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| | Carole Martinez : le coeur cousu et autres oeuvres | |
| | Auteur | Message |
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MissAcacia DerbyCheshire Cat

Nombre de messages: 3586 Age: 39 Localisation: Perched on a hot sound tree Date d'inscription: 26/10/2007
 | Sujet: Carole Martinez : le coeur cousu et autres oeuvres Lun 14 Nov - 19:17 | |
| J'ouvre une chambre à Carole Martinez, auteur française née en 1966, dont je viens de découvrir Le coeur cousu, son premier roman paru en 2007. J'ai tout bien vérifié dans les coins et je ne crois pas que ce sujet existe déjà mais, si par malheur... bref, modératrices à vous dans ce cas. De quoi parle Le coeur cousu ? C'est une mini-saga familiale, sur trois générations. Au fin fond de l'Andalousie, dans un village perdu dans la montagne au milieu des oliviers de la famille Heredia, les femmes de la famille de Frasquita se transmettent une boîte mystérieuse et des incantations venues du fond des âges. La boîte révèle un don, qui marquera celle qui le reçoit. De la poésie, une ambiance qui mêle surnaturel et histoires de village, dureté du pays et force des sentiments. Frasquita, mariée au charron du village, José Carasco, dont les enfants sont plus extraordinaires les uns que les autres et dont le destin sera lié à un combat de coq, est le personnage central du roman. L'histoire est racontée par sa dernière fille: Soledad.Je vous mets le lien vers un article de biblioblog qui contient un extrait:  J'ai beaucoup aimé ce roman que j'ai lu quasiment d'une traite. On y retrouve des traits communs avec certains romans ou pièces de la littérature espagnole ou sud-américaine (sans comparer, j'ai pensé à Federico Garcia Lorca mais aussi à Gabriel Garcia Marquez ou Isabel Allende) : poids du destin, permanence de la tragédie, paysages brulés de soleil ou mangés de froid qui durcissent les âmes, présence du surnaturel. L'écriture est forte, pleine de couleur (on verrait presque les robes de Frasquita s'animer devant nos yeux). Il ne faut pas chercher la logique dans certaines scènes qui ne s'expliquent que par la magie ou une intervention divine, mais si on accepte ça, il n'y a plus qu'à se laisser emporter dans le sillage des Carasco. La vie asphyxiante dans le village, dès que l'on sort des sentiers battus, est aussi un point intéressant du livre. J'ai retrouvé un avis dans le sujet "Que lisez-vous en ce moment ?" | Selenh, 3 oct. 2010 (?) a écrit: | Le coeur cousu, de Carole Martinez (2008), un premier roman superbe, un parfum de Cent ans de solitude côté femmes. Citation d'une critique dont je partage tout à fait l'opinion:
| Citation: | Le cœur cousu de Carole Martinez est l'histoire d'une famille assez particulière, les Carasco, vivant au fin fond de l'Espagne de la fin du XIXème siècle. Frasquita, une mère au don de couturière, un peu magicienne ou même sorcière aux dires des jalouses du village. Elle sera jouée et perdue par son mari, totalement obsédé par son coq rouge qu'il entraîne aux combats. Rejetée par le village pour l'adultère avec l'homme au parfum d'olives qui l'a gagnée, elle se voit condamnée à l'errance à travers le pays, une révolte de paysans, jusqu'à la mer.... Elle se posera finalement sur l'autre rive avec sa ribambelle de gamins tous dotés eux aussi de dons surnaturels.
Une succession de contes, de fables... où la frontière entre le réel et l'imaginaire est aussi fine de la plus fine des soies. |
L'article intégral:  |
Selenh attendait un deuxième roman pour ouvrir un sujet. C'est chose faite car Carole Martinez a publié Le domaine des murmures en 2011 (prix Goncourt des Lycéens). Désolée Selenh, je crois que je t'ai coupé l'herbe sous le pied...
Deux auteurs françaises contemporaines dans la même année, j'explose tous mes records, mais je vais continuer à m'intéresser de près à l'oeuvre de Carole Martinez . A vous !_________________ | Which road do I take? she asked. Where do you want to go? was his response. I don't know, Alice answered. Then, said the cat, it doesn't matter. |
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|  | | esperluette Magnolia-White Ampersand

Nombre de messages: 4535 Age: 20 Date d'inscription: 11/07/2009
 | Sujet: Re: Carole Martinez : le coeur cousu et autres oeuvres Sam 19 Nov - 12:19 | |
| Merci pour ce topic, MissAcacia, Carole Martinez est un auteur que j'ai très envie de lire. Le coeur cousu figure dans ma Liste de livres à lire depuis sa sortie je pense, et Du domaine des murmures me tente beaucoup aussi, donc j'espère venir faire un tour sur ce topic d'ici quelques temps. |
|  | | Natacha Rostov Hungry Bookwolf

Nombre de messages: 2776 Age: 32 Localisation: Au fond des bois Date d'inscription: 14/02/2006
 | Sujet: Re: Carole Martinez : le coeur cousu et autres oeuvres Jeu 29 Déc - 17:18 | |
| J'avais Le coeur cousu dans le collimateur depuis de nombreux mois et quand j'ai vu MissAcacia créer ce topic, cela a boosté ma motivation pour le lire! Quelle formidable découverte littéraire. Je suis tombée sous le charme du style et de l'histoire qui prend la forme d'un conte. La comparaison avec les romans de Gabriel Garcia Marquez est très judicieuse, car on retrouve la même atmosphère irréaliste. Ces mêmes petits villages tantôt espagnols, tantôt colombiens, brûlés par le soleil, marqués par la vie en communauté, l'importance de la religion et magnifiés par les croyances populaires couchées sur le papier. A ceci près qu'on sent très fortement que l'auteur est une femme. C'est en effet un roman éminemment féminin qui narre avec beaucoup de poésie l'histoire d'une femme, puis celles de ses filles. Ces femmes héritent à l'adolescence d'un don qui leur est transmis par une boite mystérieuse, qu'elles se confient de mère en fille depuis des générations. Frasquita héritera du don de coudre comme une déesse. Chacun de ses enfants, Anita, Angela, Pedro, Martirio, Clara et enfin Soledad la narratrice, auxquels on s'attache très vite, auront eux aussi un don. Mais un don, ce n'est pas toujours un cadeau...d'autant que Frasquita, dont le mari devient fou et finit par la jouer et la perdre lors d'un combat de coqs, fuit son village avec sa ribambelle d'enfants... Pour vous donner une idée du style, voici les premiers paragraphes trouvés sur le web : | Spoiler: | | | Mon nom est Soledad. Je suis née, dans ce pays où les corps sèchent, avec des bras morts incapables d'enlacer et de grandes mains inutiles. Ma mère a avalé tant de sable, avant de trouver un mur derrière lequel accoucher, qu'il m'est passé dans le sang. Ma peau masque un long sablier impuissant à se tarir. Nue sous le soleil peut-être verrait-on par transparence l'écoulement sableux qui me traverse. LA TRAVERSÉE Il faudra bien que tout ce sable retourne un jour au désert.
À ma naissance, ma mère a lu ma solitude à venir. Ni donner, ni recevoir, je ne saurais pas, jamais. C'était inscrit, dans la paume de mes mains, dans mon refus obstiné de respirer, de m'ouvrir à l'air vicié du dehors, dans cette volonté de résister au monde qui cherchait à s'engouffrer par tous mes trous, furetant autour de moi comme un jeune chien. L'air est entré malgré moi et j'ai hurlé.
Jusque-là, rien n'était parvenu à ralentir la marche de ma mère. Rien n'était venu à bout de son entêtement de femme jouée. Jouée et perdue. Rien, ni la fatigue, ni la mer, ni les sables. Personne ne nous dira jamais combien de temps aura duré notre traversée, combien de nuits ces enfants qui suivaient leur mère ont dû dormir en marchant! J'ai poussé sans qu'elle y prît garde, accrochée à ses entrailles, pour ne pas partir avec toute cette eau qu'elle perdait sur les chemins. J'ai lutté pour être du voyage et ne pas l'interrompre.
La vieille Mauresque qui a arrêté ma mère en lui touchant le ventre, celle qui a murmuré "Ahabpsi!" comme on élève un mur, et qui, armée d'une main et d'une parole, s'est dressée seule face à la volonté furieuse de cette femme grosse d'une enfant arrivée à terme depuis longtemps déjà et qui voulait poursuivre sa route et qui voulait marcher encore, bien qu'elle eût déjà marché plus qu'il n'était possible et qu'elle se sentît incapable de marcher davantage, la vieille Arabe aux mains rousses de henné plus fortes que le désert, celle qui est devenue pour nous le bout du monde, la fin du voyage, l'abri, cette femme a lu, elle aussi, ma solitude dans mes paumes, elle qui ne savait pas lire.
Son regard est entré d'un coup dans les viscères de ma mère et ses mains sont venues m'y chercher. Elle m'a cueillie au fond de la chair où j'étais terrée, au fond de cette chair qui m'avait oubliée pour continuer de marcher, et, après m'en avoir libérée, elle a senti que mes mains ne me serviraient de rien, que j'y avais comme renoncé en naissant.
Sans se comprendre, elles m'ont donné, chacune dans sa langue, le même prénom. "Soledad" a dit ma mère sans même me regarder. Et la vieille en écho lui a répondu "Wahida".
Et aucune de ces deux femmes ne savait lire.
Ma soeur aînée, Anita, s'est longtemps refusée à l'évidence inscrite dans mes mains, inscrite dans mon nom. Et elle a attendu. Elle a attendu qu'un homme me débaptise et que mes doigts s'attendrissent.
Je me souviens d'un temps où les jeunes gens du quartier Marabout traînaient autour de chez nous dans l'espoir de me voir passer. Nonchalamment adossés aux maisons, seuls ou parfois en groupes, ils me guettaient dans les ruelles et se taisaient à mon approche. Je n'étais pas vraiment belle, du moins pas comme ma soeur Clara l'était, mais j'avais, paraît-il, une grâce singulière qui les clouait aux murs. Mes soeurs me répétaient en riant les confidences des jeunes gens qui les suppliaient de plaider leur cause, ce qu'elles faisaient avec un brin de dérision, me décrivant les ridicules symptômes de leur amour, leurs bégaiements, leurs regards mous. Et nous riions. Mais moi, je songeais à leur membre dressé, soudain à l'étroit dans leur culotte, et j'oscillais entre rire et dégoût. J'avais le choix, je n'avais pas de père pour m'imposer un mariage. Seule Anita, l'aînée, aurait pu exercer son autorité sur moi. Elle ne l'a jamais fait. |
Bref, difficile de résister à l'envie de me jeter sur Du domaine des murmures mais vue la hauteur de ma PAL, ça ne va malheureusement pas être pour tout de suite Carole Martinez, qui a d'abord été un auteur de littérature de jeunesse avant d'écrire Le coeur cousu, est prof de français dans ma ville, je me plais à m'imaginer la croiser un jour! |
|  | | Dérinoé Lady à la rescousse

Nombre de messages: 308 Age: 29 Localisation: Cachée sous une plume Date d'inscription: 15/10/2011
 | Sujet: Re: Carole Martinez : le coeur cousu et autres oeuvres Jeu 29 Déc - 18:23 | |
| Hello tous,
je relaie ici le lien d'un article très élogieux écrit par Pierre Jourde et paru sur son blog Confitures de culture en juillet 2011: Carole Martinez, le retour.
http://pierre-jourde.blogs.nouvelobs.com/tag/le%20coeur%20cousu
Jourde y raconte notamment la genèse éditoriale de ce premier roman couronné de succès par le public comme par la critique.
Amitiés,
Déri'
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|  | | MissAcacia DerbyCheshire Cat

Nombre de messages: 3586 Age: 39 Localisation: Perched on a hot sound tree Date d'inscription: 26/10/2007
 | Sujet: Re: Carole Martinez : le coeur cousu et autres oeuvres Lun 9 Jan - 13:13 | |
| Merci pour ces infos Dérinoé  . Natacha, ravie de voir que tu as autant aimé ce roman que moi et merci pour ton avis. Du domaine des murmures attendra son tour chez moi comme chez toi, pour les mêmes raisons. Une collègue avec qui je partage beaucoup de goûts littéraires m'a toutefois dit qu'elle avait moins aimé. Ce qui ne fait qu'exciter ma curiosité  . _________________ | Which road do I take? she asked. Where do you want to go? was his response. I don't know, Alice answered. Then, said the cat, it doesn't matter. |
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