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 Howards End (1910)

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Dulcie
Ville du Nord...
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MessageSujet: Howards End (1910)   Mar 9 Aoû 2011 - 20:50

Howards End est donc le second roman de Forster que je découvre (après Route des Indes). Je l'ai terminé ce matin.

J'ai trouvé ce roman extrêmement enthousiasmant. cheers

Derrière sa façade austère se cache une pulsion de vie qui court du début à la fin ; ce n'est pas un roman figé mais au contraire rempli d'énergie, de mouvement. Un foisonnement qu'on trouve partout : dans les caractères des personnages, leurs actions, les divers voyages qu'ils font, les maisons qu'ils occupent.
Les personnages vont sans cesse de l'avant, ce qui est plutôt triste en fait, car ils donnent ainsi l'impression de passer leur temps à fuir, par choix ou par contrainte, de façon délibérée ou de manière plus souterraine.
Tout cela évidemment mis en opposition avec une tradition victorienne répressive, toute faite de chuchotements, d'élans qu'on s'empresse de placer sous couvercle, sans que cela n'annihile cependant désirs et besoins, même pour ceux qui voudraient s'en garder, tel les Wilcox par ex.

Forster gouverne son récit magnifiquement : les personnages sont dans l'ensemble intéressants, les dialogues vifs et incitant souvent à la réflexion, il n'y a pas trop de passages à tendance 'philosophique' bizarre Razz ; par contre d'assez nombreuses descriptions des comtés ruraux ou quelques unes de Londres, non seulement belles mais d'une portée symbolique et spirituelle marquante.
L'ouverture par lettres est excellente et inattendue, la chronologie sur plusieurs années très bien menée, et même si ce n'est pas le 'point fort' du roman, quelques péripéties dans le cours de l'histoire réservent malgré tout leur lot de surprises et autre retournement de situation.

Il y a la vie publique et privée, les deux s'entrechoquent souvent (surtout lorsqu'on met en présence des gens apparemment aussi dissemblables que les Schlegel et les Wilcox), d'où cette notion du visible et de l'invisible + l'impossibilité d'un quelconque lien entre eux, à laquelle Forster se réfère abondamment (et mentionnée avec justesse dans la préface de l'ouvrage).
Egalement les hommes et les femmes, où l'on sent bien et très cruellement le fameux "double standard" qui est à la base de beaucoup de choses dans la société de cette époque, et qui reste souvent passionnant dans les romans.

Les personnages ne sont pas forcément agréables, mais je n'ai pas ressenti autant de dédain à leur égard de la part de l'auteur que dans Route des Indes, même pour les plus mal lotis d'entre eux, comme Charles ou Dolly.
Cependant, même Margaret et Helen ne m'apparaissent pas comme des héroïnes auxquelle on se plaît réellement à s'attacher. Un effet sans doute de la sécheresse forsterienne, c'est comme ça... Surprised
Mrs Wilcox (mère) n'est pas non plus très bien dessinée, j'ai trouvé qu'il y avait disparité entre la manière dont elle est décrite de son vivant, et la quasi sanctification dont elle bénéficie après sa mort. L'effet est bon, le contraste, la signification, mais le personnage en pâtit quelque peu.

Une lecture simple mais puissante, pour de bon excellente. sunny
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misshoneychurch
Poppy dream by the Arno
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MessageSujet: Re: Howards End (1910)   Mer 10 Aoû 2011 - 12:33

Il faut absolument que je relise ce livre. Twisted Evil Je l'ai lu il y a longtemps, et ton avis me prouve que je ne l'ai pas apprécié à sa juste valeur. En plus, je compte lire De la beauté de Zadie Smith assez prochainement, qui y fait, paraît-il, fortement référence. Very Happy
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cat47
Master of Thornfield
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MessageSujet: Re: Howards End (1910)   Mer 10 Aoû 2011 - 19:54

Merci pour cet avis détaillé, Dulcie. sunny

Je trouve que ce serait une bonne occasion de créer un nouveau topic consacré uniquement à Howards End à partir de ton message. C'est bon pour toi?

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Dulcie
Ville du Nord...
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MessageSujet: Howards End   Mer 10 Aoû 2011 - 21:50

cat47 a écrit:


Je trouve que ce serait une bonne occasion de créer un nouveau topic consacré uniquement à Howards End à partir de ton message. C'est bon pour toi?

Oh si tu veux, cat. Wink (et pour info, j'ai reparcouru le topic, je n'ai pas trouvé bcp de messages sur ce roman ou le film). Smile
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clinchamps
Oshaberi Sensei
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MessageSujet: Re: Howards End (1910)   Dim 21 Aoû 2011 - 15:38

J'avais d'abord vu le film, et même plusieurs fois, et je l'avais profondément aimé. Les histoires de maisons qui ont une sorte de charme magique m'ont toujours fascinée (d'où mon amour pour Elisabeth Goudge qui en est un chantre enthousiaste) et j'étais donc curieuse de lire le roman dont Ivory avait fait l'adaptation. Celle-ci est remarquable de fidélité et cependant je dirais que le cinéaste a comme répandu un éclairage plus moelleux sur l'histoire, adoucissant les personnages, les rendant plus proches et plus faciles à aimer. Car je rejoindrai Dulcie : j'ai ressenti comme une barrière entre eux et moi, car inconsciemment je cherchais les émotions du film, et elles n'y étaient pas. Il y a de la dureté dans tous les personnages, et quand Margaret dit aimer Henry, je ne vois pas d'amour dans son attitude, elle le dit, mais je ne le ressens pas. La relation entre Hélène et Leonard est plus sous-entendue que vue. L'auteur préfère à tout instant l'intellectuel au factuel
Spoiler:
 
mais il se plonge et nous avec dans les méandres des réflexions intérieures. En un mot je n'en ai trouvé aucun de sympathique. MrsWilcox est pour le moins bizarre, comme détachée et même on se demande si elle comprend ce qui l'entoure, mais nous ne la voyons qu'en fin de vie, l'amour et le respect que lui port sa famille laisse entendre qu'elle devait avoir une personnalité plus riche qu'il n'y paraît. La relation entre les deux sœurs est compliquée, contradictoire, mais n'est-ce pas le cas des relations familiales ? Là encore je retrouve ce déni du romanesque (comme l'est la relation fraternelle dans le film)pour le choix d'une réalité plus véridique. La famille Shlegel n'est pas si chaleureusement liée que cela, ce qui en fait une cellule unique c'est son originalité due à une éducation hors norme. Mais chacun suit sa propre route, et par moment en dépit des autres.
Les Wilcox sont moins originaux, ils représentent la bourgeoisie d'argent que Forster aime à égratigner et que l'on peut déjà croiser dans la saga des Forsythe (j'ai beaucoup pensé à Soames Forsythe en lisant ce roman).
J'ai trouvé très habile la façon dont la maison finit par revenir à Margaret, et dont la façon dont ce qu'elle représente (la liberté de penser, de vivre) a finalement remporté la victoire sur ce que représentent les Wilcox, soit le conformisme et l'arrogance de classe.
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Ju
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MessageSujet: Re: Howards End (1910)   Dim 16 Sep 2012 - 21:56

J'ai fini ce roman aujourd'hui, et j'ai bien aimé (même si je n'ai pas adoré non plus^^).
Le rythme est lent, il ne se passe pas grand chose mais c'est sympa, j'ai apprécié Smile
J'avais oublié que j'avais vu le film (il n'y a pas si longtemps d'ailleurs Embarassed ) mais c'est revenu petit à petit au fil de ma lecture.
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Tatiana
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MessageSujet: Re: Howards End (1910)   Mer 24 Jan 2018 - 21:28


J’ai beaucoup aimé ma (re)lecture. Curieusement je ne suis pas sûre d’avoir lu la totalité la première fois, et tenais d’autant plus à découvrir l’ensemble.
Avec les images de la récente mini-série en tête, je me suis rapidement aperçue de sa proximité avec le livre. Personnages, situations et dialogues y sont fidèles. Un exemple parmi bien d’autres
Spoiler:
 

Il présente plus d’un intérêt. Avant tout deux beaux personnages féminins aux idées progressistes qui chérissent leur indépendance : Helen, passionnée et impulsive, dotée d’un fort tempérament, qui commence par avoir une sorte de coup de coeur pour les Wilcox avant de les mépriser (voire de les détester) et Margaret  I love you , tout aussi passionnée, optimiste mais plus posée. Leur relation est aimante mais non dénuée de complications.
Ensuite une peinture fine de la société d’avant 1914 et des rapports de classes  I love you . D’un côté, deux familles bourgeoises, aisées (l'une se situant sur un échelon plus haut que l'autre) mais qui n’ont pas du tout la même vision de la vie. Les Schlegel, passionnés par l’art et la littérature, intellectuels, et les Wilcox, pragmatiques, attachés à leur train de vie et au capital sur lequel ils sont si confortablement assis. De l’autre, Leonard Bast, obligé de gagner son pain dans une occupation précaire et aux aspirations culturelles et intellectuelles. Chez les Schlegel, les moins fortunés doivent être soutenus, surtout quand un jeune homme comme Leonard Bast cherche à se dépasser. Pour les Wilcox au contraire, chacun doit rester à sa place, les pauvres sont pauvres et il est dans l’ordre des choses qu’ils le restent.
Enfin des dialogues riches et spirituels et quelques touches humoristiques sympathiques, en particulier le quiproquo causé par la tante Julie à son arrivée à Howards End au début du livre.

En (re)lisant le livre j’étais curieuse de découvrir le portrait de Henry Wilcox, globalement antipathique et froid dans l’adaptation, et de mieux saisir les raisons qui poussent Margaret à épouser cet homme de 20 ans plus âgé qu’elle aux qualités humaines minimes. Plusieurs passages éclairent la personnalité de Henry, en particulier le chapitre 22. Il y est décrit comme un homme qui a appris tôt à maîtriser ses sentiments et émotions, obtus et incapable d’observer ce qui l’entoure. Il accumule les propriétés immobilières en considérant uniquement leur valeur. Tout le contraire de Margaret.
Quant au choix de celle-ci, je l’ai compris comme un geste de gratitude envers un homme qui s’intéresse à elle et comme une volonté d’humaniser Henry, elle y est sincèrement attaché malgré leurs énormes différences... de tout. On la sent aussi attirée par la perspective de se poser après avoir veillé sur ses deux jeunes frère et soeur, tout en tenant à garder une certaine indépendance.
Parmi les épisodes cruciaux
Spoiler:
 

La maison de Howards End fait une entrée fracassante au début du livre avant de rester constamment en fond de la trame, un lien entre les protagonistes, idéalisée par certains et encombrante pour d’autres.  Je te rejoins Clinchamps sur la beauté de ce qu'elle représente. Henry Wilcox est incapable de la voir autrement qu'un bien hérité de sa femme et qu'il se doit de transmettre à son fils aîné, dans le respect de la tradition. Margaret en devient propriétaire et parvient enfin à trouver la stabilité qu'elle a tant cherchée.

J’ai trouvé certains passages difficiles à comprendre (je l’ai lu en VO), très lyriques, le style de EMF n’est pas toujours très fluide et nécessite d’être concentré. Mais globalement ce roman se savoure, sûrement un de ceux que je préfère dans la littérature anglaise du début XXe siècle  Smile .

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Juliette2a
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MessageSujet: Re: Howards End (1910)   Sam 27 Jan 2018 - 18:06

Merci pour cet avis très intéressant, Tatiana drunken
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