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 OZU Yasujirô

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clinchamps
Oshaberi Sensei
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MessageSujet: OZU Yasujirô   Dim 3 Fév 2013 - 19:27

J'ouvre un topic spécial pour ce monument du cinéma japonais, d'aucun disent du cinéma tout court, car il le vaut bien :

OZU Yasujirô


Je dis ça comme si j'y connaissais quelque chose, alors qu'en fait, bien qu'en ayant beaucoup entendu parler, je commence tout juste à voir ses films, et encore grâce à mon fils chéri qui m'en a offert un coffret lol!
Pour beaucoup mon texte sera emprunté à l'article de Wikipedia qui donne les renseignements essentiels et dont le jugement se rapproche tout à fait de ce que j'en pense ... Very Happy

Biographie :

Citation :
OZU Yasujiro est né à Tōkyō, le 12 décembre 1903, dans le quartier de Furukawa, près de l'enceinte d'un temple, Ozu est le cadet d'une famille de cinq enfants. L'absence de son père (pour des raisons de travail) marquera son enfance.
Pensionnaire au collège de Ujisenda, il se passionne pour le cinéma : il préfère aller voir des films – notamment ceux d'Hollywood – plutôt que d'étudier. À dix-neuf ans, ayant échoué aux examens d'entrée à l'université, il doit travailler comme instituteur remplaçant dans un village de montagne situé à une trentaine de kilomètres de Matsusaka. Sur la recommandation d'un oncle, il entre à la Shōchiku Kinema, en qualité d’assistant-opérateur.
Il devient assistant-réalisateur dès l'année suivante, et dès 1927, il met en scène son premier film, Le Sabre de pénitence, collaborant pour la première fois avec celui qui sera le scénariste d’un grand nombre de ses œuvres futures : Kogo Noda1.

J'ai eu un peu de mal à trouver un document sur ce premier film, j'espère que c'en est bien l'affiche, le titre anglais le laisse supposer ... Very Happy


Citation :
Au milieu des années 1930, il devient l’un des réalisateurs les plus célèbres du Japon, qui se reconnaît dans sa façon sobre et minimaliste de filmer, autant dans la comédie que dans le drame. Mobilisé en 1937 il va passer 20 mois en Chine, puis réquisitonné en 1943 pour un film de propagande à Singaour, il refuse et y reste jusqu'à la fin de la guerre. Fait prisonnier il ne rentre au Japon qu'en 1946.
Il affine alors ses réalisations, avec des films tels que Le Goût du riz au thé vert (1952), dont le scénario avait été bloqué par la censure en 1939 ...


... et surtout Voyage à Tokyo (1953), souvent considéré comme son chef-d’œuvre.




Cette photo prise lors du tournage de "voyage à Tokyo" le montre au côté de son actrice fétiche HARA Setsuko

Citation :
Ses films sont alors de plus en plus épurés. Il renonce à tous les effets de sa période d'avant-guerre, préférant le plan moyen fixe à tout autre, avec cette particularité que la caméra est généralement placée très bas, presque au niveau du sol (ce qu'on appelle parfois le « plan tatami », obtenu grâce à un pied de caméra qu'Ozu fit fabriquer spécialement). avec de magnifiques plans de coupe,

Ces plans de coupe jouant sur les lignes verticales et horizontales, les perspectives, le plus souvent en intérieur, laissant quelques secondes au spectateur pour s'imprégner d'une atmosphère, donnent au film un ton paisible, un sentiment d'apaisement et d'équilibre. Quelques exemples :

Le "plan tatami" :

Spoiler:
 

Les perspectives :

Spoiler:
 

Les horizontales et les verticales :

Spoiler:
 

Brèves pauses du regard sur des lieux vides parfaitement construits :

Spoiler:
 
Il est à noter son goût pour une certaine couleur bleu-vert qui domine particulièrement dans les intérieurs de bureaux à l'occidentale ... Very Happy

Je recopie là intégralement le texte de Wikipedia car j'y trouve exactement ce que j'aurais voulu dire et sur mon ressenti :

Citation :
La trame des récits est toujours très simple et comporte peu d’actions spectaculaires, voire aucune. Le cinéaste reprend sensiblement, d'un film à l'autre, le même canevas, très ténu, et des personnages identiques (interprétés d'ailleurs par la même troupe d'acteurs). La répétition, la légère nuance, la scrutation d'infimes détails, la saisie de gestes rituels et la dilatation du temps, perçu comme une entité immobile, sont au cœur de son dispositif. Ozu, en effet, semble s’intéresser peu à la dramatisation et cherche, par l’extrême sobriété et densité de la forme cinématographique, à atteindre l’essence même de ce qu’il filme. En cela, il est d’ailleurs fidèle à une longue tradition artistique japonaise.
Ainsi que le souligne Donald Richie, qui fut l'un des premiers critiques occidentaux à s'intéresser à l'art d'Ozu : « Son art cinématographique est formel, d'un formalisme comparable à celui de la poésie. (...) Ozu est proche des grands maîtres du sumi-e et du haïku. C'est à ces qualités spécifiques que se réfèrent les Japonais quand ils parlent d'Ozu comme "du plus japonais". »
C'est absolument ce à quoi j'ai pensé en regardant "fleurs d'équinoxe" et "fin d'automne", dont les titres d'ailleurs font immanquablement penser aux haïkus de saison chers aux Japonais. Je dois là souligner qu'on n'a pas intérêt à voir ses films à un rythme trop rapproché, car aux premières images on a l'illusion de voir le même film, et il faut un effort d'attention pour distinguer les différences, puis cela disparaît au fur et à mesure que l'on se laisse emporter par l'histoire ...

Citation :
Ozu a beaucoup de mal à accepter les innovations techniques. Il n'a adhéré au parlant qu'en 1936, et il a longtemps résisté à l'utilisation de la couleur, réussissant sur ce point à tenir tête aux pressions de la Shōchiku jusqu’à la fin des années 1950, période à laquelle il finit par céder pour le tournage de Fleurs d'équinoxe.


Citation :
Il prend finalement un tel plaisir à réaliser ce film qu'il décide de tourner ses cinq derniers films en couleur (dont l'ultime : Le Goût du saké, 1962).
Rien que le titre donne envie de le voir !!


Ce sont ces cinq derniers films en couleurs qui viennent d'être édités en DVD avec des interview, des commentaires et que j'ai reçu pour Noël !!! cheers

Citation :
En dehors du cinéma, les seuls centres d'intérêt d'Ozu semblent avoir été la littérature, la boisson, la peinture et la musique. À partir de la mort de son père, en 1936, il habite avec sa mère.
Il meurt peu après elle, d'un cancer, le 12 décembre 1963, jour exact de son 60e anniversaire.
J'ai longtemps cru que c'était un suicide à cause de la coïncidence des dates et parce que c'est un Japonais, mais non, c'est seulement le destin !!
Citation :
L'œuvre d'Ozu comprend 54 films, et commença enfin à être encensée en Europe après sa mort, alors qu'elle avait été presque totalement ignorée durant toute sa vie.
Des cinéastes comme Wim Wenders le placent au dessus de tous comme un maître incontesté.
Citation :
Ozu ne s'est jamais marié. On peut supposer toutefois qu'il a entretenu une relation très intime avec l'actrice Setsuko Hara :
[/quote]


Et au moment du tournage de "Fin d'automne" :


Elle est en effet la seule actrice avec laquelle il a travaillé qu'il ne mentionne jamais dans ses carnets intimes, et Setsuko Hara, pourtant star très populaire du cinéma japonais depuis les années 1930, interrompit brutalement sa carrière à la mort d'Ozu, et vit (elle a 92 ans ...)depuis retirée à Kita-Kamakura ; or c'est dans le Engaku-ji de cette ville que reposent les cendres du cinéaste.



Citation :
La tombe de Ozu avec le kanji mu

Citation :
Sa tombe est gravée du seul caractère 無 (mu, prononcé « mou »), un terme venu du bouddhisme zen, que l'on peut traduire par « le rien constant », « l'impermanence », trop souvent rendu en français par « le néant », « le vide ». Il ne faut pas y voir la connotation négative occidentale d'absence, de disparition, de « nihilisme », mais au contraire le sens extrême-oriental, qui est l'idée de faire un avec l'univers, de se fondre dans ce qui nous entoure.
[/quote]
Cette dernière phrase place plus que jamais Ozu au cœur de l'essence même du Japon et en fait le parfait symbole.



L’œuvre d'Ozu reste inconnue en France jusqu'en 1978. En 1978, trois films sortent sur les écrans français : Voyage à Tokyo, Le Goût du saké et Fin d'automne. Gosses de Tokyo sort en 1980.[/quote]

J'ai donc vu deux de ses films en couleurs (fleurs d'équinoxe et Fin d'automne)et tout ce qui est dit précédemment s'y retrouve ... Il faut aimer les voyages immobiles dans les évènement microscopiques de vies banales qui sont en réalité les archétypes mêmes de l'humanité, aimer les films sans action mais où les tensions sous-jacentes, le poids des traditions et le goût de la vie transparaissent sans cesse en filigrane, en touches délicates constituant peu à peu tout un univers.

Il y est question de mariage, arrangé ou pas, de deuils, d'amitié, d'amour et de déceptions amoureuses .... la vie elle-même, quoi ... Very Happy


Pardon pour ce pavé, et j'espère que cela vous aura donné envie d'en savoir un peu plus ... Very Happy
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Dulcie
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MessageSujet: Re: OZU Yasujirô   Dim 3 Fév 2013 - 22:04

J'aime beaucoup Ozu. sunny

D'accord avec ta description de ses films. Smile
Je me permets cependant de retenir ces termes "voyages immobiles, évènement microscopiques de vies banales, films sans action" qui sont parfaitement justes, mais peuvent néanmoins en donner une image quelque peu faussée et pas forcément attirante. Car ce n'est pas lent pour autant, ça reste vif, et surtout les films d'Ozu sont plein d'humour. Very Happy

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Kusanagi
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MessageSujet: Re: OZU Yasujirô   Dim 3 Fév 2013 - 22:36

Magnifique présentation, Clinchamps (il a bon goût ton fils Very Happy ) qui me donne envie de me pencher surOzu.

C'est marrant les images que tu montre des films et ses plans, parce que ça me fait penser que cette façon de filmer a du fortement influencer Kore-Eda.... dont les films recèlent aussi des trésors de temps calme, de pause, de plan au ras des choses, de plans d'objets et de pièces vides fortement symboliques... et qui toutefois, ne manque jamais d'action.... I love you

(lesquels plans on retrouve dans Going my Home, ce qui donne une saveur particulière au drama....)
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MissAcacia
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MessageSujet: Re: OZU Yasujirô   Dim 3 Fév 2013 - 23:58

Il me semble que la plupart des exemples de plans proviennent de son dernier film, le goût du saké, que je viens de revoir. Effectivement on retrouve la "touche" Ozu dans Kore-Eda. Enfin, de ce dernier, je n'ai vu que Still Walking, dans lequel c'est flagrant.
J'ai Le voyage à Tokio dans ma PAV. J'espère retrouver l'impression qu'il m'avait laissée quand je l'ai découvert au cinéma il y a de cela bien des années. Moi aussi, j'aime beaucoup ces voyages immobiles, l'atmosphère et la photos de ses films.

Le Goût du saké, est l'amertume ? ou le regret ?

Merci pour ta passionnante présentation Clinchamps (un véritable ikebana Wink )
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clinchamps
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MessageSujet: Re: OZU Yasujirô   Lun 4 Fév 2013 - 0:12

Dulcie a écrit:
J'aime beaucoup Ozu. sunny

D'accord avec ta description de ses films. Smile
Je me permets cependant de retenir ces termes "voyages immobiles, évènement microscopiques de vies banales, films sans action" qui sont parfaitement justes, mais peuvent néanmoins en donner une image quelque peu faussée et pas forcément attirante. Car ce n'est pas lent pour autant, ça reste vif, et surtout les films d'Ozu sont plein d'humour. Very Happy


Sans être lent, on ne peut quand même pas dire qu'il y ait de l'action, ce sont surtout des dialogues. Par exemple dans "fin d'automne" il est question de marier une jeune fille, qui au départ refuse de rencontrer le jeune homme et quand elle le rencontre quand même par hasard (elle le croit tout au moins) il ne se passe rien, et on apprend qu'elle est tombée amoureuse, qu'ils se voient par des allusions, par la bande, uniquement par las dialogues. De plus je n'en ai vu que deux et ces deux-là m'ont fait cette impression. C'est ce que j'aime, ça tombe bien mais je suis sûre qu'un certain public s'ennuierait ... Very Happy

Kusanagi a écrit:
Magnifique présentation, Clinchamps (il a bon goût ton fils Very Happy ) qui me donne envie de me pencher surOzu.

C'est marrant les images que tu montre des films et ses plans, parce que ça me fait penser que cette façon de filmer a du fortement influencer Kore-Eda....

...(lesquels plans on retrouve dans Going my Home, ce qui donne une saveur particulière au drama....)
Toutafé ma Kusa, (et merci pour le compliment Embarassed I love you )avec en plus le fait qu'ils mettent les relations familiales au centre de leurs sujets. Le prochain que je vais voir est celui avec "les gosses de Tokyo", j'en ai vu la bande annonce et la filiation des deux réalisateurs est criante !!

MissAcacia a écrit:
Il me semble que la plupart des exemples de plans proviennent de son dernier film, le goût du saké, que je viens de revoir.

Merci pour ta passionnante présentation Clinchamps (un véritable ikebana Wink )

Merci du compliment MissA Embarassed Les images viennent des "fleurs d'équinoxe" et surtout de "Fin d'automne" mais comme je le disais, on a la sensation d'entrer dans le même univers à chaque film, et pour moi qui suis habituée aux séries, c'est un peu comme des épisodes d'une même histoire. Je me demande si Kore-eda a pensé à ça en faisant un drama au lieu d'un film !!!
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MissAcacia
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MessageSujet: Re: OZU Yasujirô   Lun 4 Fév 2013 - 19:16

Même la première "plan tatami" avec les trois hommes qui boivent du sake ? Il y a exactement la même scène avec les mêmes acteurs dans Le goût du sake. Incroyable Shocked Wink . Ah non, en regardant mieux il n'y a que l'acteur de face qui est le même, les autres sont différents.

Comparons... Les trois hommes buvant dans Le goût du Sake, en plan tatami.

L'acteur au premier plan est le même que dans l'exemple de Clinchamps, non ? c'est ce qui m'a mise dedans.
Bon, maintenant j'ai l'impression que celui qui est à gauche est aussi dans les deux images, c'est presque le jeu des 7 erreurs lol! .
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clinchamps
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MessageSujet: Re: OZU Yasujirô   Lun 4 Fév 2013 - 19:34

Celui de 3/4 dos et celui de gauche sont dan mon "plan tatami" et pas celui de face .... Mais quand j'ai commencé "fin d'automne" j'ai cru m'être trompée de DVD !!! lol! lol! lol!
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MissAcacia
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MessageSujet: Re: OZU Yasujirô   Dim 24 Fév 2013 - 18:51

Je viens de re-regarder le voyage à Tokyo, que j'ai beaucoup aimé.

On retrouve un peu toujours les acteurs fétiches, normal, dont Ryû Chishû (le personnage le plus à droite sur l'image tirée du goût du saké) qui joue le père et Hara Setsuko, qui joue Noriko, la belle-soeur .

Sous une histoire très banale (les parents âgés d'une petite ville de province rendent visite à leurs enfants installés à Tokyo), Ozu explore la complexité des relations familiales, mesquinerie, déception, égoïsme et rancœur cachés sous la politesse et la gentillesse de façade. Mais aussi, comme tout n'est pas noir, affection véritable, gentillesse, compréhension. Parfois là où on ne l'attendrait pas. Et puis le temps qui passe, la solitude, la vieillesse et les occasions perdues. Tout en finesse.
Sans compter la peinture, en arrière-plan, du Japon d'après-guerre (même si ce n'est pas le sujet du film).
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