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 Jean-Michel Guenassia : Le club des incorrigibles optimistes

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Natacha Rostov
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MessageSujet: Jean-Michel Guenassia : Le club des incorrigibles optimistes   Lun 29 Nov 2010 - 13:55

Jean-Michel Guenassia a publié en 2009 son premier roman, Le club des incorrigibles optimistes à l'âge de 59 ans, dixit Albin-Michel son éditeur. Ce n'est pas tout à fait vrai car il avait déjà publié un roman policier dans les années 80, et qu'il vit depuis des années de sa plume grâce aux scenarii qu'il écrit pour la télévision.

Ce "premier" roman, prix Goncourt des lycéens en 2009, est un beau pavé de 800 pages qui se lit sans effort car la plume est belle. C'est un récit doux-amer, celui d'un adolescent dans le Paris de la fin des années 50 / début des années 60. Michel a 12 ans en 1959, et de là à penser que le récit est à mi-chemin entre l'autobiographique et la fiction, il n'y a qu'un pas à franchir tant le tout sonne vrai...

On se retrouve donc plongé dans de début des années 60, celles de la fin de la guerre d'Algérie, de l'arrivée des Beatles sur les ondes et de cet état d'esprit particulier qui donnera naissance quelques années plus tard à Mai 68.
Michel vit avec ses parents, son grand fère et sa petite soeur. C'est une famille un peu atypique, partagée entre la mère, fille de l'ancien "patron" du père de Michel, qui a notamment fait fortune en Algérie et le père, ancien ouvrier issu d'une famille d'immigrés italiens, fervants communistes.
Michel vit donc avec ce double héritage et trace son petit bonhomme de chemin dans les rues de Paris, un livre constamment vissés dans les mains. Il est en effet un lecteur invétéré. Il lit tout et tout le temps, même en classe en posant le livre sur les genoux, même en marchant dans la rue. Il y a d'ailleurs, au fil des pages, de très belles citations sur la lecture que j'essayerai de retrancrire ici (je n'ai pas l'exemplaire aujourd'hui avec moi).

EDIT, voici quelques citations sur la lecture qui m'ont marquée dans ce roman :
Citation :
Il y a des livres qu'il devrait être interdit de litre trop tôt. On passe à côté ou à travers. Et des films aussi. On devrait mettre dessus une étiquette : Ne pas voir ou ne pas litre avant d'avoir vécu.
Comme c'est vrai!

A propos de Portrait de femme (Henry James)
Citation :
Je ne connaissais ni le titre, ni l'auteur de ce roman. Je l'ai feuilleté et je me suis arrêté au hasard sur un paragraphe. J'ai lu trois fois dix lignes à cinquante pages d'intervalle.
Il y a dans la lecture quelque chose qui relève de l'irrationnel. Avant d'avoir lu, on devine tout de suite si on va aimer ou pas. On hume, on flaire le livre, on se demande si ça vaut la peine de passer du temps en sa compagnie. C'est l'alchimie invisible des signes tracés sur une feuille qui s'impriment dans notre cerveau. Un livre, c'est un être vivant. Les gens, rien qu'à les voir, vous savez à l'avance si vous serez leur ami.


Michel est donc un littéraire, qui traîne un sérieux handicap en maths. Mais c'est aussi un champion de baby-foot, grâce aux parties qu'il joue dans un café, le Balto, situé Place Denfert-Rochereau. C'est là qu'un jour, il décide d'aller voir ce qui se passe derrière une porte plus ou moins dérobée du Balto sur laquelle il est inscrit "Club des incorrigibles optimistes".
Ce "club", qui est composé de joueurs d'échecs, tous réfugiés des régimes soviétiques d'Europe de l'Est (Hongrois, Roumains, Russes,...), prend Michel sous son aile. On y croise aussi parfois Joseph Kessel et Jean-Paul Sartre.
Le récit alterne alors entre la vie de Michel, dont le frère part se battre en Algérie en lui laissant Cécile, sa copine qui va l'adopter comme son petit frère, et celle de ses nouveaux amis : Igor, Sacha, et tous les autres.

J'ai beaucoup, beaucoup aimé ce livre.

J'ai retrouvé sur le web un article de Libération qui complétera cette petite présentation:

Citation :
Les lecteurs apprécient que les personnages des romans qu’ils lisent soient eux-mêmes des lecteurs. Sans doute parce que cet effet de miroir est rassurant, cela nourrit le succès de certains livres : ainsi de l’Elégance du hérisson, du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, best-seller inattendu du printemps dernier, et, cette rentrée, du Club des incorrigibles optimistes, accompagné d’une réputation flatteuse et fort de ses 55 000 ventes.

«J’avais horreur de perdre mon temps. La seule chose qui me paraissait utile, c’était de lire.» Le héros du Club, 12 ans en 1959, et une taille qui le fait objectivement passer pour un grand (1,73 mètre au début de l’histoire), lit sur le chemin de lycée, en marchant, et a tendance à s’attarder. «J’ai fini par classer les écrivains en deux catégories : ceux qui vous laissaient arriver à temps et ceux qui vous mettaient en retard. Les auteurs russes m’ont valu une ribambelle de colles.» Il n’y a pas que Tolstoï ou Dostoïevski. Quand Michel découvre Henry James, il écope de six heures de retenue. L’auteur, Jean-Michel Guenassia, lui prête quelques théories : «Il y a dans la lecture quelque chose qui relève de l’irrationnel. Avant d’avoir lu, on devine tout de suite si on va aimer ou pas. […] Un livre, c’est un être vivant. Les gens, rien qu’à les voir, vous savez à l’avance si vous serez leur ami.» Un jour de 1963, en sortant de la Cinémathèque rue d’Ulm, notre amateur de romans entre en collision avec un obstacle d’abord non identifié. «Elle portait un blue-jeans et des chaussures de tennis. Elle lisait le Matin des magiciens et moi Bonjour Tristesse. Je n’avais aucune chance.»

Ce premier roman, qui n’en est pas tout à fait un, puisque Jean-Michel Guenassia, né en 1950, scénariste pour la télévision, a publié un polar chez Liana Levi en 1986 (Pour cent millions), se passe entre 1959 et 1964, avec des flash-back qui concernent les optimistes du titre, et entretiennent le côté mille-feuille. Le narrateur s’appelle Michel, prénom d’époque. C’est celui du bébé très populaire, créé en 1954 par le magazine Modes et Travaux. Michel, bien que fou de rock’n’roll et de littérature, est obsédé par l’envie de posséder un Circuit 24. Pour ses 12 ans, les grands-parents maternels (les Delaunay, catholiques Algérie française) lui offrent un tourne-disque Teppaz. De la part de ses grands-parents paternels (les Marini, communistes issus de l’immigration italienne), il reçoit un livre, les Trésors du Louvre. Enfin, son père, qui va bientôt s’acheter une DS 19, a l’idée de génie : «Le Brownie Kodak !»

La récente enquête sur les Pratiques culturelles des Français à l’ère numérique (1) montrant que «les baby-boomeurs manifestent un intérêt pour les livres supérieur à celui des générations nées avant guerre», nul doute que les quinquagénaires constituent le gros du bataillon des fans du Club des incorrigibles optimistes. Michel, qui carbure au panaché bien blanc, est un as du baby-foot. Ses parents ont repris l’entreprise Delaunay, agrandi le magasin avenue des Gobelins (salles de bains, électroménager). La mère, une harpie, est dopée aux séminaires de management, tandis que le père, bon type qui n’aurait jamais dû épouser la fille du patron, est un imitateur fatigant de Jean Gabin et Pierre Fresnay.

Dans ce catalogue où il ne manque rien, pas même un pantalon en Elastiss, on est surpris de tomber sur des anachronismes. Les Delaunay, rapatriés d’Algérie, peuvent difficilement, à moins d’une fascination morbide pour la mire, passer «leursjournées devant la télé» en 1962. L’expression «bac moins six» s’accorde mal avec ces années-là, où on ne risque pas non plus d’utiliser «un sac-poubelle».

L’auteur ne se méfie pas des clichés, concentré qu’il est sur les irruptions de la grande Histoire dans les aventures de Michel (une allusion à la série des «Michel» dans «la Bibliothèque verte» ?). Le Club des incorrigibles optimistes est un cercle de joueurs d’échecs, à l’abri derrière une porte dissimulée par un rideau de velours vert, au fond du Balto, un bistro à l’angle de Denfert-Rochereau et Raspail où se donnent rendez-vous les mangeurs de goulash. Outre qu’on y croise Jean-Paul Sartre et Joseph Kessel («ils étaient riches, célèbres, généreux et discrets»), il se dispute ici des parties mémorables, qu’on a du mal à se représenter, car les participants sont surtout occupés à faire énormément de bruit. Ils s’engueulent sur Gagarine envolé dans l’espace ou Noureev passé à l’Ouest. Russes, Tchèque, Hongrois, Grec, communistes ou antisoviétiques, ils ont fui leur pays. Chacun a une trajectoire soigneusement tracée, et l’ostracisme dont est victime un certain Sacha, ami de Michel Marini, trouvera bien sûr son explication à la fin.

Pendant ce temps, Michel a son bac (il est à Henri-IV). Sa petite sœur est une peste comme dans le Clan des sept, mais son frère Franck est volontaire pour l’Algérie où il entend mettre en œuvre ses idéaux révolutionnaires. Il y a également Cécile (Jean Seberg brune), et son frère Pierre, qui meurt à la guerre. Une mélancolie tenace ternit le feuilleton. Michel, à qui chacun fait confiance (c’est un leitmotiv des dialogues) se retrouve abandonné de tous, dépositaire de quelques cartons de souvenirs.
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Camille Mc Avoy
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MessageSujet: Re: Jean-Michel Guenassia : Le club des incorrigibles optimistes   Mer 1 Déc 2010 - 14:28

Une copine me l'a prêté mais je ne savais pas de quoi ça parlait. Comme on a pas vraiment les mêmes goûts elle et moi, je n'y ai jamais touché mais ton résumé me plait bien donc je vais m'y mettre. Merci beaucoup Natacha!
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Natacha Rostov
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MessageSujet: Re: Jean-Michel Guenassia : Le club des incorrigibles optimistes   Jeu 2 Déc 2010 - 14:18

Tu m'en vois ravie Camille! Il y a de fortes chances pour que ce livre te plaise Very Happy
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Accalia
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MessageSujet: Re: Jean-Michel Guenassia : Le club des incorrigibles optimistes   Mar 25 Jan 2011 - 21:47

Ce que j'aime bien avec la grippe, c'est que tu es obligée de rester au lit, bien au chaud à ne rien faire...ou alors à lire.

C'est comme ca que je me suis avalée ce livre en deux jours, prêté par une copine. Je n'avais aucune idée de ce que cela racontait et je me suis beaucoup amusée...même si le sujet prête peu au rire.

Spoiler:
 

Enfin je vais m'arrêter, j'ai beaucoup aimé ce livre et je pense que si je le trouve un jour d'occasion (ou rêvons :en poche!) je le prendrais.
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Natacha Rostov
Hungry Bookwolf


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MessageSujet: Re: Jean-Michel Guenassia : Le club des incorrigibles optimistes   Mer 26 Jan 2011 - 14:42

Merci Accalia pour ce commentaire très intéressant.
Spoiler:
 
ça me fait penser qu'il y a beaucoup de thèmes et de messages distillés par l'auteur au fil des pages. Jean-Michel Guenassia démontre notamment l'absurdité des extêmes et des attitudes "jusqu'au-boutistes".
J'ai aussi trouvé que c'était un très beau roman sur l'adolescence.
Spoiler:
 
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nathy's
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MessageSujet: Re: Jean-Michel Guenassia : Le club des incorrigibles optimistes   Sam 9 Nov 2013 - 15:03

J'étais persuadée d'avoir mis mon avis sur ce roman, lu il y a quelques mois déjà scratch On va faire avec la mémoire restante :p

J'ai plutôt aimé, c'est assez bien écrit, prenant et on découvre les histoires de ces rescapés petit à petit. J'ai eu du mal à les distinguer au début, je ne me rappelais jamais ce qu'il était arrivé à qui Embarassed 

Ce qui m'a gêné c'est le côté pas "crédible": j'ai eu du mal à croire à ce jeune ado qui devient ami avec tout un club d'opposants politiques d'Europe de l'Est.

par contre ce qui concerne sa famille, ses amis, j'ai beaucoup aimé cette ambiance des années 50-60, leur évolution à tous et la fin est assez poignante, une fois qu'on découvre la vérité sur tous les personnages et en particulier Sacha Smile 
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MessageSujet: Re: Jean-Michel Guenassia : Le club des incorrigibles optimistes   Aujourd'hui à 12:57

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