Comme promis, je me lance à ouvrir un sujet sur
Natsume Sôseki, souvent appelé Sôseki tout court. Une grande figure (pour ce que j'en ai lu car je suis loin d'être une spécialiste) de la littérature japonaise, à la charnière du XIXème et du XXème (ère Meiji).
Il fut professeur puis écrivain à plein temps. Il n'est pas éloigné de nos préoccupations puisqu'il a passé trois ans à Londres au tout début du XXème siècle et était un spécialiste de la littérature anglaise (toutélié), qu'il a enseignée à l'Université de Tokyo.
Sa première oeuvre, et la plus connue est le roman
Je suis un chat, paru en 1905. Je ne vous en dirai rien puisque je ne l'ai pas lu, essentiellement parce que je ne l'ai pas encore trouvé. Mais ce fut un succès.
Son deuxième roman,
Botchan est un classique de la littérature jeunesse au Japon (pour que ce je m'en suis laissé dire). Et je l'ai lu, donc je vais essayer d'en parler. Botchan (qui, je crois veut dire "Jeune maître") est un jeune orphelin, assez doué pour se mettre dans l'embarras et s'attirer des inimitiés. Originaire d'Edo, il paye ses études avec l'argent hérité de son père. Sa seule compagnie est une vieille servante du nom de Kiyo. Diplôme en poche, il lui faut travailler. On lui propose une place de professeur de mathématique dans un collège de l'île de Shikokku. Il se retrouve dans l'ambiance assez confinée d'une petite ville de province très traditionnelle et dans le microcosme du collège, avec ses jeux de pouvoirs entre professeurs et entre professeurs et élèves. Un rude contraste pour Botchan le tokioïte habitué à une vie libre et plus raffinée et surtout peu enclin à se plier au cadre rigide qu'on veut lui imposer.
Les portraits (de Botchan, de Kiyo, des professeurs, des logeurs...) sont d'une grande finesse et forment une galerie très intéressante. Botchan n'est pas vraiment un personnage sympathique, il est trop froid et trop caustique pour ça. Cependant, j'ai suivi ses aventures avec beaucoup d'intérêt et même souffert un peu en lui voyant commettre faux-pas et maladresses dans son nouvel environnement policé mais hostile. Il finira par ouvrir les yeux sur les personnes qui l'entourent et reconnaître le mérite de certains qu'il n'avait pourtant pas épargnés.
J'ai ensuite lu
Clair-Obscur, qui est le dernier roman de Sôseki, laissé inachevé par sa mort. J'ai lu que beaucoup de connaisseurs le considérait comme son chef d'oeuvre. J'ai été surprise par ce roman, qui, même inachevé, est assez épais. En effet, l'histoire tient en deux pages. Il ne s'y passe absolument rien (même notre chère Jane passerait pour une écrivaine épique à côté) mais l'analyse des sentiments, des relations entre les personnages, de leurs difficultés, de leurs faiblesses et de leurs manoeuvres est menée avec une subtilité et une précision portées à leur paroxysme.
En deux mots: Tsuda est marié avec Nobuko depuis six mois. Il doit subir une opération chirurgicale, ce qui pose un problème d'argent une fois le congé nécessaire accordé de mauvaise grâce par son employeur. Le père de Tsuda, qui lui versait une somme tous les mois, a cessé son aide, par suite d'une indélicatesse de son fils. Car Tsuda se laisse un peu porter, un peu dorloter et sa famille n'apprécie pas. Sa femme, la trop jolie Nobuko, habituée à une vie facile ne serait-elle pas responsable ? Celle-ci a librement choisi Tsuda, un cas rare dans la société de l'époque, mais l'aime-t-il ? comment savoir sans poser la question directement, en demeurant l'épouse irréprochable qu'elle se doit à elle-même d'être ? comment faire quand on doit montrer a sa famille et à ses relations l'image d'une entente parfaite ? Et quelques grains de sable ne seraient-ils pas déjà en train de gripper les rouages... incompréhension et malentendus.
Le rythme est très lent, l'analyse extrêmement fouillée, à la limite de la dissection. J'avoue que j'ai un peu décroché à certains moments mais j'ai globalement apprécié ce roman, lucide et sans complaisance.
Comme dans Botchan, j'ai eu beaucoup de mal à sympathiser avec Tsuda mais j'ai une certaine empathie avec Nobuko. Les portraits sont là aussi très fins (notamment les femmes, plus ciselées que les hommes: tantes, belles-soeurs, amies, cousines).
Entre les deux, il y a tout ça:
- 1906 : Oreiller d'herbe (Kusamakura - 草枕)
- 1906 : Le 210e jour (二百十日)
- 1907 : Le mineur (Kōfu - 坑夫)
- 1908 : Dix rêves (夢十夜), dans Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines Tome II
- 1909 : Petits contes de printemps (Eijitsu shōhin - 永日小品)
- 1909 : Sanshirô (三四郎)
- 1909 : Et puis (Sorekara - それから)
- 1910 : La porte (Mon - 門)
- 1910-1911 : Choses dont je me souviens (Omoidasukoto nado - 思い出す事など)
- 1911 : La civilisation japonaise moderne (Gendai Nihon no Kaika - 現代日本の開化), dans Cent ans de pensée au Japon Tome I
- 1911 : Haltes en Mandchourie et en Corée
- 1912 : À l'équinoxe et au-delà (Higansugi made 彼岸過迄)
- 1913 : Le voyageur ou L'homme qui va (Kōjin - 行人)
- 1914 : Le pauvre cœur des hommes (Kokoro - こころ)
- 1914 : Mon individualisme (Watashi no kojinshugi - 私の個人主義)
- 1915 : À travers la vitre (Garasudo no naka - 硝子戸の中)
- 1915 : Les herbes du chemin (Michikusa - 道草)
suivant Wikipedia.
J'ai commencé les
Petits Contes du Printemps, courtes nouvelles évoquant des souvenirs, des bribes de quotidiens, des insignifiances dont je reviendrai sans doute parler.
Sôseki, que je ne connais pas beaucoup, n'est certes pas un écrivain épique. Il manierait plutôt son petit pinceau sur de minuscules morceaux d'ivoire...