Près d'une année après, je peux enfin poster mon avis sur ce livre et l'impression qu'il m'a laissée est, comment dire..., surprenante.
Surprise tout d'abord car l'atmosphère assez différentes des autres romans de Hardy que j'ai lus, cela me semble plus conventionnel tout en abordant déjà des thèmes qui seront par la suite sa marque de fabrique et choqueront la société de son temps. Il y a aussi une sorte de maladresse sous-jacente, un peu comme si l'auteur se cherchait, tant au niveau du style (problème de traduction? difficile de se prononcer) que de la construction de l'histoire.
Il faut dire que
Les yeux bleus tient une place à part, ce fut le premier roman publié par Hardy sous son nom et il est amplement d'inspiration autobiographique. Alors l'auteur était-il en quelque sorte trop concerné par les faits? N'avait-il pas encore trouvé la maturité nécessaire pour digérer les thèmes qui allaient par la suite jalonner son oeuvre (statut de la femme, opposition de classes, difficulté à gérer le sentiment amoureux) et leur donner un traitement satisfaisant? Toujours est-il que que ce livre m'a semblé d'une qualité très inégale, des passages prenants et bien écrits alternant avec des maladresses de style étonnantes.
En ajoutant le fait qu'aucun des trois personnages principaux ne m'a paru attrayant, leur traitement manquant même parfois de profondeur, en particulier celui d'Elfride, on comprendra pourquoi je reste sur une impression partagée. Elfride est le prototype de la femme qui se voit la proie des événements simplement parce qu'elle est femme, ce qui fait un peu penser à Tess mais malheureusement quelques considérations à la limite de la misogynie de la part de Hardy m'ont empêché de ressentir de l'empathie envers elle.
Quant à la construction, j'avoue que le fait que la quatrième de couverture dévoile le contenu du premier tiers du livre, qui peine par ailleurs à susciter l'intérêt par manque de mordant, n'est pas le moindre des points négatifs que j'y aie trouvé.
A noter pour la petite histoire que c'est de ce roman que dérive l'expression
cliff-hanger. En effet, Hardy finit un chapitre en laissant un de ses héros accroché à une falaise dans une position très inconfortable et l'on doit attendre quelques paragraphes dans le chapitre suivant avant de savoir comment tout cela va se dénouer.
