Bon, voilà, je me lance avec un petit topic sur Robert Browning, dont je suis en train de découvrir "L'Anneau et le livre" (The Ring And The Book). C'est d'ailleurs surtout de ce livre qu'il me semble intéressant (pour moi) de parler, dans la mesure où les informations biographiques sont disponibles ailleurs... et où je ne suis pas familier avec le reste de son oeuvre.
Je situe néanmoins brièvement le personnage. Browning (1812-1889) était un poète anglais contemporain de Tennyson. Bien qu'il ait une production régulière avant la publication de "L'Anneau et le livre", aussi bien en poésie qu'en dramaturgie, le succès n'est vraiment venu qu'avec le livre en question. A vrai dire, les critiques avaient la dent très dure avec lui, même si les pairs de Browning avaient remarqué, dès 1833, un de ses long poèmes appelé "Pauline, Fragment de confession" dédié à Shelley. Avoir la reconnaissance de Dickens et Tennyson, ce n'était déjà pas rien !
Browning est aussi connu pour "l'enlèvement" fort romantique de la poétesse Elizabeth Barrett, auteur des "Sonnets portugais". Celle-ci, pour des raisons de santé, vivait recluse dans une chambre à Londres. Robert Browning tomba amoureux d'Elizabeth Barrett en lisant ses oeuvres, et sa flamme ne fit que croître au cours de la correspondance qui suivit. En 1846, après quelques visites, Browning enlève Miss Barrett (à l'époque, plus ou moins invalide) et le couple prend la fuite en Italie. Ils y resteront jusqu'à la mort d'Elizabeth en 1861.
Il faut attendre 1868 pour que Browning, dont le succès public encore modeste commence à être plus tangible, termine "L'Anneau et le livre", commencé des années plus tôt. De quoi donc s'agit-il ? Difficile de se lancer, car l'ouvrage ne ressemble à rien de connu, réellement.
Tout part d'un petit livre jaune que Browning, mystérieusement attiré par lui, avait acquis à Florence. Le livre contenait le récit, par le menu, d'une sombre affaire criminelle survenue au XVIIeme siècle. Un noble italien jaloux, un meurtre... L'imagination de Browning est embrasée. A partir de ce fait divers tout simple, il décide de bâtir une oeuvre monumentale, une sorte de "livre-monde". Au début de l'oeuvre, il s'attarde à raconter la manière dont il est venu en possession du livre jaune. Ce livre est la matière brute à partir de laquelle il entend "forger son anneau". Le tout, en vers (le livre en compte 21.000 au total) ! Puis, dans la suite de l'ouvrage, Browning relate l'affaire elle-même, mais de 10 points de vue différents (je ne suis pas encore au bout des 10

). C'est en un sens le principe de "Rashômon", si certains ont vu le film ou lu le livre. Certains ont vu dans "L'anneau et le livre" les prémisses du roman policier, ce qui est un peu abusif. En revanche, il n'est pas usurpé de dire qu'il s'agit d'une oeuvre aussi monumentale que put l'être l'Illiade en son temps.
Je suis pour ma part vraiment suffoqué par la puissance des vers. C'est bien simple : j'ai du mal à en lire trop d'un coup, car loin d'être ennuyeux, le livre en est presque éprouvant. Il n'y a aucune phrase en trop, tout est à l'image d'un "coup de maillet". A titre personnel, je n'avais jamais rien lu de tel.
Le livre est disponible dans une édition bilingue uniquement, ce qui permet aux anglophones de juger à la fois de la beauté des vers originaux, mais aussi du remarquable travail de traducteur de Georges Connes en 1959. Je milite activement pour que les amateurs de littérature anglaise se penchent découvrent cet OVNI, trop peu connu en France à mon avis ! J'espère que mon petit mot vous aura donné envie de vous y plonger
