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 "Les Jeunes Filles" d'Henry de Montherlant

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esperluette
Magnolia-White Ampersand


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MessageSujet: Re: "Les Jeunes Filles" d'Henry de Montherlant   Ven 11 Mai 2012 - 10:05

TimesNewRoman a écrit:
Il avait été suggéré, je crois, que nous présentions brièvement (il va sans dire) les voies détournées par lesquelles nous avions découvert ce pestiféré des lettres, à la langue acérée et à la plume céleste.

En ce qui me concerne, je crois que je n'avais jamais entendu parler des Jeunes filles avant l'ouverture du topic par Dérinoé. Wink En revanche l'an dernier j'ai étudié le thème de l'école dans la littérature (en littérature comparée) et parmi les lectures conseillées figurait Les garçons. Je ne l'ai pas lu mais je pense m'y mettre un jour.

Avant de commencer la lecture je suis d'ailleurs allée me renseigner sur Montherlant avec mon ami Wiki, et je savais le personnage controversé, mais pas à ce point. Shocked

J'ai lu cette première partie (et même un peu plus Razz ) et je dois dire que je ne m'attendais pas à une lecture aussi fluide. Je sens que son Costals va vite m'énerver, mais Montherlant écrit merveilleusement bien. Son style est ciselé, il a l'art de la formule mais sans en faire trop non plus.

J'aime bien le mélange correspondance-narration. J'aime beaucoup les lettres, en les lisant je me rappelle que le genre épistolaire donne de très belles choses (j'ai été un peu frustrée par des lectures de romans contemporains comme Nous sommes cruels de Camille de Peretti où je trouvais l'utilisation des lettres maladroites, ou sonnant un peu faux). J'ai beaucoup aimé aussi les petites annonces matrimoniales, et le commentaire qui suivait, du grand art.

Je trouve Thérèse Pantevin / Marie Paradis complètement fanatique (religieusement, et fanatique de Costals par-dessus le marché), elle en devient flippante. Shocked Et le moins qu'on puisse dire est qu'il ne se montre pas tendre envers elle. Rolling Eyes Par contre j'aime bien André pour l'instant. Smile Même si là j'ai un peu avancé et que Costals commence à se comporter en vrai gros ****.

En ce qui concerne ce dernier, je trouve Montherlant très doué car pour l'instant son personnage ne m'a pas encore trop ulcérée, or je pense être une féministe tout ce qu'il y a de plus primaire. Razz Je trouve son Costals intelligent, mais ouf ça y est il commence à m'énerver, je commençais à m'inquiéter sur ma capacité à m'attacher à tous les personnages littéraires que je croise. Laughing

Heu voilà, mon post n'est pas exactement passionnant mais c'était mes premières impressions. lol!
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MessageSujet: Re: "Les Jeunes Filles" d'Henry de Montherlant   Ven 11 Mai 2012 - 11:59

esperluette a écrit:
J'ai beaucoup aimé aussi les petites annonces matrimoniales, et le commentaire qui suivait, du grand art
Oui! Cela donne le ton... Et en même temps, rien de plus pertinent, non?
Flécher l'époux(se), vaste programme... Wink
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serendipity
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MessageSujet: Re: "Les Jeunes Filles" d'Henry de Montherlant   Ven 11 Mai 2012 - 12:45

Cette lecture de groupe est pour moi une relecture. J'ai découvert "Les Jeunes Filles" à l'adolescence, en farfouillant dans la bibliothèque familiale), attirée par son titre et par le nom de l'auteur (le côté anglo-saxon du prénom et aristocratique du nom).

Je ne savais rien alors de Montherlant et j'ai lu ce roman probablement en passant à côté car je n'en ai gardé aucun souvenir Rolling Eyes j'étais assurément trop jeune pour ce roman.

J'ai abordé cette lecture un peu à reculons, en me disant dès le début qu'elle ne s'annonçait pas évidente. Et je me suis prise au jeu (je dois avouer qu'entamer ce roman un jour férié, quand on a du temps devant soi, a été idéal). J'avoue aussi que j'ai largement dépassé les limites du découpage et que j'ai donc pris quelques notes pour ne pas trop empiéter...

Dans cette première partie, j'ai été intriguée par les personnages (la duplicité de Costals qui apparaît dans sa lettre à Rachel, Thérèse / Marie, la mystique paysanne).

Comme l'a dit Ysabelle sur le topic de "Lambton bouge", ça change la vie de lire une langue plus soignée que d'ordinaire, j'ai repris une habitude de mon adolescence et invité mon dictionnaire dans mon lit pour accompagner cette lecture (dans cette première partie, j'ai notamment découvert les mots "rigodon", "carabin" et "tourlourou" .... pas facile à caser dans un dîner en ville lol!).

Deux interrogations m'ont fait poursuivre ma lecture à ce stade :

- Costals offre à Andrée Hacquebaut de l'introduire à la littérature anglaise (j'espérais un développement de la correspondance autour des auteurs qu'il lui fait alors découvrir ... d'ailleurs, ce serait drôle que nous nous amusions à imaginer quels sont ces auteurs et ces livres que Costals offre à Andrée....)

- Pourquoi Costals prend -il la peine de lire ces lettres et surtout d'y répondre ??
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esperluette
Magnolia-White Ampersand


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MessageSujet: Re: "Les Jeunes Filles" d'Henry de Montherlant   Ven 11 Mai 2012 - 13:22

TimesNewRoman a écrit:
esperluette a écrit:
J'ai beaucoup aimé aussi les petites annonces matrimoniales, et le commentaire qui suivait, du grand art
Oui! Cela donne le ton... Et en même temps, rien de plus pertinent, non?



serendipity a écrit:
Deux interrogations m'ont fait poursuivre ma lecture à ce stade :

- Costals offre à Andrée Hacquebaut de l'introduire à la littérature anglaise (j'espérais un développement de la correspondance autour des auteurs qu'il lui fait alors découvrir ... d'ailleurs, ce serait drôle que nous nous amusions à imaginer quels sont ces auteurs et ces livres que Costals offre à Andrée....)

- Pourquoi Costals prend -il la peine de lire ces lettres et surtout d'y répondre ??

J'ai eu la même réaction en ce qui concerne la littérature anglaise... on est lambtonienne ou on ne l'est pas. Razz Laughing Mais effectivement cet aspect n'a pas l'air d'être développé.... Je me demande aussi à quels livres il pense en écrivant cette lettre !

Pour Costals, j'ai tendance à penser qu'il y a une part de narcissime, même s'il passe son temps à dire que non. De la pitié aussi ? J'avoue que pour l'instant j'ai encore du mal à le cerner.
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serendipity
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MessageSujet: Re: "Les Jeunes Filles" d'Henry de Montherlant   Ven 11 Mai 2012 - 17:06

esperluette a écrit:
serendipity a écrit:
Costals offre à Andrée Hacquebaut de l'introduire à la littérature anglaise (j'espérais un développement de la correspondance autour des auteurs qu'il lui fait alors découvrir)

J'ai eu la même réaction en ce qui concerne la littérature anglaise... on est lambtonienne ou on ne l'est pas. Razz Laughing Mais effectivement cet aspect n'a pas l'air d'être développé.... Je me demande aussi à quels livres il pense en écrivant cette lettre !

Je vous propose de nous livrer à un petit jeu de suppositions Wink
Pour le moment, j'ai pensé à Oscar Wilde, mais je poursuis la réflexion Razz

esperluette a écrit:
Pour Costals, j'ai tendance à penser qu'il y a une part de narcissime, même s'il passe son temps à dire que non. De la pitié aussi ? J'avoue que pour l'instant j'ai encore du mal à le cerner.

J'ai peur d'anticiper les discussions de la semaine prochaine en te répondant sur ce point esperluette silent

Spoiler:
 
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esperluette
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MessageSujet: Re: "Les Jeunes Filles" d'Henry de Montherlant   Sam 12 Mai 2012 - 9:51

serendipity a écrit:

Pour le moment, j'ai pensé à Oscar Wilde, mais je poursuis la réflexion Razz

Mais bien sûr ! J'ai révisé hier des extraits du Portait de Dorian Gray pour mon oral d'anglais et je n'y ai même pas pensé. Laughing Sinon je cherche depuis hier mais je ne vois pas trop. scratch

serendipity a écrit:
Spoiler:
 

lol! La comparaison n'est pas flatteuse mais je suis assez d'accord. lol!
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Dérinoé
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MessageSujet: Deuxième semaine...   Lun 14 Mai 2012 - 20:48

DEUXIÈME SEMAINE DE LECTURE

1) Semaine du 7 mai:

P. 7 à 69. (De la lettre du 26 septembre 1926 à "[...] une visite à des amis.")

2) Semaine du 14 mai:

P. 70 à 132. ("D'Andrée, à cinq heures [...]" à "[...] ici plutôt que là.")

À vous lire...


Dernière édition par Dérinoé le Lun 31 Aoû 2015 - 23:00, édité 1 fois
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Ysabelle
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MessageSujet: Re: "Les Jeunes Filles" d'Henry de Montherlant   Lun 14 Mai 2012 - 22:28

Dites les amies, je suis un peu perdue, moi! Je n'ai pas vu que vous aviez commencé les échanges et pourtant j'ai bien cherché Shocked Suspect Je dois être un peu comme cette pauvre Thérèse Pantevin!

Pour ma part, tout comme serendipity, j'ai découvert Montherlant et ses jeunes filles, adolescente. Un livre très vieux, belle reliure mais usée que j'ai trouvé à la maison. D'ailleurs, le Monsieur dans mes souvenirs s'appelait Costa et non Costals. J'ai vérifié donc l'autre jours sur Google, car cela tournait à l'obsession dans ma tête et quelle ne fut ma surprise de trouver que je ne m'était pas trompée. Il parait qu'en sortant son livre, un certain Monsieur Pierre Costa, existant réellement, s'est plaint de ce que ce personnage prenne son nom. Ce cher Montherlant a donc changé Costa en Costals. Les amies, j'avais donc entre les mains une édition très rare! Qu'est-elle devenue? Ai-je révé? Investigation à faire ultérieurement.

J'avoue que j'étais excédée par le comportement des jeunes filles, et je ne comprenais pas pourquoi elles se jetaient à sa tête de telle sorte alors qu'il se comportait en véritable "goujat"! J'étais peut-être une féministe en herbe. lol! Cela ne m'a pas empêchée de lire tout le livre, et d’acquérir le reste au fur et à mesure. Avec le recul, j'e dois avouer que je l'ai trouvé très intéressant, même si à cet âge, je n'en avais pas du bien comprendre tout le sens.
Je n'avais entendu parler du remue ménage que cela a fait et de Simone de Beauvoir que pllus tard.
Quand Derinoe a intégré l'auberge, je crois qu'elle en a parlé (de Montherlant) dans sa présentation et c'est là que j'ai eu envie de le relire. Merci Deri Very Happy
Revenons à la lecture de la première partie. Avant tout, j'adore le style. Je savoure chaque phrase, chaque mot,... M^me s'il est loin d'égaler Proust et compagnie, je trouve tout de même son style fin et très élégant.
Quant aux jeunes filles, j'ai beaucoup d'estime pour Andrée et je plains cette pauvre Thérèse. Toutes les deux sont des "victimes" mais dans cette pitié que j'ai d'elles, il y a aussi une sorte de révolte! J'ai à chaque fois que je lis leurs lettres, envie de les secouer jusqu'à en faire tomber leurs cervelles qui ne leurs servent plus à grand chose!
Ce qu'il y a d'étrange et surtout paradoxal, c'est que en même temps qu'on reproche à Costa ou Montherlant si l'on peut supposer que le personnage s'en inspire, son manque de discernement à l'égard des femmes, on ne peut s'empêcher de constater qu'il a presque tout compris dans la complexité de la psychologie féminine. Que nous différencie donc de ces jeunes filles? Des années de combat qui ont fait évoluer les mœurs et la condition féminine.?
Je suis peut-être allée trop loin dans mon commentaire alors que ce n'était pas l'objectif dans ce topic. Je vous demande donc pardon si je suis en mode HS. Embarassed Embarassed
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Darcy
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MessageSujet: Re: "Les Jeunes Filles" d'Henry de Montherlant   Mar 15 Mai 2012 - 21:49

Dérinoé a écrit:

[color=darkblue]Chers Montherlantiens,

par la présente, je déclare officiellement ouverte la cession du lecture des Jeunes Filles (Tome I) d'Henry de Montherlant.

Ci-joint *le calendrier des olympiques, déjà soumis à approbation des participants.

I. Période de lecture II:

Du 7 mai au 28 mai.

II. Découpage proposé II:

1) Semaine du 7 mai:

P. 7 à 69. (De la lettre du 26 septembre 1926 à "[...] une visite à des amis.")

2) Semaine du 14 mai:

P. 70 à 132. ("D'Andrée, à cinq heures [...]" à "[...] ici plutôt que là.")

3) Semaine du 21 mai:

P. 133 à 198. (De la lettre du 27 avril 1927 à "[...] musique à la page.")

4) Semaine du 28 mai:

P. 199 à 220 (De "À peine Costals [...]" à la lettre de dimanche inclue.)

J'ai mon livre, jje vais lire jusqu'à la page 132 et puis je donnerai mes impressions. Je n'ai pas encore lu vos commentaires. Razz
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serendipity
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MessageSujet: Re: "Les Jeunes Filles" d'Henry de Montherlant   Mar 15 Mai 2012 - 22:51

J'avoue que je ne sais pas trop comment appréhender les modalités de cette lecture de groupe et que cela me bloque un tantinet pour poster Embarassed

Alors avertissement, voici mes commentaires sur la deuxième partie des "Jeunes Filles", passez votre chemin si vous ne souhaitez pas être spoilé lol!

Cette deuxième partie m'a décontenancée : la quête masochiste d'Andrée confine au pathétique (avec l'épisode dans les rues de Paris où elle pense que Costals va l'embrasser alors qu'il ne se soucie que de ne pas être vu en sa compagnie....)

Costals reste énigmatique (l'irruption soudaine de son fils dans le récit, fils qu'il cache au monde et surtout à Andrée, qu'il ne cherche pas à détromper quand elle lui fait sa tirade sur les enfants).

J'ai encore appris des mots que je vais m'empresser de caser (térébrante et sphygmophone

Une question aux autres lectrices: avez-vous une édition annotée ?
Je serais curieuse d'en savoir plus sur les vers de Vigny evoqués vers la fin de cette partie...

Voilà ce n'est guère mais j'avoue avoir beaucoup avancé dans ma lecture depuis

Ysabelle : ravie d'avoir lu ton avis, je l'attendais avec intérêt cheers

Derinoé et TNR : vous relisez aussi ? Quelles impressions à la relecture ?
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esperluette
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MessageSujet: Re: "Les Jeunes Filles" d'Henry de Montherlant   Mer 16 Mai 2012 - 9:26

Merci pour tes premiers commentaires Ysabelle cheers et Darcy on t'attend avec impatience. bounce

Ysabelle a écrit:
Il parait qu'en sortant son livre, un certain Monsieur Pierre Costa, existant réellement, s'est plaint de ce que ce personnage prenne son nom.

Oui c'est précisé dans l'avertissement au début de mon édition... on le comprend en même temps ! Laughing

Je suis tout à fait d'accord avec toi sur l'envie de secouer ces deux filles. Rolling Eyes Surtout Thérèse en fait, elle me fait vraiment peur. Shocked

Je suis en train de lire la deuxième partie et je me suis fait la même réflexion que toi :

Ysabelle a écrit:
Ce qu'il y a d'étrange et surtout paradoxal, c'est que en même temps qu'on reproche à Costa ou Montherlant si l'on peut supposer que le personnage s'en inspire, son manque de discernement à l'égard des femmes, on ne peut s'empêcher de constater qu'il a presque tout compris dans la complexité de la psychologie féminine.

J'ai été frappée par un passage (au départ, c'était parce que Montherlant évoque les moralistes Chamfort et Vauvenargues, comme j'ai failli tomber sur Chamfort en examen je me suis sentie un peu poursuivie là Laughing ) :

Citation :
Qui a dit, cruellement (Vauvenargues ou Chamfort ?) qu'il faut choisir, d'aimer les femmes ou de les comprendre ? Costals les aimait, et n'avait jamais cherché à les comprendre, ne s'était même jamais demandé s'il y avait en elle quelque chose à comprendre.

Ah bon ?!? j'ai l'impression que c'est tout le contraire. Suspect

Serendipity j'ai lu tes commentaires et ouf tu ne m'as pas spoilée, je suis assez avancée. Razz

serendipity a écrit:
Cette deuxième partie m'a décontenancée : la quête masochiste d'Andrée confine au pathétique (avec l'épisode dans les rues de Paris où elle pense que Costals va l'embrasser alors qu'il ne se soucie que de ne pas être vu en sa compagnie....)

Costals reste énigmatique (l'irruption soudaine de son fils dans le récit, fils qu'il cache au monde et surtout à Andrée, qu'il ne cherche pas à détromper quand elle lui fait sa tirade sur les enfants).

Je suis justement à la fin du passage avec son fils et j'ai beaucoup de mal à me faire à l'idée que ce type a un enfant. Shocked

Pas d'édition annotée pour moi, j'ai l'édition Folio. Wink
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Ysabelle
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MessageSujet: Re: "Les Jeunes Filles" d'Henry de Montherlant   Jeu 17 Mai 2012 - 15:49

Esperluette, j'ai la même édition et je n'ai pas vu l'avertissement! Suspect Je suis grave
Je plaide coupable, votre honneur car j'ai fini la deuxième partie! Embarassed Embarassed Donc Serendipity, rassure toi, tu ne m'as pas spoilée! Ça se dit, ça? Quand je pense que nous lisons Montherlant, Embarassed !
Là, Sa Majesté de l'Agacement Maximum, Costals a atteint les plus hauts degrés de la misogynie!
Je vous laisse finir puis je viendrai poster mon commentaire qui n'est pas encore prêt. Je n'ai pas pris de notes, prise que je suis par la lecture. A tout


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Darcy
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MessageSujet: Re: "Les Jeunes Filles" d'Henry de Montherlant   Ven 18 Mai 2012 - 10:23

Je viens de commencer et j'ai accroché rapidement, rien que les deux chapitres de petites annonces m'a fait beaucoup sourire et notamment le "légérement intellectuel". Very Happy
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Ysabelle
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MessageSujet: Re: "Les Jeunes Filles" d'Henry de Montherlant   Dim 20 Mai 2012 - 21:36

serendipity a écrit:
...
Cette deuxième partie m'a décontenancée : la quête masochiste d'Andrée confine au pathétique (avec l'épisode dans les rues de Paris où elle pense que Costals va l'embrasser alors qu'il ne se soucie que de ne pas être vu en sa compagnie....)

J'avoue avoir trouvé ce passage au comble de l'atrocité! Shocked Surtout quand il lui fait visiter l'appartement. Un bout de leur conversation m'a laissée perplexe! Je ne sais quoi en penser. C'est d'ailleurs, un peu philosophique confused
Voici :
Citation :
...Elle dit pour dire quelque chose :
- Six pièces...Est-ce que ce n'est pas un peu grand?
- Mais non. Salon, salle à manger, mon bureau, ma chambre, une chambre-débarras, et puis l'autre chambre, le "tombeau de la femme inconnue"?
- Le "tombeau"? Seriez-vous Barbe-Bleue?
- Non, "tombeau" dans un autre sens. La pièce où les femmes tombent. Et la pièce où tombent leurs illusions. .
C'est à vous glacer le sang. Un homme qui parle ainsi, je n'en voudrais pas même comme simple ami! Shocked

serendipity a écrit:

"Costals reste énigmatique (l'irruption soudaine de son fils dans le récit, fils qu'il cache au monde et surtout à Andrée, qu'il ne cherche pas à détromper quand elle lui fait sa tirade sur les enfants).

J'ai encore appris des mots que je vais m'empresser de caser (térébrante et sphygmophone

Il est assez déroutant, mais reste fidèle à sa nature. "Je veux qu'on m'aime, mais je ne veux pas qu'on me le dise" Je pense qu'il s'aime lui même trop pour pouvoir en laisser un peu à quelqu'un d'autre, hormis son fils, qu'il aime d'une façon assez particulière d'ailleurs!

Page 107 pour ceux qui ont Folio.
Citation :
...Cependant Brunet regardait son père. "Je t'aime bien, va. T'es un bon gars", lui dit-il enfin, et l'embrassa. Costals le baisa à son tour, sur les paupières, plutôt par une sorte de sentiment de convenances, des réciprocités nécessaires, que par un élan vif.

Le sens de la pitié est aussi très spécial chez lui. Il est lié à la charité qui selon lui doit rester séquentielle. J'ai pitié de toi, je t'accorde un peu d'attention mais ne t'accorde pas l'amour qui va avec. La charité est calculée. Elle fait partie d'un ordre préétablit.
Citation :
Il dit : "Ce qu'il y a de difficile dans la charité, c'est qu'il faut continuer".En réponse à Andrée qui lui dit qu'il n'a pas le droit de l’abandonner : "Aimer engage, faire du bien engage, On n'a pas le droit d'aimer les gens de la même façon qu'on fait la charité, anonymement, sans vouloir entrer dans leur vie"

En outre, j'aime beaucoup l'analyse faite concernant la conception du bonheur chez l'homme et chez la femme, dans les pages 121à132 Il y a beaucoup de vrai, de vraisemblable aussi, sauf quand il lie le bonheur de la femme à l'homme
Citation :
"Le bonheur des femmes vient des hommes, mais celui des hommes vient d'eux même.La seule chose qu'une femme puisse pour un homme, c'est de ne pas troubler son bonheur"
My god!
J'arrête là mon commentaire que je reprendrais après avec vous . Je n'ai pas vu l'heure et mon homme a besoin de manger lol!


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Dérinoé
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MessageSujet: Tel un Dieu parmi les hommes!   Dim 20 Mai 2012 - 22:31

Advocatus diaboli,* me voici!

Alors quoi, Mesdames? Vous n'appréciez pas ce cher Costals et ses continuelles saillies drolatiques?

Franchement, plus je relis cette série, plus j'aime ce personnage - et plus je réalise à quel point il est heureux que la littérature reste l'un des derniers bastions du politiquement incorrect et de cette variété, ici morale ou intellectuelle, que l'on aime tant à louer dés lors qu'il s'agit de cultures ou de religions. La belle hypocrisie! Soyons tous de couleurs différentes, vantons les métissages à n'en plus pouvoir mais que tout cela se passe à l'extérieur, sur la peau, sur les lèvres, au coin des yeux et dans la forme de nos cheveux. Pour l'intérieur, mieux vaut s'aligner sur le partie, lequel zigzague d'une caste dominante à l'autre selon les époques et les mœurs.

Je provoque un tantinet. J'aime bien et, avec les Jeunes Filles, on aurait tort de se tenir la bride courte, contrairement à ce que préconise Costals dans l'une de ses missives vérolées à la toujours très clairvoyante Andrée.

@ Ysabelle:


Citation :
Elle dit, pour dire quelque chose :
- Six pièces... Est-ce que ce n'est pas un peu grand?
- Mais non. Salon, salle à manger, mon bureau, ma chambre, une chambre-débarras, et puis l'autre chambre, le "tombeau de la femme inconnue"...
- Le "tombeau"? Seriez-vous Barbe-Bleue?
- Non, "tombeau" dans un autre sens. La pièce où les femmes tombent. Et la pièce où tombent leurs illusions.(Op. cit., p. 72.)

It is en effet un morceau d'anthologie. (Oui, dans mes plus grandes réjouissances, je parle toujours un peu anglais.)

Citation :
C'est à vous glacer le sang.

Pourquoi ça? Je crois que, dans ce tombeau-là, Costals n'est pas sans perdre les siennes non plus.


Citation :
Un homme qui parle ainsi, je n'en voudrais pas même comme simple ami!

Au contraire! On sent qu'avec c'te homme-là, ça va galéjer dans tous les sens. Non?

*Car en effet, ça manque d'avocat, ici, depuis quelques temps.


Dernière édition par Dérinoé le Lun 31 Aoû 2015 - 23:02, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: "Les Jeunes Filles" d'Henry de Montherlant   Lun 21 Mai 2012 - 12:22

Je voulias juste annoncer que le démarrage de la 3e partie commence aujourd'hui

3) Semaine du 21 mai:

P. 133 à 198. (De la lettre du 27 avril 1927 à "[...] musique à la page.")


Bon vent tout le monde et à vous lire Very Happy
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serendipity
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MessageSujet: Re: "Les Jeunes Filles" d'Henry de Montherlant   Lun 21 Mai 2012 - 18:48

Je vais dorénavant poster sous balise anti-spoiler, cela évitera à de futurs lecteurs/futures lectrices de ce topic (je suis optimiste lol! ) de se faire avoir bêtement.

J'ai lu cette troisième partie il y a trop de temps et mes notes me paraissent bien obscures Rolling Eyes pale
Du coup, peu de choses sont exploitables

S'agissant d'Andrée,
Spoiler:
 

Quelques citations que j'ai notées en cours de lecture :

Spoiler:
 

S'agissant de Solange Dandillot :
Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: "Les Jeunes Filles" d'Henry de Montherlant   Ven 25 Mai 2012 - 17:50

Je suis en retard, mais j'ai fini cette partie hier, je viens donc poster quelques petits commentaires avant d'enchaîner sur la suite. Wink

Déjà je vais gagner du temps à plussoyant tout ce qu'a dit serendipity. lol! J'aime toujours autant le style de Montherlant, merci pour les citations !

Pour Andrée, je suis un peu moins dure que toi, parce que d'un côté je pense qu'elle agace réellement Costals, et que ça lui fait les pieds. Razz Celui-ci est vraiment... plein de contradictions. Suspect Je trouve qu'il met le lecteur dans une position délicate car par moments il dit des choses très vraies (j'ai bien aimé le passage sur la révolte comme ordre naturel de la société, mais c'est au début de la dernière partie que je viens de commencer ^^) et puis il s'emballe à nouveau avec ses idées égocentriques et mysogynes...

Solange me laisse perplexe aussi. Cette fille ne s'intéresse à rien et semble...vide, comme l'a dit serendipity. Rolling Eyes

Comme Ysabelle j'ai bien aimé les pages sur le bonheur des hommes et celui des femmes... même si je trouve aussi qu'il dit pas mal de n'importe quoi. tongue
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MessageSujet: Re: "Les Jeunes Filles" d'Henry de Montherlant   Sam 26 Mai 2012 - 11:53

ça y est, je suis à jour dans ma lecture.

Personnellement j'ai trouvé la digression sur le bonheur des hommes et des femmes intéressante mais un peu longue et cassant le rythme
du récit.
En revanche l'alternance lettres, narration est fluide et ne me pose pas problème.

Je trouve les personnages très intéressants et je me suis rendu compte que je m'attachais surtout à les écouter et à les comprendre plus
qu'à les juger. Je ne suis donc absolument pas gênée par les réflexions ou attitudes de Costals.
Je trouve cette immersion totale dans le profond des personnages passionnante et touchante et l'universlité de l'émotion résonne en moi très souvent. Je peux me sentir tour à tour terriblement agacée par cette crampon d'Andrée ou touchée par la profondeur de son amour comme je
peux ressentir une profonde empathie pour Costals qu'elle exaspère et qui pourtant ne la rejette pas totalement comme il pourrait le faire et exaspérée par ses réflexions profondément mysogines mais qu'il faut replacer dans le contexte de l'époque où la femme bien souvent n'avait pas d'autre choix que de réagir comme le décrit Costals.
Je me suis quand même demandé si Costals ne coupait pas le lien avec Andrée par profonde pitié ou parce que tout de même il y trouve une satisfaction.

La relation à son fils fourmille également de réflexions tellement justes. Montherlant nous met face à nos contradictions et à nos côtés sombres.

L'ambivalence de l'amour, notre difficulté à aimer pleinement, purement, tourmentés que nous sommes par nos zones d'ombre, nos blessures.

J'ai lu ça et là que des féministes avaient été virulentes contre ce texte.
Je crois être moi même sincèrement féministe et ce texte ne me choque pas. Montherlant ne fait que décrire des situations qui existent, des sentiments qui existent dans le coeur des hommes et des femmes. Il ne dit pas qu'il approuve. Il analyse ce qui est.

Quant à Solange je ne sais pas trop quoi en penser. J'attends la suite.

Belle lecture sunny
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Ysabelle
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MessageSujet: Re: "Les Jeunes Filles" d'Henry de Montherlant   Sam 26 Mai 2012 - 23:41

Très belle analyse, majeanne. Je suis contente que tu ais apprécié ce livre qui ne laisse pas indifférent. Ce que je constate, c'est : qu'on soit pour ou contre, on le lit quand même! En général, les gens quand ils ne sont pas intéresses par un livre, il est fréquent qu'ils l'abandonnent ou au pire des cas et par acquis de conscience, le finissent à contre cœur. Ce n'est pas le cas pour ce livre, car on le lit avec plaisir.

Citation :
Montherlant ne fait que décrire des situations qui existent, des sentiments qui existent dans le cœur des hommes et des femmes. Il ne dit pas qu'il approuve. Il analyse ce qui est.

Comme je l'ai cité un peu plus haut, je reste un peu mitigée quand à ses analyses. Quelques fois, je le trouve très près de la réalité des sentiments, mais quelquefois je le trouve présomptueux. Trop tranchant, trop affirmatif. On ne sent pas l'humilité de quelqu'un qui "pense" et qui sait que ce n'est pas une science exacte.
J'avoue que je peux être très subjective quand un sujet me révolte.
Mais comme l'a souligné Derinoé plus haut,
Citation :
... avec les Jeunes Filles, on aurait tort de se tenir la bride courte

C'est un sujet passionnant et j'avoue que j'ai fini le livre, car je n'arrivais pas à me retenir. C'est pour cette raison que je ne vais pas trop m'étendre de peur de parasiter les autres. J'espère un beau débat à la fin de la dernière partie qui commence demain. Very Happy




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MessageSujet: Re: "Les Jeunes Filles" d'Henry de Montherlant   Dim 27 Mai 2012 - 15:10

majeanne a écrit:
Montherlant nous met face à nos contradictions et à nos côtés sombres. L'ambivalence de l'amour, notre difficulté à aimer pleinement, purement (...)
Avec retard... Oui, même sentiment sur ce premier tome. A mes yeux, Costals n'est pas le salaud fini que l'on pourrait penser. Il est clair et plutôt honnête dans son propos. Les règles du jeu sont établies dès le départ, rappelées, expliquées — libre (mais elles ne le sont pas) à ses correspondantes de ne pas les entendre, les comprendre. Costals est égoïste, il le revendique. Il n'a à coeur que ses fantaisies et jouissances alliées à une indépendance d'esprit — que sa condition lui offre —, qui ne le fait s'attacher qu'à ce qu'il élit, et ce pour quoi il élit.
L'affection et l'amitié, qu'il ne refoule pas, n'ont pas nécessairement la couleur de l'amour ("Je connais bien l'amour; c'est un sentiment pour lequel je n'ai pas d'estime"); et si les "jeunes filles", par leur éducation et désespoir de leur condition (du pain et un lit sous contrat et si possible avant trente ans) se persuadent aveuglément du contraire, Costals ne les trompe pas sur ce qu'il leur propose ("Et d'ailleurs, quand vous m'atteindriez, vous n'auriez rien de moi, car je n'ai rien à donner à personne. Que ceci vous soit dit une fois pour toutes. Ne rêvez pas que j'y faiblisse jamais").
Haine du mariage, de l'engagement acté et de la médiocrité consentie? Personne n'est épargné. La description du marché de l'union, via les petites annonces, étrille les deux genres... L'atroce regret des possibles n'est pas nié; Costals pour ce qui le concerne se fait cependant fort de ne pas s'en soucier (ou place son possible ailleurs) et l'affiche ouvertement. Son estime, sa compassion pour Andrée qui perd pied et s'avilie, n'en sont pas moins réelles, sous la limite de ce qu'il en attend...

Un extrait comprend à mon sens une clé de la personnalité du narrateur, clairvoyant, qui la livre en toute franchise à Andrée: "Vous avez l'obsession du bonheur. Je l'ai moi aussi. Vous ne pouvez savoir avec quelle acuité je ressens le dramatique d'une condition où le corps non plus que l'âme ne trouvent ce qu'ils désirent. J'écrirais là-dessus des pages et des pages, et avec plus de force encore que vous. Si nous y sommes en pleine sympathie, — sum-pathein: souffrir avec, souffrir de la même souffrance que — c'est que, à ce point de vue, j'ai été vous. Non seulement pendant mon adolescence, ligoté par ma gaucherie et par mon ignorance du monde, mais même plus tard, homme déjà, dans certaines périodes désolées de ma vie. Il est vrai qu'elles furent très courtes. Aujourd'hui, j'ai tout ce que j'aime, et j'aime tout ce que j'ai. Donc, encore une fois, votre souffrance n'est pas de celles qu'on doive imaginer, pour pouvoir y compatir. Je la connais, elle est atroce, et votre situation est atroce. En vérité, vous n'avez pas de chance".
Lot des femmes de ce temps, au pied du phare d'où les hommes les contemplaient. Jusqu'au retour de balancier et au plein exercice par ces dernières de leur propre libre arbitre. (Ce qui ne change rien à mon sens au fond du propos et au crédit que l'on porte à l'engagement, à la sincérité, à l'amour — ou à l'hédonisme, au libertinage, à son épanouissement exclusif, etc.; mais à tout le moins les femmes peuvent-elles à présent faire preuve de la même nonchalance (lâcheté? A chacun(e) de qualifier) que Costals. Pour celles qui le souhaitent).
L'amour non partagé est cruel; s'en instruire sans autre imposture sous la plume de Montherlant peut être utile... (Et c'est divinement écrit).
Wink
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MessageSujet: Re: "Les Jeunes Filles" d'Henry de Montherlant   Dim 10 Juin 2012 - 14:41

J'ai fini le tome 2 "Pitié pour les femmes".
Je l'ai lu avec intérêt et plaisir. Mais doit on en parler ?
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MessageSujet: Re: "Les Jeunes Filles" d'Henry de Montherlant   Dim 10 Juin 2012 - 15:02

Je pense que oui, majeanne. Au départ il était question de commencer le premier seulement faute de temps. Nous pouvons continuer à poster nos impressions. Je suis presque vers la fin et je vais te rejoindre d'ici un jour ou deux. Les autres pourront le faire aussi, dès que possible. Je pense qu'il faut faire le commentaire du livre en entier car ils sont courts. J'aimerai bien avoir ton avis Very Happy
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MessageSujet: Re: "Les Jeunes Filles" d'Henry de Montherlant   Jeu 21 Juin 2012 - 20:08

Dérinoé a écrit:
Participants annoncés:
1) Serendipity, 2) Ysabelle, 3) Esperluette, 4) Majeanne, 5) Alade, 6) Darcy, 7) TimesNewRoman et 8) votre serviteur. De loin en loin, comptons également avec 9) Clinchamps et 10) Athéna! (Dix? Que l'esprit de Pythagore soit avec nous.)

Invoquons les esprits, alors.

Serendipity a écrit:
Costals offre à Andrée Hacquebaut de l'introduire à la littérature anglaise (...). Ce serait drôle que nous nous amusions à imaginer quels sont ces auteurs et ces livres que Costals offre à Andrée (...). J'ai pensé à Oscar Wilde
Bonne idée. L'un de ses aphorismes épouserait (!) assez bien le propos: "Etre un couple, c'est ne faire qu'un; mais lequel?"...

Serendipity a écrit:
Pourquoi Costals prend-il la peine de lire ces lettres et surtout d'y répondre ?
En sa qualité d'écrivain et d'observateur du genre humain, pour l'intérêt (et un peu plus) qu'il porte à ses contemporains, peut-être?

esperluette a écrit:
Costals m'a parfois rappelé Eric Zemmour au cours de ma lecture (le passage intitulé "-dignité" dans l'article de Costals "l'idéal de l'amour est d'aimer sans qu'on vous le rende"
Pas d'accord avec le rapprochement... Je partage la sentence, en revanche. Mais on parle bien d'idéal, n'est-ce pas?... Wink
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MessageSujet: Ô les femmes...   Dim 8 Juil 2012 - 20:57

Mais donc alors bon. C'est tout ce que vous inspire Costals et sa cour basse?

Bon, pour ma part, j'ai une thèse sur ce livre, déjà exposée dans l'un des messages de présentation du topic  mais que je reprends ici rapidement.

J'ai le sentiment que la thèse sous-jacente à ce panel de caractères intelligemment croqués ne prétend pas affirmer une éventuelle infériorité intrinsèque à la gente féminine mais démontrer, dans toute sa splendeur - et en effet, les Jeunes filles en général et Andrée Hacquebaut en particulier constituent vraiment de splendides échantillons - ce phénomène psychologique ou social qui consiste à voir des femmes normalement constituées s'accrocher de manière insensée à des hommes qui n'ont pas pour elles un dixième des égards et des attentions qu'elle déploient à leur endroit. Je crois en effet que cette saga, aujourd'hui et jadis estampillée timbre poste pour aller  définitif en phallocratie, tend plutôt à illustrer par l'exemple, en un sens, la supériorité de l'endurance et de l'affection féminines sur celles des hommes - supériorité qui, parce qu'elle entrave la lucidité et rend stérile la vie de celles qui s'y complaisent, finit par se muer en bêtise, en cécité ou en ridicule, comme le montre assez le personnage d'Andrée.


Spoiler:
 

Je reprends ici un passage discret mais à mon avis très significatif du premier tome que je considère comme une clef du récit tout en entier. Il s'agit d'un extrait du premier chapitre dans lequel le narrateur commente de façon savoureuse deux séries d'annonces matrimoniales issues d'une revue spécialisée:

Citation :
Nous avons lu ceci: "Monsieur désire connaître en vue mariage jeune et jolie personne ayant grande fortune." Un point c'est tout. Vous, jeune, jolie et grosse fortune. Moi... eh bien, moi, "un monsieur": vous n'êtes pas contente? La plupart d'entre elles, malgré tout, précisent: un "monsieur avec situation" -, du pain et du lit. Le lit d'abord. Et quoi de plus naturel, quoi de plus respectable que cette demande? "Sous la couverture, on ne sent plus la misère", nous disait magnifiquement une traînée de Marseille. (On y sent parfois une autre misère. Mais là n'est pas la question.) (Éd. Gallimard, 2008, p. 19.)

C'est là l'un des rares passages où le roman reconnaît de manières explicite une quelconque supériorité aux femmes dans leur ensemble, celle d'une lucidité, d'une modestie ou d'un sens pratique dont seraient dépourvus les hommes, trop fiers d'être ce qu'ils sont - c'est-à-dire, fondamentalement, des porteurs de pénis - pour proposer plus que l'apport glorieux de leur propre personne à leurs compagnes. La critique est dure.

Si on lit la suite de l'histoire dans l'optique de ces quelques lignes, on ne peut s'empêcher de voir en Andrée et en Costals - pour ne prendre que ces deux-là dans un premier temps - les prototypes caricaturaux des deux genres du règne animal que l'auteur entend brocarder, à égalité, dans son récit: la femme transie et, parce que transie, aveugle, malgré son intelligence, à tout ce qui n'est pas de son amour et l'homme tour à tour égoïste et indifférent qui mène à la première une vie d'enfer, uniquement soucieux de son bien-être et de sa tranquillité. De ce fait, je vois moins, dans leurs rapports sado-masochistes, la description anthropologique des deux sexes qui font le genre humain qu'une critique, sans doute inspirée par l'observation d'une certaine société, de deux spécimens (parmi d'autres) bien particuliers dudit genre humain: la Femme qui propose et l'Homme qui dispose. Ou, pourrait-on dire, la Femme qui s'accroche et l'Homme qui décroche.

Tout au long de l'échange épistolaire entre les deux protagonistes, et a fortiori durant les trois volumes suivants, je n'ai eu de cesse de me demander ce qu'il faudrait à Andrée pour enfin comprendre la situation. Costals, à de multiples reprises, insiste sur son intelligence et sa culture et, de fait, il ne semble pas que ce soit l'un de ces deux attributs qui soit en cause chez cette jeune femme non dépourvue de qualités. Je trouve assez symptomatique que l'auteur ait fait le choix, pour ce personnage, d'une femme écrivant bien, lisant beaucoup, plus cérébral qu'autre chose et non d'une Bécassine sans substance, subjuguée par la seule aura du grand homme. Ainsi, ce qui dysfonctionne, chez elle, ce n'est pas la tête, mais la poitrine, siège des sentiments qui, à la fin, contamine l'organe pensant initialement bien portant de ces présupposés enragés. Andrée aime Costals qui, par conséquent, ne peut être qu'un homme aimable et l'aimer de retour: tel est l'axiome boiteux qui fait de la jeune femme le paradigme de l'amoureuse éperdue, c'est-à-dire d'un être que ses sentiments rendent sot et buté aux preuves flagrantes de l'absence de réciprocité aussi bien qu'à celles de la moquerie dont il est la proie.

Je crois que cette cécité-là, qui résulte paradoxalement d'un amour admirable de constance et de profondeur, est l'une des démonstrations les plus frappantes de la série. Les Jeunes Filles ou comment le miel, par un excès de lui-même, finit par se changer en sang. C'est en ce sens que je crois pouvoir substituer au constat de la sottise féminine que l'on prête souvent à Montherlant celui, plus nuancé, de la sottise qu'engendre un sentiment trop pur et sans faille, imperméable aux réponses de la vie. Bien sûr, cette hypothèse de lecture en escamote d'autres, à mon sens également nécessaires à une bonne compréhension du roman: le fait, par exemple, qu'Andrée, écrivant à Costals comme on tient un Journal, a plaisir à se voir vivre des tragédies qui se substituent heureusement à son morne quotidien du Loiret. Mais enfin, je ne peux voir dans la correspondance entretenue par Costals avec elle ce ramassis de crasse misogynie qui, si elle était sincère, en ferait rapidement un échange plat et ennuyeux.

De même, je crois que Costals n'incarne pas l'Homme moyen mais plutôt une sorte de patchwork des traits de caractère que la masculinité la plus détestable affirme dans ses relations amoureuses: égoïsme, cynisme, cruauté ludique, rapports de force pipés, indifférence à ce qui n'est pas son propre plaisir et quelques autres encore que je tairais ici par égard pour les garçons qui passeraient par là. C'est d'ailleurs un miracle que ce personnage tienne debout, avec la dose de clichés, parfois contradictoires, que l'auteur lui met dans les dents: ne vivant que pour les femmes (et l'écriture) mais les méprisant jusque dans les jeux du corps, cérébral et n'aimant rien tant que la passivité intellectuelle de Solange, épris d'une liberté de mouvement absolue mais recherchant une communion amoureuse qui le comble lorsqu'elle jaillit d'une cuisinière. Il y a là, pour moi, une certaine dose de menuiserie littéraire, comme si l'auteur avait découpé le personnage le plus grinçant qui soit pour montrer, par le truchement d'une histoire crédible et réaliste, que certaines femmes sont capables de se cramponner jusqu'à la mort malgré le peu d'estime et d'amour qui leur est montré.

@ TimesNewRoman:


Citation :
Lot des femmes de ce temps, au pied du phare d'où les hommes les contemplaient.

Rien à ajouter.

Citation :
Je partage la sentence, en revanche. Mais on parle bien d'idéal, n'est-ce pas?...

Comment l'absence de réciprocité pourrait-elle constituer un idéal, particulièrement lorsqu'il s'agit d'amour? Le crois-tu vraiment?

J'ai toujours pensé, dans la veine décrite dans ce message, que ce trait du caractère de Costals, selon moi très construit et psychologiquement peu vraisemblable, n'était mentionné que pour renforcer, par contraste, l'absurdité de l'opiniâtreté amoureuse dont font preuve les femmes de son entourage, envers et contre tout. Comme si Montherlant nous disait: "Et avec ça, elles trouvent encore le moyen de l'aimer!"

Mais je serais curieuse de savoir combien, ici, trouvent cette philosophie-là envisageable, voire même désirable...

P.S. Vous lui reprochez quoi, à Eric Zemmour?


Dernière édition par Dérinoé le Lun 31 Aoû 2015 - 23:04, édité 1 fois
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