En parcourant les plus anciennes pages de mon blog, je me suis rendue compte que j'avais oublier d'ouvrir un topic à l'une de mes oeuvres préférées de la littérature française
Journal intime d'une femme de chambre, ce roman fait découvrir les aventures de Célestine. La soubrette évolue au sein des différents foyers et note sur son cahier les comportements pour les moins étranges de ses employeurs.Ce livre a été lu l'été dernier en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire ! Cet ouvrage particulièrement marquant de la littérature française vaut vraiment son pesant d'or !

A tel point que je suis surprise de ne pas en avoir entendu davantage parler autour de moi et pendant mes études ...
C'est une oeuvre réellement importante dans la mesure où elle sert presque à démystifier les milieux bourgeois et surtout à dresser une peinture féroce, cruelle, cynique mais réaliste de ce qui, aux yeux de Célestine, narratrice et héroïne, apparaît comme un enfer social. Même à notre époque, on peut tout à fait comprendre, à la lecture de ce journal, que les ambitions littéraires de son auteur aient pu faire scandale.
Journal d'une femme de chambre est à l'image de son auteur fictif, cette héroïne charmeuse, parfois enjôleuse, intelligente et pleine de gouaille. C'est un récit très vivant, où l'oralité prédomine, où le tendancieux côtoie l'immoral et qui se fait également très subversif.
Sous la plume d'Octave Mirbeau, les bourgeois sont montrés sous leur plus mauvais jour. Célestine les tourne en ridicule, dévoile les plus intimes de leurs secrets, leurs plus viles faiblesses. Dans son journal, ses maîtres semblent être souvent les incarnations parfaites de la bassesse intellectuelle, de la laideur morale, de la déchéance sexuelle et affective.
Célestine est loin d'occuper une place facile dans la société. Elle doit presque continuellement subir une précarité aussi bien financière qu'existentielle, supporter le manque d'égards et de sensibilité de ses maîtres et parfois même, l'écoeurement qu'elle ressent face à leur perversité.
Dôtée d'une lucidité absolument impitoyable, Célestine ne se fait absolument aucune illusion sur la société qui l'entoure. Elle est jeune, mais a assez vécu, a roulé suffisamment sa bosse de par la France, sait souvent ce qui l'attend derrière le trou de la serrure. Ce personnage est intéressant dans la mesure où il n'est pas le moins du monde idéalisé. Ce n'est une femme ni naïve, ni particulièrement verteuse. Elle n'est pas à proprement parler antipathique, néanmoins, elle peut agir de manière intéressée, voire corrompue...

Octave Mirbeau, et par son biais l'héroïne, n'a de cesse de vouloir arracher le masque de respectabilité et de vertu des nantis qui emploient Célestine. Dans ce roman, il en vient essentiellement à se révolter contre des horreurs sociales insoupçonnées. Sa description et son évocation du quotidien de cette femme de chambre, dans tout ce qu'il a de plus vulgaire et sordide, sont brillantes de bout en bout. Le style de Mibeau est plein d'éclat, de verve. Ce journal est teinté d'humour noir, de cynisme et de fougue. Il se lit avec un réel plaisir.
Il existe plusieurs adaptations théâtrales (le roman s'y prêtant volontiers) ainsi qu'une adaptation cinématographique, assez célèbre, que l'on doit à Louis Bunuel, datant de 1964 (avec Jeanne Moreau, George Géret, Michel Piccoli). J'ai très envie de la voir !

Connaissez-vous cette oeuvre ? Avez-vous lu le roman ou vu le film ?