageSujet: Re: The Brontë Myth de Lucasta Miller   Lun 18 Mai 2015 - 18:33

Merci pour cet article !!
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MessageSujet: Re: The Brontë Myth de Lucasta Miller   Mar 19 Mai 2015 - 9:22

Merci encore à toi et Petit Faucon. Il est vrai que mon portefeuille ressent la perte de mon statut de « riche célibataire ». On ne se nourrit guère avec des « compliments » qu'ils soient « subtils » ou dithyrambiques !
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