
Une auberge pour les admirateurs de Jane Austen, et bien plus encore... |
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cat47 Master of Thornfield

Nombre de messages: 22011 Age: 55 Localisation: Entre Salève et Léman Date d'inscription: 28/01/2006
 | Sujet: Margaret Drabble Sam 3 Avr - 15:20 | |
| Je songe à ce topic depuis la fondation du forum mais ce n'était pas évident de créer un sujet sur un auteur qui a marqué mes premières lectures en anglais alors qu'il m'était difficile de parler de ses romans vu que j'avais oublié en grande partie leur contenu tout en me souvenant que je les avais énormément appréciés. Bon, c'est plutôt paradoxal, tout ça, car si je les avais aimés, leur contenu aurait dû laisser des traces, non?  Eh bien j'ai trouvé maintenant le fin mot de l'histoire, si je n'ai gardé qu'un impression diffuse de ces lectures, c'est que Margaret Drabble ne met pas l'accent sur l'intrigue, tout est dans l'atmosphère.  Je peux me permettre de faire cette affirmation après avoir fini La Voie radieuse, premier de ses livres que je lis en français. Les éditions Phébus ont en effet eu la bonne idée de sortir quelques traductions  et je n'avais pas pu résister à la vue de ce pavé (encore plus tentant considérant le fait que les autres livres que j'ai lu d'elle - A Summer Bird Cage, The Garrick Year, The Millstone, Jerusalem the Golden et The Waterfall comptaient nettement moins de pages). Le roman est en fait une chronique d'une certaine classe moyenne britannique du début des années 80. Liz est psychiatre, Alix donne des cours de littérature anglaise dans une institution carcérale et Esther est spécialiste en histoire de l'art. Toutes les trois, proches de la cinquantaine, se retrouvent régulièrement après s'être rencontrées Cambridge et leurs destins sont liés pour des raisons parfois indépendantes de leur volonté. Durant les quelques années que couvre le roman, elles font face aux aléas de leur vie privée, tout en suivant, de loin en général mais parfois pas tant que ça, l'actualité plutôt agitée de l'époque (thatchérisme, grèves, prise d'otage, tueur en série, etc), ce qui les conduit parfois à remettre en question leurs certitudes. Parler des trois amies m'amène à dire que rarement j'ai vu une quatrième de couverture aussi trompeuse que celle qui m'a fait acheter ce livre. | Phébus a écrit: | | La Voie radieuse est sans doute le roman le plus ambitieux de Margaret Drabble -celui en tout cas qui a conquis le plus large public. La descente aux enfers d'une femme à qui tout jusque là semble avoir réussi. Un classique de la quête de soi et la démolition sans pitié de cette construction en trompe-l'oeil qu'on appelle le succès. | Ce pitch vous attire ou vous fait peur? Eh bien oubliez-le, il ne correspond pas vraiment au livre, selon moi. Je n'ai pas vu de descente aux enfers dans le parcours de Liz, même si sa vie prend un tour inattendu pour elle. Et lorsqu'on lit cela, on ne se doute pas vraiment que les personnes qui tournent autour de Liz seront au moins aussi importante qu'elle, en particulier ses deux amies.
Je dois maintenant vous avouer que La Voie radieuse a été une légère déception, mais je crois que c'était en partie dû aux circonstances (je n'ai pas réussi à être très assidue dans la lecture de la première moitié par manque de temps et comme toujours, la lecture par petits morceaux ne m'a pas trop convenu) et un peu aussi à la traduction, qui n'est pas mauvaise mais comporte tout de même quelques maladresses. L'un dans l'autre, je ressors pourtant de cette lecture avec le désir de continuer à suivre le destin des trois femmes, et là je suis vernie car je viens d'apprendre que ce serait possible puisque La Voie radieuse est la première partie d'une trilogie, comprenant également A Natural Curiosityet The Gates of Ivory. Ce qui permet de soigner l'une des frustration causée par cette lecture, le fait qu'on a l'impression d'abandonner les personnages un peu au milieu de nulle part.
Si j'ai été un peu perturbée au début par une structure fluctuante (on passe plusieurs dizaines de pages sur la réception du 1er de l'An 1980 puis les scènes sont distribuées de manière plutôt irrégulières dans le temps, on saute allègrement quelques années par ci par là ans rythme précis), je me suis par la suite prise au jeu ou devrais-je dire laissée séduire par les trois femmes, surtout Alix. Des portraits intéressants et des relations décortiquées avec finesse, ce qui m‘a rappelé finalement l‘impression que j‘avais gardée de ma découverte de l‘auteur, il y a bien longtemps, et m'a permis de relativiser la déception ressentie au début de ma lecture. Une chose est sûre : j’ai vraiment eu l’impression d’être plongée à fond dans une certaine société britannique qui m’a parue très authentique.
Pour terminer, une rapide bio, extraite de wiki :
| Citation: | | Née à Sheffield en 1939, elle obtient un diplôme de littérature anglaise du Newnham College, Cambridge. Sa sœur aînée est la romancière Antonia Susan Byatt. En 1960 elle rejoint la Royal Shakespeare Company à Stratford-upon-Avon, servant notamment de doublure à Vanessa Redgrave, avant d’entreprendre sa carrière littéraire. Son premier roman, A Summer Bird Cage, est publié en 1963. Bien que davantage connue pour ses romans, Drabble a également écrit plusieurs scénarios, pièces et nouvelles, ainsi que des œuvres hors fiction telles que A Writer's Britain : Landscape and Literature et des biographies d’Arnold Bennett et Angus Wilson. Son travail critique comprend des études sur William Wordsworth et Thomas Hardy. Margaret Drabble a également fourni deux éditions de l’Oxford Companion to English Literature. |
Des liens pour en savoir plus : - une longue interview - des réflexions sur l'écriture - un article assez ancien mais qui nous en apprend plus que les biographies formatées que l'on trouve sur le net |
|  | | thewomaninyou Pauvre gouvernante

Nombre de messages: 13 Age: 26 Localisation: Entre trois frontières... Date d'inscription: 14/04/2010
 | Sujet: Re: Margaret Drabble Dim 13 Mar - 15:28 | |
| Bonjour Cat,
en me promenant sur ce forum à la recherche de titres de bons livres à ajouter à ma PAL, je suis tombée sur un article où tu cites Margaret Drabble comme l'un de tes auteurs favoris. Aussi je me demandais lequel de ses romans conseillerais tu à quelqu'un qui ne connait rien de cet auteur, et a envie de le découvrir...?
Merci beaucoup par avance, et à bientôt ici sans doute! |
|  | | cat47 Master of Thornfield

Nombre de messages: 22011 Age: 55 Localisation: Entre Salève et Léman Date d'inscription: 28/01/2006
 | Sujet: Re: Margaret Drabble Dim 13 Mar - 15:49 | |
| Je te remercie d'avoir fait remonter ce topic, Thewomaninyou, cela me fait plaisir que quelqu'un s'intéresse à Margaret Drabble. Par contre il me sera difficile de répondre de manière précise à la question que tu me poses. D'une part parce que j'ai aimé tous les livre d'elle que j'ai lus, mais aussi et surtout, parce que je ne me souviens plus très bien de ceux que j'ai lus en anglais (cités dans mon premier message) car c'était il y a longtemps. Je pense quand même que celui qui m'a le plus marquée est The Garrick Year mais je ne sais pas si on peut le trouver en français. Je garde également un excellent souvenir de A Summer Bird Cage. Mais là encore, il faut maîtriser la VO. |
|  | | thewomaninyou Pauvre gouvernante

Nombre de messages: 13 Age: 26 Localisation: Entre trois frontières... Date d'inscription: 14/04/2010
 | Sujet: Re: Margaret Drabble Dim 13 Mar - 16:19 | |
| Merci beaucoup Cat pour ta réponse (très très) rapide! J'ai un peu fureté sur wikipédia pour obtenir une bibliographie de cet auteur et comme celle çi était à la fois en anglais et conséquente, j'ai préferé m'adresser directement à une férue de bouquins (toi, donc). Vu que depuis plusieurs mois je me base sur les avis des lectrices de ce forum pour concocter mes listes, je trouvais ça normal de demander conseil ici! Je vais me renseigner sur les deux titres que tu m'as donné, et pourquoi pas les lire en VO, à voir s'ils sont accessibles. Merci encore pour tes conseils! |
|  | | cat47 Master of Thornfield

Nombre de messages: 22011 Age: 55 Localisation: Entre Salève et Léman Date d'inscription: 28/01/2006
 | Sujet: Re: Margaret Drabble Jeu 2 Fév - 22:49 | |
| Il y a des livres qui vous embarquent, comme cela, sans qu'on ne sache vraiment pourquoi, peut-être simplement parce qu'il vous arrivent au bon endroit et à la bonne heure. En tout cas c'est ce qui m'est arrivé avec The Witch of Exmoor, un roman de Drabble qui pourtant ne semble pas avoir suscité un enthousiasme particulier auprès de ses lecteurs réguliers. Allez savoir, elle l'a peut-être écrit exprès pour moi.  Heureusement, les éditions Libretto on eu la bonne idée de rééditer leur traduction française de 2002 en 2011. Du coup il se pourrait que par le plus grand des hasards, quelqu'un me rejoigne un jour sur ce topic.  Et dire qu'en anglais, je n'avais réussi à trouver qu'une occasion. Incompréhensible. Alors pourquoi ce livre était-il fait pour moi? Le thème principal, la justice sociale, m'a toujours interpelée. Mais lire une variation qui pose les mêmes questions que celles que je me pose sans cesse alors que je me trouvais en vacances dans le pays le plus pauvre que j'aie jamais visité en a clairement accentué l'impact. J'ai eu l'impression de retrouver une sorte d'Elizabeth Gaskell du XXè siècle, la romance en moins. Difficile, en lisant la présentation de l'édition française, d'imaginer qu'on va plonger dans des discussions sur les défis du multiculturalisme anglais, qu'on va parler des Vikings, de Trotsky, de la gorge d'Olduvai, de Turner, de Dickens, de Love Actually et de Lorna Doone (bon, là c'est un peu moins surprenant, quand même, parce que Exmoor et Lorna Doone, c'est quand même logique  ), qu'on va évoquer la London School of Economics, une chasse à courre, Thomas More, des statistiques, Sylvia Plath, le colonialisme, les Japonais et Jung (pour ce dernier, dans une phrase hilarante, mais comme je crois que ce n'est hilarant que pour moi, je vous épargne la citation  ). Revenons à nos moutons, le pitch : | Citation: | | Frieda Haxby, romancière et excentrique vieille dame, a du mal à supporter la normalité de ses contemporains. Déçue par les méfaits et une société qu'elle rejette en bloc, elle a tout quitté pour s'installer dans une demeure délabrée, totalement isolée et accrochée à la falaise au bout d'un pays perdu nommé l'Exmoor. Les membres de sa famille, dignes représentants de la bourgeoisie anglaise, voient leur univers se fissurer quand ils découvrent que la vieille dame indigne joue avec de surprenants secrets dont la révélation pourrait radicalement changer leur ordinaire. |
Bon, je dirais que les surprenants secrets ne font pas vraiment le corps du livre, et que la vieille dame indigne n'a pas besoin de révélations fracassante pour mettre le doigt là où ça fait mal. Mais quand même, il y a une affaire de testament qui rappelle furieusement les romans du XIXè siècle et il y a aussi du suspense et un petit côté gothique très anglais.
Ce sont pourtant les enfants de Frieda que l'on voit avant tout. Une mère et une enfance hors normes ne les ont pas empêchés de faire leur chemin. Pour tant leur confort, autant matériel que moral, repose sur une certaine dose de lâcheté, mise en évidence par le fait que l'on s'intéresse principalement aux pensées et aux actes de leurs époux respectifs. Pensées et actes qui finissent par créer un rendu très clairvoyant de la classe moyenne supérieure anglaise, avec ses paradoxes et ses failles.
Et puis il y a un outsider, the man in the attic (je me demande comment la traduction fait pour conserver la référence), une sorte de miroir. | Spoiler: | | | Personnage d'ailleurs tout à fait décontracté, qui prend la vie et ses aléas avec philosophie. Rien de la folie de Bertha Rochester en lui. | Et quelques acolytes pour rendre la peinture totalement british! Aucun de ces personnage n'est particulièrement attrayant, mais aucun n'est détestable non plus, ils sont tout simplement vrais.
J'ai donc été captivée par la peinture de société, oui, mais j'ai aussi énormément apprécié le choix de la romancière, qui fait entendre résolument sa voix de narrateur omniscient. Un choix pas évidement à maîtriser, un défi qu'elle relève avec classe.
J'ai pris encore des tonnes de notes, et je pourrais continuer pendant des heures, mais bon, le but de l'exercice n'est pas de devenir totalement indigeste, donc je vais arrêter là.
En attendant, to me this is the perfect novel. Ou simplement le roman idéal par rapport à mon âge, à l'environnement dans lequel je me trouvais en le lisant et aux idées qui m'interpellent le plus. J'aurais aussi pu résumer en un mot : bravo! Avec l'accent de KK /Lizzy s'adressant à Rosamund Pike/Jane.
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