Je sors ce topic des profondeurs lambtoniennes pour y parler de
Loitering With Intent, mon premier contact avec l’œuvre Muriel Spark, et sans aucun doute pas le dernier car si ce roman ne m’a pas totalement emballée mais il m’a clairement donné envie de continuer à découvrir l’univers de cette romancière.
Je connaissais le nom de Muriel Spark depuis longtemps mais je crois que je ne m’y serais jamais intéressée si certains d’entre vous, avant même l’ouverture de ce topic en fait, n‘en avaient pas parlé très positivement. Et j’ai choisi le roman en question tout à fait au hasard, il était le seul de l’auteur en vente dans la librairie canadienne dans la quelle je l’ai trouve (ça fait un peu 3615 ma vie mais je me souviens très bien que c‘était chez Borders à Vancouver, ce qui me rappelle aussi que le livre traînait depuis plus de eux ans dans ma PAL shame). Après les commentaires ci-dessus, je me réjouissais encore plus de le découvrir.
Je n’ai pas été déçue, l’univers un tantinet loufoque et le ton caustique m’ont énormément plu, suffisamment pour que je passe sur les deux ou trois éléments moins séduisants. Il faut dire qu’en plus de ce préavis favorable, cette lecture tombait à pic. L’histoire est essentiellement axée sur les enjeux de l’écriture, sur l’inspiration, sur les interactions entre vie réelle et fiction, et je l’ai découverte alors que je venais de finir cinq ou six autres romans (c’étaient pendant mes vacances! et je venais donc de terminer
44 Scotland Street,
East Wind, West Wind ,
La société des jeunes pianistes, entre autres) qui tous plus ou moins contenaient une part d’autobiographie. Dans
Loitering With Intent (traduit en français par
Intentions suspectes 
, pas terrible à mon avis) Spark improvise avec brio sur le thème. Fleur Talbot, notre héroïne, raconte elle-même ses souvenirs. Nous savons dès le début qu’elle est écrivain mais les faits qu’elle relate datent d’avant la publication de son premier roman, publication intimement liée à l’intrigue. De ce côté d'ailleurs, l‘auteur ne joue pas le suspens, nous apprenons rapidement que le roman a effectivement été publié. Nous sommes cependant devant un jeu de miroir car l’histoire est celle de l’
Association autobiographique, un groupe formé par l’ambigu Sir Quentin et dont les membres, aussi divers que peu affriolants

, ont l’ambition d’écrire leurs mémoires (…the truth, the all truth, nothing but the truth…

) mais de retarder leur publication pendant 70 ans, jusqu’à ce que toutes les personnes mentionnées dans ces oeuvres inoubliables

soient décédées. Fleur, qui est en train de peaufiner le manuscrit de son premier roman,
Warrender Chase, a besoin d’un job alimentaire et devient leur secrétaire. Surprises au rendez-vous…
On le voit donc aisément, tout le sel du récit consiste à mettre en perspective la part d’invention ou de vécu dans les œuvres de fiction, un thème qui m’est cher et que j’ai trouvé magnifiquement interprété ici, dans une langue inventive et vive. Et cela, je l’ai dit plus haut, malgré quelques bémols : les personnages ne sont parfois trop « larger than life», ou plutôt «stranger than life» (ils ne sont pas vraiment grands

), ce qui fait un peu prétexte. Comme si Muriel Spark, en écrivant ce livre durant les années 80 mais en le situant à la fin des années 40, avait voulu régler des comptes avec ses débuts mais était sortie totalement de la réalité pour ne compromettre personne. Je m’avance là énormément cependant, il ne s’agit peut-être après tout là que d’une œuvre totalement *fictive*.^^ Bravo en tout cas à Mrs Spark, qui maîtrise son sujet et m’a convaincue de faire grandir ma PAL. Avec par exemple
The Prime of Miss Jean Brodie ou d'autres titres, plusieurs me semblent très tenants.
Et du coup je me suis intéressée un peu plus à son parcours, ce qui m’a permis de découvrir que tous ses romans ont été traduits en français. Ce n’était pas gagné d’avance, quand on y songe.

Si j’en crois sa page wiki

, son premier roman a été publié en 1957 (excellente année!

) alors que la vague des traductions commence au milieu des années 80 (1985, une autre très bonne année, désolée pour la private joke

). Pour une bio en français autre que celle de wiki, voir ici

. Et pour une liste de tous ses romans traduits en français (= je le rappelle, l’intégralité de son œuvre), avec résumés, qui parfois peuvent être spoilers, attention

, voir l’excellent site de la "librairie Compagnie"

, découvert en surfant pour en savoir plus en vue d’écrire ce post, et rien que pour cela, je suis reconnaissante à Muriel Spark.
Quelqu’un a prononcé le mot « pavé »? Je suis absolument désolée, mais au moins pour les nouveaux ça a le mérite de la transparence, ils sauront que l’admin de cette auberge pourrait difficilement leur reprocher de s’épancher trop longuement.

^^