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 Et le féminisme dans tout ça ??

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Petit Faucon
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Lun 9 Mar 2015 - 17:14

oui merci Christelle j'ai vu hier le documentaire de Arte sur les femmes artistes I love you 
Mais c'est très déprimant de penser qu'en France les femmes ont le droit de vote que depuis 70 ans, et d'ouvrir un compte bancaire sans l'autorisation de leur mari depuis 50 ans seulement ....
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christelle
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Lun 9 Mar 2015 - 18:31

Complètement !
Le reportage sur les femmes artistes était passionnant, je l'ai revisionné aujourd'hui. Smile cheers
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MissAcacia
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Lun 9 Mar 2015 - 22:17

Petit Faucon a écrit:
Bof la journée de la femme, c'est une idée pleine de bonnes intentions, mais c'est tous les jours qu'il faut y travailler ; épidermiquement, ça m'agace, j'ai l'impression qu'il y a 364 journées de l'homme dans l'année Suspect

Tout pareil, c'est pour la même raison que j'ai hésité... et puis finalement je n'ai rien posté.
Rien que le titre "journée de la Femme" ou encore pire "journée des droits des femmes" m'agace ; il serait plus juste de dire "journée où finalement on se rappelle que même si les femmes ont théoriquement les mêmes droits que le reste de l'humanité, dans la pratique ce n'est pas tout à fait vrai à des degrés divers et c'est bien malheureux" ou encore "journée où l'on se dit qu'il serait bon de faire quelque chose pour que les droits de la femmes soient correctement respectés mais que, bon, on verra plutôt l'an prochain si ça a changé".

Il y avait cependant des émissions très intéressantes sur France inter aussi.

Merci d'avance pour ton retour sur la dédicace Christelle Very Happy.
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Dérinoé
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Jeu 19 Mar 2015 - 0:09

@ Lady A:

Citation :
Je suis d'accord avec cette observation. Les gens (pas seulement les femmes) se limitent souvent à leur quotidien et en font une généralité.

C'est exact - et c'est ce qui rend les sciences humaines si ingérables. Comment établir des constats généraux, sinon universels, sur lesquels construire une théorie, une démonstration ou une réfutation solide alors même que les statistiques et les grandes tendances demeurent indémontrables?

Citation :
Mais cela fait que leurs valeurs sont faussées et reposent sur des notions subjectives. Et cette façon de faire est, je crois, assez naturelle car basique. Les préjugés ont encore de beaux jours devant eux.

Oui, tout à fait. À titre d'exemple, vous noterez que, dans le débat qui agite la France autour de la question de l'enseignement du genre au sein des écoles, la plupart des intervenants, de quelque bord qu'ils soient, parlent de leur pupitre propre, sans crainte d'extrapoler et de généraliser.

@ Winter:


Citation :
Ou pas... bien des personnes sont très aimables voire serviables à l'extérieur et de véritables tyrans ou simplement indifférentes chez elle. Et pourtant les stéréotypes perdurent y compris chez ceux qui n'ont pas forcément eu droit à une mère douce, serviable ou maternant.

En même temps, je trouve que tu as raison et je suis aussi d'accord avec ton point de vue qu'avec celui de Lady A, vos deux opinions recouvrant selon moi des pans jumeaux de la psychologique humaine. Les stéréotypes liés aux sexes n'ont pas cours que chez ceux qui en ont eu confirmation dans le périmètre circonscrit de leur vie personnelle: il existe en outre une sorte d'accommodation sociale  aux clichés que l'individu reçoit de ses aînés et de ses pairs.

Citation :
J'aurai plutôt tendance à penser que ces modèles sont culturels, imprégnés via les narrations, les valorisations de tel ou tel comportement par toute la société, l'école, la télé, les couleurs, les jouets... Il faut une véritable volonté parentale pour éclairer cela d'un autre regard, pour traquer les poncifs en tout genres; "un homme ça ne pleure pas ça se venge".

Oui, c'est vrai, je suis d'accord également.

Citation :
Et puis parfois des choses tout de m^m sautent au yeux. Dolto (je crois que c'était elle) racontait: deux groupes d'enfants l'un avec que des garçons l'autre que des filles. M^mes ages et m^m milieu... Ils sont sur une plage et font chacun un château. Puis ils jouent . La marée monte et les châteaux vont être détruits à terme.
9 garçons sur 10 préfèrent détruire leur château avec vigueur et souvent plaisir; la m^m proportion de filles attendent inexorablement que la mer dissolve leur œuvre. Il existe des garçons qui vont attendre la fin de la marée montante et des filles qui vont refuser de laisser faire la mer en détruisant elle-m^m leur création. Mais c'est très loin d'être la majorité.
Inné? Acquis? Philosophie de vie imprégnée ou non??? comment savoir!

C'est la grande question dont les sciences humaines ne sortent jamais, il me semble.

Je suis d'accord avec vos deux visions, Lady A et Winter, et je pense que les réalités que vous décrivez se côtoient au sein de la société. Sans doute avons-nous tendance à accréditer volontiers les images qui nous entourent en les élevant, sans autre forme de procès, au rang de lois générales. Et sans doute, contre toute observation empirique, nous accrochons-nous également aux préjugés reçus de nos anciens et digérés sans discussion aucune par nos proches - qui eux-mêmes les acceptent pour ne pas déparer de la norme que nous incarnons à leurs yeux, et ainsi de suite, dans un cercle d'auto-validation infernal.


***

Je vous relaie ici un article d'Isabelle Alsonso intitulé Scintiller dans la Nuit et publié sur son blog le 11 Mars: vous le trouverez en cliquant ici. L'écrivain et chroniqueuse féministe a rédigé ce billet à l'occasion de la fameuse Journée de la Femme lors de laquelle elle fut invitée à s'exprimer sur divers sujets emblématiques de la cause dans un talk show du service publique intitulé Un Soir à la Tour Eiffel.

Dans son article, Isabelle Alsonso relate le déroulement, relativement désastreux selon elle, de l'émission pour en tirer une réflexion sur la difficulté de traitement du Féminisme dans un média comme celui de la télévision.

Qu'en pensez-vous?
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Lady A
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Sam 21 Mar 2015 - 10:40

Je rebondis juste sur l'article (le pauvre !) d'Isabelle Alsonso pour dire que je le lirai dès que je serai de retour chez moua. Smile
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Sam 21 Mar 2015 - 13:07

J'ai lu cet article dont je crois volontiers les descriptions, bien que je n'ai jamais visionné cette émission( pas plus que je ne m'intéresse à toutes celles qui lui ressemblent de prêt ou de loin).
Je constate qu'au fond j'ai bien tord, tant il est vrai qu'à partir du moment où une chose est plébiscitée par le plus grand nombre cette chose fait force de norme de nos jours. La vox populi n'a jamais été aussi divine que de nos jours, au vu de sa capacité à s'exprimer quasiment en directe et de façon permanente. Du coup les "opinions" de monsieur et madame Toutlemonde deviennent plus prépondérantes que jamais. C'est tellement vrai qu'aujourd'hui si rien n'est dit sur tel ou tel sujet, ce sujet semble ne pas exister du tout... Autrefois la messe tombait en pluie, aujourd'hui elle s'évapore...  lol!
Ce qui nous est dit, c'est que de nos jours ce sont ces émissions, TRES regardées dans lesquelles il FAUT être si l'on veut exister, et dans le m^m temps elles n'offrent aucune existence puisqu'elles formatent tout, exigent des phrases chocs courtes et percutantes, ou sensées résumer toute complexité en quelques mots qui pourront être écrits dans le marbre de notre monde instantané... L'argent qui, au fond, est la seule chose que visent ces émissions, règle une fois pour toute la pensée du spectateur..et cela fait tant de temps que je le déplore, moi qui ai connu une tout autre télévision, que je ne peux que suivre I.A.
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Dérinoé
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Jeu 26 Mar 2015 - 9:47

@ Lady A:

Je me réjouis de te lire! Wink

@ Winter:

Merci beaucoupde ton message: je partage une bonne partie de tes vues sur la question et je compte bien réagir à tes propres réflexions car j'aimerais approfondir l'un ou l'autre thème soulevé par le billet d'Isabelle Alsonso.



***


[Le texte qui suit comprend un certain nombre d'expressions susceptibles de heurter la sensibilité des uns et des autres. Il relève du pamphlet enragé: prenez-le comme tel, ou ne le prenez pas du tout.]


***


Mais pour l'heure, j'aimerais partager avec vous ma profonde indignation à la lecture d'un compte-rendu d'actualité du Nouvel Obs', lequel a suscité depuis une passionnante discussion sur la Toile.

Je vous préviens: je suis très en forme et dans un état proche dit "de l'explosion de la calotte par combustion spontanée des neurones et feu grégeois sur le cortex cérébro-et-rond-et-rond-petit-patapon". Pour résumer, comme dirait une chère personne, je cuisbous de partout et suis redevable de ce joyeux phénomène d'apoplexie intellectuelle - assez rare, lorsqu'il s'agit de débat d'idées - à l'exemplaire, à la merveilleuse, à la sublimissime caste médicale, honneur de nos patries et flamberges de toutes les valeurs humanistes que nous sommes légitimement en droit d'attendre de l'une des professions charnières de notre société. (Je vous avais prévenus: mon cerveau est à peu près dans l'état du sachet de pop-corns lorsqu'il atteint son cinquantième tour de micro-ondes.)

Commençons par le commencement.

Comme certains d'entre vous le savent déjà, un petit scandale - restons modeste, il ne s'agit ni d'exil fiscal, ni de rétention de fonds publics - a éclaté il y a un peu plus d'un mois à la Faculté de Médecine de Lyon-Sud puisque nous avons appris que les internes et les jeunes médecins y acquièrent l'art délicat du toucher vaginal sur des patientes anesthésiées dont le consentement n'a été requis à aucun moment.

Vous trouverez un bref récapitulatif des faits dans l'article du Nouvel Obs' publié le 3 février 2015 par Bérénice Rocfort-Giovanni et efficacement intitulé Touchers vaginaux sur patientes endormies : "C’est de la médecine, on n’est pas dans un fantasme de viol !": si vous êtes en état de supporter dix bon kilos de connerie humaine à cette heure matinale, cliquez ici et savourez le plaisir d'un bonne giclée de malhonnêteté intellectuelle dans votre café. Avec un litre et demi de soude caustique ou, éventuellement, une tranche de Maroilles faisandé, cela pourrait peut-être avoir l'effet escompté.

Comme résumé plus haut, l'affaire est née de la diffusion, sur un réseau social pépiant, de plusieurs souches de carnet de stage issues de Lyon-Sud imposant aux jeunes médecins en formation de pratiquer des touchers vaginaux sur des patientes complètement anesthésiées et n'ayant jamais consenti d'aucune manière à cette procédure, parfaitement superfétatoire eu égard à leur traitement. Jusque là, vous me direz que l'être humain est un gros salopard dépourvu de conscience et de moral, ne se préoccupant que de ses orifices - et, quand il est Homme de bien, de ceux des quelques proches qu'il consent à considérer comme une extension de lui-même -, que nombre d'entre vous ont déjà vécu en milieu hospitalier un nombre d'infractions à la dignité humaine et au Code civil non négligeable et que, bien que tout ceci soit éminemment regrettable, on ne peut qu'ajouter cette ultime dégradation à la liste jovienne des violences de toutes sortes dont se rend coupable l'être humain depuis qu'il est en âge de calciner les alentours.

Certes, vous répondrai-je en extirpant le sachet de pop-corns à demi-cramé de son four à micro-ondes. Mais ce qui est proprement stupéfiant, ce sont les arguments invoqués par Bernard Hédon, l'inénarrable Président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (à qui je vous décommande fermement de ne confier ni chat, ni plante verte, ni même une quelconque collection de pin's durant vos vacances à Ouistreham.)

Comme vous le savez peut-être, l'acte décrit plus haut tombe parfaitement dans la catégorie du viol, lequel se définit grosso modo comme l'intromission d'un sexe dans toute partie du corps ou comme la pénétration du sexe par n'importe quel type de corps, ce sur un individu ayant clairement refusé son consentement ou n'ayant pu le donner expressément. Je n'ai pas la prétention de paraphraser exactement la législation mais l'idée est là.

Or donc, quels sont les arguments invoqués par le susnommé Bernard Hédon pour justifier la pratique de viols organisés en milieu hospitalier? Là, saisissez un paquet de chips, revêtez votre plus beau pyjama en pilou mauve, parme et lilas et calez-vous confortablement dans votre plus moelleux canapé car le spectacle s'annonce ébouriffant.

1) "Il s’agit de formation. L’examen clinique fait partie de l’apprentissage."
2) "Les étudiants palpent beaucoup mieux les structures lorsque la patiente est anesthésiée, car les muscles sont détendus."
3) "C’est de la médecine, on n’est pas dans un fantasme de viol!"

Et - roulement de caisse-clair et solo de triangle avec amplificateurs tous droits sortis d'un concert de Van Halen -, alors que la journaliste lui demande avec cet esprit chafouin caractérisant la femelle qui n'entend rien aux choses de la science "Ne vous semblerait-il pas normal de demander [à la femme concernée] son consentement ?", l'excellent Nanard se fend de la merveilleuse réponse que voici:

4) "C’est aller trop loin dans la pudibonderie ! Après 40 ans d’expérience, je ne pense pas qu’il soit nécessaire de faire signer un papier avant cet examen. Le corps médical est très respectueux des patients."

Je tiens à préciser que, comme le démontre la présence de guillemets, tous les arguments que je rapporte ici sont de la bouche même du grand intellectuel, sans modification aucune. Vous pouvez aisément le vérifier en vous plongeant dans la petite interview retranscrite en bas de l'article du Nouvel Obs'.

Comme vous n'être pas très malignes - enfin, sauf quand il s'agit d'écarter les cuisses dans un bloc médical ou de confectionner des pâtés au cabillaud pour vos progénitures infâmes -, j'ai généreusement accepté de traduire en langage simple et facile les subtilités philosophiques presque insaisissables qui tissent la trame de l'argumentaire reproduit plus haut. Que celles qui auraient passé trop de temps à confectionner des pâtés au cabillaud se munissent d'un dictionnaire et fassent leur possible pour comprendre les images au moins.

Spoiler:
 

Si vous souhaitez poursuivre votre lecture, je vous renvoie au très bon blog de la juriste Marie-Hélène Lahaye, Marie accouche là, lequel se consacre au traitement médical de l'accouchement et, plus largement, à celui du corps des femmes au sein de l'espace social qui est le nôtre. Dans son article Le Vagin non sexuel publié le 9 mars 2015, elle répond de manière claire et structurée à l'argumentaire médical que vous savez: vous trouverez l'article en cliquant ici.

À relever: suite à la polémique suscitée par cette affaire, Marie-Hélène Lahaye s'est saisie de l'argument avancé par le corps médical selon lequel un toucher vaginal n'aurait rien de sexuel pour le retourner avec grande intelligence à ses destinataires, en leur proposant, puisque la procédure est totalement bénigne, de s'exercer entre collègues, comme le font les coiffeurs ou les kinésithérapeutes. La noble confrérie des gynécologues lui a doctement répondu, via Twitter, qu'il serait parfaitement nuisible à la profession de se déculotter entre collègues dans une ambiance potache, l'un d'eux allant jusqu'à lui opposer cette réponse que je qualifierais de révélateur nitroglycériné: " [Je ne suis pas] la même personne devant un patient et devant un confrère."

Quod demonstrandum est. Le jour où ces Seigneuries** adresseront à leurs patients le même respect qu'ils réservent à leurs collègues et où, ce faisant, il parviendront à considérer la femme qui gît, jambes écartées devant eux, comme un alter ego, le problème sera résolu. Définitivement.

En attendant, gardez vos chats et vos hibiscus, ne tournez pas le dos aux portes closes (ni aux anesthésistes) et tâchez d'oublier que ce monde inhabitable possède, en plus de tous le reste, des blouses blanches dignes d'un film de Leni Riefenstahl.

**Il va sans dire que, bien que j'aie choisi de marquer Bernard à la culotte par simple commodité rhétorique, ce paragraphe comme l'ensemble de mon texte visent autant les médecins femmes que les médecins hommes, les premières ne se distinguant de leurs congénères ni par le tact, ni par l'intelligence, ni par l'humilité, ni par la connaissance de la Loi.


Dernière édition par Dérinoé le Ven 27 Mar 2015 - 16:31, édité 2 fois
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Winter
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Jeu 26 Mar 2015 - 13:37

BRAVO Dérinoé pour le moment que je viens de passer  bounce , parce que m^m si le sujet est effrayant, révoltant, écœurant et j'en passe, quel magnifique moment d'humour... quelle verve, quelle force   Excellent!
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Petit Faucon
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Jeu 26 Mar 2015 - 14:31

Merci Dérinoé, autant d'avoir évoqué ce sujet, que j'avais pensé poster ici mais trop long (et moi trop paresseuse pour poser clairement les termes du problème), que de ton texte assez vengeur, auquel je souscris à 100%.
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Jeu 26 Mar 2015 - 14:33

-


Dernière édition par TimesNewRoman le Mer 14 Oct 2015 - 16:22, édité 1 fois
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Dérinoé
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Ven 27 Mar 2015 - 20:39

@ Winter:

Merci infiniment, Winter.

Je crois que ce qui m'a mise dans cet état, ce n'est pas le récit de la pratique à proprement parler, quel que soit par ailleurs son caractère gravement immoral et illégal, mais les justifications, d'une bêtise sans nom, invoquées par Bernard Hédon dans sa défense de l'institution. Si le monde médical avait exprimé une contrition unanime et pris des mesures drastiques, politiques et institutionnelles, contre ce type de pratique, j'aurais considéré le fait comme la survivance malheureuse d'une attitude archaïque, désormais en voie de disparition.

Mais les justifications avancées par un ponte de l'obstétrique - Agrégé de médecine, Professeur des Universités et Président des Gynécologues de France - donne le vertige et dévoile un degré de bêtise qui est proprement effrayant, quand on sait que l'homme et ses semblables manient des dizaines de corps tout au long du mois.

Si l'on tire à la fois les présupposés et les implications tacites du discours de ce Monsieur, voilà ce que l'on comprend:

1) Un viol commis à des fins d'apprentissage perd son caractère à la fois illégal et immoral. (Notez au passage que le médecin, en plus de traiter les corps, est également législateur puisqu'il se permet de faire bouger le curseur d'une Loi bien établie selon ses propres besoins.)

2) Le corps humain peut être sujet à des expériences médicales sans que le consentement de la personne concernée soit requis. (Tout le monde pense à ce que je pense? Suivez mon regard à l'Est et n'oubliez pas que le travail vous rendra libre, mes amis. Bon, certes, c'est plus "Arbeit" que "frei", c'est vrai. Mais là, vous pinaillez. Ah! Ces femmes, toutes les mêmes.)

3) Que le sentiment et les intentions éprouvés par la personne commettant une pénétration forcée sont les seuls critères habilités à caractériser l'acte en question. Ni l'opinion de la personne concernée au premier chef, ni celui de l'Etat qui nous représente tous n'ont voix au chapitre dans la détermination d'un crime. Comme une partie des hommes et des femmes commettant des violences sexuelles n'ont ni l'intention, ni le sentiment de perpétrer un mal, le viol se dissout par conséquent de lui-même dans bon nombre de cas. Pft! Rien dans les mains, rien dans les poches. (À cet égard, nous pourrions étendre cet excellent raisonnement à toutes les expériences physiques subies par l'être humain et partir du principe que, dans tous les cas où un individu en tabasse un autre, seuls l'intention et les sentiments éprouvés par celui qui frappe sont à même de qualifier l'acte en question. Souvenons-nous tous tous du Père Noël est une Ordure et du sympathique Félix tentant la bave aux lèvres d'étrangler sa femme avec le tuyau de la douche: "Je lui fais pas mal, je lui passe un peu d'eau sur son visage, elle me fait une crise de nerfs, elle fait tout le temps ça, vous la connaissez pas." Ah! Bon, tout va bien. Parce que, de près, ça ressemblait vachement à une tentative de meurtre. Mais si vous me dites que c'est un petit rituel entre vous, pas de quoi s'inquiéter. Allez, bonne roucoulade, les amoureux. La Loi et la morale, c'est simple comme une pièce de Josiane Balasko, je vous dis. )

Evidemment, si je soumettais mes arguments à Bernard Hédon, il y a fort à parier que celui-ci s'envelopperait dans sa dignité offensée en affirmant qu'il est aussi inepte qu'inadmissible que je le compare à un violeur ou à Nazi. Ce qu'il ne comprendrait pas, c'est que ses réponses induisent des prémisses et des raisonnement validant à la fois le viol et l'expérimentation sur des êtres humains. Il semble, à le lire, qu'il n'ait jamais réfléchi aux problèmes à la fois moraux et juridiques que posent ses actes de gynécologue. Plus encore, je dirais que s'il rejoint sûrement nombre de ses concitoyens sur les questions du viol et du Nazisme, il n'en considère vraisemblablement pas moins que la pratique médicale l'exonère par principe de tout raisonnement, de toute comparaison, de toute remise en question. La médecine, voyez-vous, est un cas à part, soumis à des lois qui ne sont pas celles du commun. Pour un homme qui, en plus d'être praticien, occupe des fonctions d'enseignant et de porte-parole national, c'est assez effrayant.

Je suis intimement persuadée que, face à une Cour d'Assises, les actes en question donneraient lieu à une condamnation, tant ils correspondent à la définition légale du viol, comme le relève TimesNewRoman dans son message. Je ne suis pas certaine que Bernard Hédon et ses collègues en aient conscience et tant que l'Etat ne le leur signifiera pas clairement, la pratique survivra d'autant mieux qu'elle est protégée par sa nature même de tout dépôt de plainte: en effet, la personne victime étant inconsciente au moment de faits, elle ne peut en aucun cas attester de l'intrusion subie et est il hautement improbable qu'un membre du corps hospitalier en informe la patiente et accepte ensuite d'en témoigner, se désolidarisant ainsi dangereusement de ses collègues et de l'institution.

@ Petit Faucon:

Merci beaucoup. Wink

Oui, bien sûr, sur la forme, mon texte est éminemment polémique et relève plus du pamphlet déjanté que de l'argumentaire froid et objectif. Contrairement, du reste, à l'excellent article de Marie-Hélène Lahaye mentionné dans mon dernier message. En revanche, sur le fond je maintiens bien sûr toutes les réponses opposées à Bernard Hédon.

@ TimesNewRoman:


Citation :
Je trouve l'argument de la formation entre confrères du monde médical absolument délicieux et pertinent...

Absolument! Très intelligent, en effet. Si les médecins, comme bon nombre d'entre nous, ne sont pas prêts à admettre que le toucher des organes génitaux partage le caractère impersonnel du palper du poignet, du genou ou de la nuque pratiqué en cours de formation, alors il leur faut accepter l'idée que, pour le patient concerné, l'acte requiert à la fois le respect du libre-arbitre et la délicatesse accrue qu'ils se réservent à eux-mêmes en pareil cas.

Plus largement, ce qui glace les sangs, c'est de constater que des personnes destinées à une profession éminemment humaine et sociale possèdent une capacité de projection et d'empathie très, très basse, au vu de la moyenne générale (laquelle n'est déjà pas particulièrement élevée). Or une grande partie des maux de notre siècle vient précisément d'une incapacité à considérer autrui comme un alter ego. Autrement dit comme un autre soi-même - ni plus, ni moins.


Citation :
La qualification pénale de viol est évidente, et les toubibs (ou futurs toubibs) qui acceptent de pratiquer ces gestes dans les situations décrites se déshonorent. Avant et après la prestation de serment : "Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. [...] J'informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences. Je ne tromperai jamais leur confiance". Dont acte.

Merci beaucoup pour cet édifiant rappel, TimesNewRoman.

En outre, le témoignage du jeune médecin dont tu nous relaies ici le lien est absolument effarant.

À ce sujet, je me permets de vous renvoyer ici à un autre témoignage de médecin. Il s'agit d'une jeune praticienne connue sur la Toile sous le pseudonyme de Gélule: celle-ci anime un blog intitulé Sous la Blouse où elle relate ses expériences professionnelles, parfois sous forme de courtes bandes-dessinées. Dans une petite planche édifiante intitulée Tu sauras jamais... et publié le 22 juin 2011, elle illustre de manière criante (voire hurlante) l'attitude du corps médical vis-vis du toucher vaginal. Vous le trouverez en cliquant ici.
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Winter
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Sam 28 Mar 2015 - 10:23

Il est certain que ce grand patron a fait cela toute sa vie, l'a appris de ses pairs et l'a fait pratiquer à ses étudiants sans l'ombre d'un soupçon de doute quand à la légitimité de cet acte.(ou alors un jour, quand il était bien jeune, dans une autre vie..) Apprendre à piquer, à sonder, à intuber sont dans la m^m logique.

Bien sur que ces gens sont vus comme possédant pour faire ce boulot empathie et humanité exacerbée. Pourtant c'est tout le contraire ...

Je m'explique. Si l'on possède ces qualités en excès par rapport à la moyenne des gens, il ne doit plus être possible d'exercer. La douleur la souffrance l'angoisse de l'autre envahit; se projeter dans cet autre doit faire que tout acte devient difficile, toute décision trop longtemps soupesée...
Il faut regarder les malades de façon bien plus froide pour être efficace. C'est monstrueux à y bien regarder, mais c'est surement ainsi.

J'imagine que ce que ce monsieur aurait voulu dire sans pouvoir le faire, c'est que ces  patientes ne le sont plus vraiment, surtout quand il s'occupe de leur "problème". Mais comment le dire à une journaliste sans passer pour un monstre. D'autant que ce n'est pas vrai strictement...mais c'est vrai et presque obligatoire...

C'est extrêmement choquant, c'est évident, mais figurez-vous deux minutes vivre en permanence dans toutes les difficultés que posent les soins aux autres, tous ces drames permanents ou presque, ces vies qui se brisent parfois quand d'autres renaissent c'est certain...

Ajouté à cela que plus vous êtes un bon, voire un grand médecin, plus les cas qui vous sont présentés sont compliqués, désespérés... moins vous avez de réussite, parce que ceux que vous soignez sont perdus du point de vu de vos confrères qui vous les adresse en dernier recours souvent...

Alors ces gens qui ont ces immondes habitudes doivent entendre que rien ne justifie que ces actes ne soient fait sans que l'être qui les subit ne soit informé. Rien.

Je ne suis pas entrain de les justifier, c'est inqualifiable. Juste de me mettre à leur place...
et d'essayer de les ré-humaniser.
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Dérinoé
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Sam 28 Mar 2015 - 17:09

@ Winter:

Citation :
Il est certain que ce grand patron a fait cela toute sa vie, l'a appris de ses pairs et l'a fait pratiquer à ses étudiants sans l'ombre d'un soupçon de doute quand à la légitimité de cet acte.(ou alors un jour, quand il était bien jeune, dans une autre vie..) Apprendre à piquer, à sonder, à intuber sont dans la m^m logique.

Bien sur que ces gens sont vus comme possédant pour faire ce boulot empathie et humanité exacerbée. Pourtant c'est tout le contraire ...

Je m'explique. Si l'on possède ces qualités en excès par rapport à la moyenne des gens, il ne doit plus être possible d'exercer. La douleur la souffrance l'angoisse de l'autre envahit; se projeter dans cet autre doit faire que tout acte devient difficile, toute décision trop longtemps soupesée...
Il faut regarder les malades de façon bien plus froide pour être efficace. C'est monstrueux à y bien regarder, mais c'est surement ainsi.

Merci pour ta réponse, Winter.

Je comprends bien ton point de vue et le raisonnement que tu développes me fait penser au fameux "paradoxe du comédien" présenté par Denis Diderot dans un essai sur le théâtre. Dans son Le Paradoxe du Comédien (1773-1777), l'auteur explique que, selon lui, l'acteur le plus performant est celui qui, paradoxalement, se barricade contre les émotions qu'il est censé interpréter sur scène, ce afin de conserver la maîtrise totale de son jeu et de pouvoir ainsi habiter son personnage de la manière la plus convaincante qui soit. En se laissant réellement aller aux émotions éprouvées par le personnage, le comédien serait en revanche incapable d'interpréter le rôle correctement, mettant en péril son jeu et celui de ses partenaires.

De même, il me semble que ta réflexion repose sur l'idée que, pour être un bon médecin, le praticien doit paradoxalement parvenir à se prémunir contre une empathie qui le mettrait sans aucun doute dans des états incompatibles avec lex exigences techniques de son travail. C'est donc précisément cette auto-protection du médecin contre des sentiments ingérables qui amènerait involontairement à une réification du patient, conséquence malheureuse mais involontaire d'une prise de distance en elle-même salutaire.

Je suis partiellement d'accord avec cette explication-là - mais partiellement seulement.

D'abord, je dois dire que, par "capacité d'empathie", je ne vise pas une compassion ou un accompagnement humains exceptionnels mais uniquement l'adage, admis à la fois par les monothéismes, nombre de morales et la Législation en place, selon lequel les êtres humains se valant tous par une commune constitution, il faut à tout prix éviter de faire à autrui ce que l'on ne voudrait pas subir soi-même. Ni plus, ni moins.

Qu'un médecin se barricade en lui-même contre la peine, la colère ou le sentiment d'injustice que pourraient susciter en lui les cas rencontrés à longueur de journée, je peux très bien le comprendre. Qu'il en vienne à considérer que ses patients et lui n'appartiennent pas à la même catégorie d'êtres vivants et que, par conséquent, il lui est autorisé de pratiquer sur eux ce qu'il n'accepterait pas une seule seconde sur lui-même (ou sur les gens qu'il aime), cela, je le trouve intolérable. Et j'estime que lorsque l'on en est réduit à une telle absence de réflexion et de retour sur soi, il faut raccrocher la blouse au plus vite et chercher à s'employer dans un domaine où aucun vivant, quel qu'il soit, ne saurait être impliqué.

Ensuite, de mon expérience d'accompagnante ou de patiente - notamment en milieu hospitalier -, il me semble pouvoir discerner deux autres origines à la réification de l'humain dont nous parlons ici.

Premièrement, bien que j'aie rencontré un certain nombre de médecins dans ma vie - essentiellement à titre d'accompagnante -, j'ai malheureusement vu très peu de soigneurs en action. Mon hypothèse réside dans le fait que nombre d'étudiants s'engagent dans la voie médicale par amour du titre, du prestige, de la position sociale et, éventuellement, de l'imagerie médicale véhiculée par la société. Peu, en revanche, ont à l'esprit qu'ils passeront une bonne partie de leur temps, surtout en début de carrière, à patauger dans le sang, le sperme, l'urine et les excréments de l'humanité souffrante, à recevoir en consultation des gens âgés sourds et parfois déments, des parents excédés, des hypocondriaques notoires, des angoissés de toujours, des adolescents en pleine crise de tout, des gens bornés incapables de suivre correctement un traitement, des trentenaires surmenés, des conjoints remontés contre le milieu hospitalier, des individus se roulant sur le lit de douleur et de désespoir et j'en passe et des meilleurs.

À titre anecdotique et sans considérer ces faits comme preuve ou démonstration de quoi que ce soit, lorsque j'ai obtenu ma Maturité - disons l'équivalent du BAC et de quelques années de classe préparatoire en France -, le 90% des camarades ayant tenté leur chance en Faculté de Médecine était issu de familles bourgeoises où l'un des parents au moins exerçait déjà la profession de médecin et dans lesquelles les seules voies d'études considérées comme prestigieuses étaient le Droit, la Médecine ou l'Ingénierie, telle qu'enseignée à l'Ecole Polytechnique s'entend. Parmi eux, je ne me souviens pas d'avoir côtoyé des personnes portées par une nature, une attitude, une philosophie de pensée, une vision du monde, un idéal tendant vers le soin et l'intérêt pour l'être humain. En revanche, je retrouvais à l'époque ces traits de caractère chez des étudiants devenus ensuite enseignants, instituteurs, thérapeutes, assistants sociaux, éducateurs spécialisés, infirmiers ou animateurs en centre culturel.

Je suis certaine que nombre de mes camarades ont dû être excellents sur les bancs de l'Université, comme ils l'étaient d'ailleurs en Mathématiques, en Physique ou en Chimie quelques années plus tôt. En revanche, j'ai plus de peine à les imaginer évoluant au plus proche de l'humanité gémissante, avec ce qu'elle charrie d'exclus, de décalés, d'angoissés, de marginaux et de névrosés, de drames humains, de drames sociaux, de corps mourants et autres avatars des nos salles d'attente.

Ainsi, il me semble qu'en Suisse du moins, la propension à s'intéresser à l'humain ne constitue nullement un critère de sélection au sein des Facultés et, de ce fait, je n'ai aucune peine à imaginer que l'on puisse effectuer une carrière longue et fructueuse dans une relative indifférence au statut du patient et à ses Droits, tant moraux que légaux.

Deuxièmement, je dois avouer que, pour ma part, j'ai toujours été amenée à constater une absence totale de "management" au sein des Hôpitaux, passage obligé de tous les jeunes médecins en début de carrière. Si l'on excepte les comportements gravissimes sanctionnés par la Loi, à l'instar, par exemple, d'un praticien complètement saoul qui vous aurait amputé de la mauvaise jambe entre deux verres de vin blanc, le médecin a tout les droits et n'est jamais sanctionné par sa hiérarchie. Il peut insulter, humilier, maltraiter, menacer ou abandonner un patient, se montrer parfaitement indifférent à sa pudeur, à ses besoins et à ses questions sans qu'il y ait jamais possibilité de recours aucun - et je parle ici d'un recours non-légal qui consisterait simplement à attirer l'attention du médecin sur les effets néfastes de son comportement et à lui demander de s'amender à l'avenir.

Lorsque j'ai pu constater des gestes ou des paroles inadmissibles, il ne m'a jamais été permis de rencontrer la personne responsable du médecin concerné et mes lettres, lorsque j'en ai écrites, sont toujours restées sans réponse. J'attribue cet immobilisme médical à divers facteurs résultant tous, in fine, des deux paramètres suivants: d'une part, il n'existe aucune culture du "management" hospitalier, d'autre part, à moins d'un dépôt de plainte ou d'une convocation, rarissime, à l'Ordre des Médecins, le praticien n'a aucune raison de se préoccuper des griefs ou demandes de ses patients.

Alors, pour ma part et bien que je sois partiellement d'accord avec toi, c'est à cet ensemble de paramètres que j'attribue essentiellement la philosophie d'un Bernard Hédon ou des praticiens ayant exprimé des propos semblables à la suite de ce petit scandale médiatique.

Cela étant dit sur un plan général, j'ajoute encore que, bien que ne disposant d'aucune preuve concrète, je soupçonne fortement la caste médicale d'être portée, partiellement au moins, par un haut degré de phallocratie, faisant de la femme un mammifère de deuxième catégorie. Je précise que, pour moi, cette phallocratie se pratique aussi bien par des hommes que par des femmes médecins, comme en témoignent du reste les nombreux témoignages qui émaillent la Toile.
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Winter
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Sam 28 Mar 2015 - 17:51

Ce que tu dis est vrai, Dérinoé, m^m si cela reste pour certain un peu caricatural. Wink
Il se trouve que de jeunes gens autour de moi, issus ou non de milieu de médecins, me sont connus via mes enfants.

Eux aussi sont choqués, eux aussi ont du mal à lutter, eux aussi ont peur des sanctions éventuelles et pas seulement des patrons, qui ne sont pas tous grands.

En fait il semble que ceux ou plutôt celles qui aient le plus de pouvoir en ces lieux ce sont celles qu'ils appellent les "sergents chefs" (infirmière ou surveillante). Sortes de dragons, totalement dévoués à leur service, à l'âge suffisamment canonique pour être relativement indéboulonnable, (ou ayant des dossiers bien construits avoués ou non) pour faire un peu peur et arriver de temps en temps à obtenir un retour à une déontologie minimale. Mais m^m ça est excessif ! Disons, à d'autres pratiques...voilà!
Mais m^m ces êtres sont "contaminés" par le "c'est pas bien grave" ambiant... dixit...


Il faut aussi trier les témoignages de la toile. Par définition, les êtres humains témoignent essentiellement de leur mécontentement. Dégouliner de dévotion envers quelqu'un qui vous a sorti de l'ornière n'a jamais été très vendeur lol!
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Sam 28 Mar 2015 - 23:54

Dérinoé a écrit:
D'abord, je dois dire que, par "capacité d'empathie", je ne vise pas une compassion ou un accompagnement humains exceptionnels mais uniquement l'adage, admis à la fois par les monothéismes, nombre de morales et la Législation en place, selon lequel les êtres humains se valant tous par une commune constitution, il faut à tout prix éviter de faire à autrui ce que l'on ne voudrait pas subir soi-même. Ni plus, ni moins.

Qu'un médecin se barricade en lui-même contre la peine, la colère ou le sentiment d'injustice que pourraient susciter en lui les cas rencontrés à longueur de journée, je peux très bien le comprendre. Qu'il en vienne à considérer que ses patients et lui n'appartiennent pas à la même catégorie d'êtres vivants et que, par conséquent, il lui est autorisé de pratiquer sur eux ce qu'il n'accepterait pas une seule seconde sur lui-même (ou sur les gens qu'il aime), cela, je le trouve intolérable. Et j'estime que lorsque l'on en est réduit à une telle absence de réflexion et de retour sur soi, il faut raccrocher la blouse au plus vite et chercher à s'employer dans un domaine où aucun vivant, quel qu'il soit, ne saurait être impliqué.

C'est exactement ça.

Pour le reste, les cas que tu décris existent mais on ne peut en faire une généralité sans tomber dans la caricature.

Il est certain que les critères de choix n'incluent pas de s'intéresser à l'humain. En France, c'est l'un des concours les plus absurdes que l'on puisse trouver (même si on est certain que les personnes qui le réussissent ont une très bonne mémoire - pas inutile en médecine - et une grosse capacité de travail - autre qualité pas tout à fait inutile). Il n'en demeure pas moins que l'on trouve, fort heureusement, des personnes - assez nombreuses - qui ont choisi ce métier pour d'autres raisons que le prestige social (bien amoindri de nos jours) ou la pression familiale. Et ceux-là exercent leur métier avec humanité, même à de hauts niveaux*.

Ceci dit, il y a des personnes moins fréquentables, on ne peut le nier. Mais on ne peut pas dire qu'on ne peut rien faire. Je me souviens d'une parente à moi qui s'était retrouvée dans un service de chirurgie pour une opération assez lourde avec des complications. L'un des chefs de service l'avait traitée assez mal, méprisant ses plaintes et lui causant des souffrances même s'il l'avait soignée avec un niveau correct de compétence. Une fois sortie et remise, elle lui avait écrit pour lui expliquer tout ce que sa conduite avait eu d'odieux et d'inhumain. Et quand elle a dû retourner dans ce service pour un suivi, l'attitude du médecin avait changé assez radicalement.
C'qui prouve qu'en protestant, quand il est encore temps, on peut finir par obtenir des ménagements...

Pour ce qui est de la phallocratie et du mammifère de deuxième catégorie, je pense là aussi que c'est généraliser un peu vite, même si l'exemple que tu as détaillé est tout à fait révoltant et scandaleux.

* même si, pour rappeler une conversation précédente, la médecine hospitalière recèle un système de mandarinat très élaboré, ce qui ne favorise pas l'humilité ou la modestie.
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Mer 13 Mai 2015 - 21:21

Suis tombée par hasard sur les bonnes feuilles du dernier ouvrage de la journaliste et féministe franco-suisse Mona Chollet: Chez soi. Une Odyssée de l'Espace domestique (2015). L'extrait dudit livre a été publié en ligne par Rue89 sous le titre intrigant de Mimi Thorisson ou l’Hypnose du Bonheur familial. Vous le trouverez en cliquant ici.

Pour résumer brièvement le contenu de ce passage, assez intéressant de mon point de vue, je dirais que, développant une réflexion sur nos perceptions de la féminité, Mona Chollet se saisit de l'exemple offert par une blogueuse cuisinière appelée Mimi Thorisson, jeune femme ultra-féminine à la beauté éblouissante, épouse épanouie et mère de six enfants (tous nés à la maison et sans assistance médicale), ancienne businesswoman à l'international reconvertie dans la vie de terroir, les recettes du cru et la décoration d'intérieur.

La réflexion de Mona Chollet porte ici moins sur la condition économique des femmes que sur leur positionnement au sein d'une société bardée d'attentes et d'injonctions muettes quant aux genres des uns et des autres.

Pour ceux qui souhaiteraient découvrir le travail de Mimi Thorisson, vous trouverez son blog, intitulé Manger mais exclusivement rédigé en anglais, en cliquant ici.

Z'en pensez quoi?  ;)

P. S. Winter et MissAcacia, merci infiniment pour vos réponses. Et merci pour la chanson de Boris Vian, MissAcacia: je ne connaissais pas, j'ai beaucoup apprécié.


Dernière édition par Dérinoé le Lun 25 Mai 2015 - 23:08, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Lun 25 Mai 2015 - 22:48

Je reviens sur le dernier message en date dans lequel je relayais les bonnes feuilles du dernier ouvrage de la journaliste franco-suisse Mona Chollet, publiées il y a quelques semaines déjà par Rue89. Cet essai, paru tout récemment chez Zones, s'intitule Chez soi. Une Odyssée de l'Espace domestique et, comme son titre l'indique, aborde la question du rapport entre sexes, genres et espace domestique. Vous pouvez en lire un extrait en cliquant ici.

Je n'ai pas (encore) eu le plaisir de découvrir le livre de Mona Chollet, féministe engagée auteur de plusieurs essais portant sur la question du genre, mais il semble qu'une partie au moins de son travail se concentre sur le positionnement social de la blogueuse professionnelle Mimi Thorisson, auteur d'un site et d'un compte Instagram spécialisés dans la gastronomie de terroir.

Pour dire quelques mots de Mimi Thorisson, déjà présentée dans mon précédent message, il faut mentionner que celle-ci est une magnifique jeune femme franco-chinoise issue du monde la finance internationale. Aussi belle et élégante qu'une montée des marches cannoise, cette mère de cinq enfants est mariée à un photographe islandais et habite une superbe maison, dans le Médoc, d'où elle gère un site et un compte Instagram entièrement dédiés à la gastronomie de terroir et aux arts de la table.

Non contente d'être une business woman surdiplômée et polyglotte, Mimi Thorisson sillonne campagnes et cuisines à la recherche d'ingrédients magiques et de bons vins, inondant la Toile de glorieuses photographies où, toujours vêtue telle une sublime sylphide des bois, elle s'adonne, le sourire aux lèvres, à la cuisson d'un morceau de foie gras au milieu des vignes ou au dressage d'une table digne d'un Georges Blanc chic et rustique, entourée de la cohorte d'irrésistibles chiots dont son mari fait élevage et de nombreux bambins métisses aussi beaux et rayonnants que leurs parents.

Spoiler:
 

Pour ceux qui souhaitent découvrir son travail, vous pouvez consulter son site intitulé Manger - entièrement rédigé en anglais - ou son compte Instagram - véritable ode à la beauté des corps, des matières, des mets et du vivant.

Le décor est planté.

Dans l'extrait publié par Rue89, Mona Chollet pose la question du rapport que la société établit entre réussite professionnelle et indépendance d'un côté et représentation de la féminité de l'autre. L'auteur, avec une honnêteté qui n'est pas si courante dans les milieux féministes, commence par livrer au lecteur une expérience toute personnelle: n'ayant jamais souhaité ni se marier, ni fonder une famille, Mona Chollet a toujours rêvé de pouvoir écrire et publier, peut-être même d'en faire son gagne-pain. Sa vie durant, elle s'est donc consacrée à cet objectif à la fois professionnel et artistique, sans que la question du mariage ou des enfants ne l'interrompe dans sa course. Or, dans cette configuration mentale, elle a très vite senti qu'aux yeux de son entourage, ses aspirations lui ôtaient en féminité - du corps et de l'esprit - la part résolument dévolue à un accomplissement personnel entièrement tourné vers l'écriture.

Spoiler:
 

Partant, l'auteur se demande si la réussite professionnelle de Mimi Thorisson, exclusivement dédiée aux arts de l'intérieur, nimbée du halo de la maternité triomphante et gratifiée d'une beauté gracile en parfaite concordance avec les canons de l'heure, ne serait pas beaucoup mieux acceptée que celle de toutes les Marie Curie, Margaret Thatcher et autres Simone de Beauvoir du monde en raison même de sa parfaite conformité avec notre représentation canonique de la féminité. Celle-ci se traduirait selon la triade suivante: grand soin apporté à l'apparence-maternité bien assumée-gestion exclusive de l'intérieur.

Spoiler:
 

Comme vous le comprendrez en lisant l'extrait, Mona Chollet ne s'attarde pas ici sur des problèmes politiques, économiques ou sociaux prétéritant les femmes de manière flagrante mais tente d'interroger notre conception sociale de la féminité et son degré d'obligation tacite au sein d'une communauté qui admet aujourd'hui l'indépendance financière et professionnelles du deuxième sexe.

Personnellement, je ne partage que très, très partiellement l'analyse de la journaliste quant à la réussite professionnelle et médiatique de Mimi Thorisson, laquelle dépendrait donc selon elle d'une conformité éclatante avec les injonctions de féminité martelées par le grand public. Toutefois, je trouve le thème intéressant et Mona Chollet a pour moi le mérite d'attaquer la question par le biais de son expérience propre, sans rien cacher de l'envie - forcément peu flatteuse - qui peut assaillir une personne ne souscrivant que très partiellement, voire pas du tout, aux attentes de genre qui pèsent sur elle.

Et vous? Vous z'en pensez quoi? Vous vivez quoi? ;)
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Mar 26 Mai 2015 - 0:09

Je pense assez curieux de se focaliser sur une seule personne, fut-elle Mimi Thorisson (que je découvre par tes messages). Et je trouve encore plus curieux de définir Mimi Thorisson (et ses semblables, si elles existent) comme une représentation de la normalité. En tout les cas, polyglotte, sudiplômée, cinq enfants, mariée à un artiste (à moins que ce ne soit un peintre en bâtiment islandais), taille mannequin, élégante et versée dans l'art du grenier médocain, de l'agneau de pauillac, de la bécasse flambée à l'armagnac et du st-estèphe*, c'est peut-être la normalité suivant Mona Chollet mais ce n'est pas la moyenne des femmes médocaines... loin s'en faut.
Est-on bien sûr qu'il n'y a qu'une seule femme derrière Mimi Thorisson ?

Au-delà du caractère un peu extrême et un tantinet obsessionnel de l'exemple cité, je suis fatiguée des thèses opposant les "purs esprits" d'un côté, ayant sacrifié leur "féminité" à leur idéal/carrière/combat... et les "ménagères" popote/couches-culottes/ajax liquide reproduisant la "normalité" par pur atavisme. Il y a tellement de cas intermédiaires que je me demande si cette opposition diamétrale a vraiment un sens.

En tous les cas, merci de prendre le temps de détailler cet exemple, il est assez édifiant.

* exemples cités au hasard, je n'ai pas lu le blog en question.
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Mar 26 Mai 2015 - 22:30

@ MissAcacia:

Merci pour ton message. ;)


Citation :
Je pense assez curieux de se focaliser sur une seule personne, fut-elle Mimi Thorisson (que je découvre par tes messages).

Moi non plus, avant de lire l’extrait publié par Rue89, je n’avais jamais entendu parler ni de Mimi Thorisson, ni de son blog.

À ce sujet, je voudrais préciser que, n’ayant pas lu l'essai de Mona Chollet, je ne sais pas dans quelle proportion l’auteur traite du cas Thorisson au sein de son ouvrage. Si les bonnes feuilles publiées par le journal se concentrent en effet exclusivement sur elle, il est en revanche tout à fait possible que, dans l’économie globale de l’essai, l’exemple n’occupe que quelques pages au sein d’un chapitre.

En outre, et c’est personnellement ainsi que je reçois la réflexion de Mona Chollet, Mimi Thorisson elle-même ne revêt que peu d’importance dans le cadre du développement proposé par l’auteur autour de notre perception sociale de féminité: la jeune entrepreneur incarne un exemple concret, lequel, mutatis mutandis, se décline à foison au sein de la société et vise surtout à illustrer le paradigme d’une réussite supposément louée parce que conforme aux canons du genre concerné. L’auteur pourrait traiter de très nombreux autres cas – et peut-être le fait-elle dans son livre ? – en se tournant vers toutes sortes de femmes ayant bâti une réussite professionnelle et personnelle sur les critères mêmes de la féminité, telle que voulus et espérés autour d’elle.


Citation :
Et je trouve encore plus curieux de définir Mimi Thorisson (et ses semblables, si elles existent) comme une représentation de la normalité. En tout les cas, polyglotte, sudiplômée, cinq enfants, mariée à un artiste (à moins que ce ne soit un peintre en bâtiment islandais), taille mannequin, élégante et versée dans l'art du grenier médocain (...), c'est peut-être la normalité suivant Mona Chollet mais ce n'est pas la moyenne des femmes médocaines... loin s'en faut.

Il est vrai que, dans l’extrait que j’ai moi-même cité plus haut, Mona Chollet parle de « normalité » pour qualifier le mode de vie de Mimi Thorisson. Toutefois, je ne pense pas que l’auteur renvoie ici à la notion de « normalité » en terme de mode de vie ou de physique: à mon sens, seule l'aspect canonique de sa féminité est ici en cause. Je suis d’accord avec toi : à tous égards, Mimi Thorisson n’entre pas dans la catégorie à peu près moyenne – si tant que cela veuille dire quelque chose – des femmes ou même des individus évoluant au sein de la société française.

En revanche, du point de vue des attentes sociales liées à la féminité, on peut dire qu’elle coche presque toutes les cases proposées sur le grand fichier du genre : apparence soignée déclinant volontiers les accessoires typiques du féminin, indéfectible élégance, vie d’épouse vraisemblablement comblée, maternités multiples vécues dans un total épanouissement, carrière effectuée dans un domaine lié, dans nos représentations collectives, au féminin – à savoir l’intérieur, la cuisine, la décoration, l’art de vivre, la gestion du foyer et de ses différents habitants - et activité principale ancrée dans le sol de la maison. C’est en ce sens, je crois, que Mona Chollet considère Mimi Thorisson comme un modèle de normalité : un modèle entrant dans la norme de la féminité, encore une fois telle qu’agréée par notre société, non dans la norme tout court.


Citation :
Est-on bien sûr qu'il n'y a qu'une seule femme derrière Mimi Thorisson ?

Entends-tu la question dans son sens propre, à savoir qu’il pourrait y avoir plusieurs employées oeuvrant au sein de sa petite entreprise?

Citation :
Au-delà du caractère un peu extrême et un tantinet obsessionnel de l'exemple cité, je suis fatiguée des thèses opposant les "purs esprits" d'un côté, ayant sacrifié leur "féminité" à leur idéal/carrière/combat... et les "ménagères" popote/couches-culottes/ajax liquide reproduisant la "normalité" par pur atavisme. Il y a tellement de cas intermédiaires que je me demande si cette opposition diamétrale a vraiment un sens.

C’est tout à fait vrai et je suis d’accord avec toi sur ce point-là. À cette critique, j’ajouterais les remarques suivantes :

+ Dans son exemple, Mona Chollet semble opérer une confusion entre la tenue du foyer ou la préparation des repas familiaux d’un côté et, de l’autre, la commercialisation des arts intérieurs, cette-dernière impliquant la stricte gestion d’un emploi du temps, la constitution d’un réseau professionnel et médiatique, la mise en lumière constante de son travail, le suivi des contacts avec le public, la recherche de sponsors ou de financements pour ses projets et cetera, et cetera, et cetera.

Je ne sais pas exactement en quoi consistent les journées de Mimi Thorisson mais entre l'alimentation de son blog et de son Instagram, ses rencontres constantes avec des spécialistes de la cuisine et du terroir, ses interventions diverses et variées au sein de la presse spécialisée et la gestion des réseaux sociaux lui permettant de communiquer avec son public, je gage que la jeune femme mène moins la vie d’une mère au foyer que celle d’un entrepreneur indépendant. (Cela dit sans jugement de valeur aucun: c’est un fait.)

Or, la thèse de Mona Chollet reposant sur l’idée qu’il est plus facile pour une femme de faire accepter son activité et son modèle de vie lorsque ceux-ci convergent avec les impératifs de la féminité, il me semble paradoxal de choisir comme illustration une femme exerçant l’activité encore assez masculine d’entrepreneur indépendant. Fût-ce dans le domaine dans la cuisine. Nonobstant son apparence de mannequin reconvertie en actrice oscarisable, je ne vois pas très bien la différence entre Mimi Thorisson, chef d'entreprise, et n'importe quel cuisinier ou directeur de fanzine ayant atteint un certain seuil de popularité auprès du grand public: il s'agit d'entrepreneurs dans tous les cas.

+ Par rebond, je gage qu’une très grande partie du public de Mimi Thorisson goûte dans son travail l’omniprésence de la grâce et de la beauté, qu’il s’agisse de son apparence physique ou de tous les objets mis en scène dans le cadre de ses photographies. Je pense que ceux qui suivent son blog ou son Instagram n’ont pas seulement envie de glaner ci ou là quelques recettes hyper-techniques ou de bons conseils sur la meilleure manière de poncer une table de banquet mais, également, d’apprécier la beauté de ses images, comme on peut se délasser dans un beau texte, une belle musique ou un beau ballet.

Du coup, il me semble que, dans son domaine d’activité, l’élégance et le charme – sinon la perfection plastique – font partie du deal liant la blogueuse à ses inconditionnels et que, partant, les atouts susmentionnés sont sans doute moins attendus comme des référents de féminité que parce qu’ils représentent l’intérêt majeur du travail exposé. Il se trouve que cet attrait-là, contrairement à celui d’un texte, d’une musique ou d’un spectacle, passe aussi par la présentation physique de son initiante. Mais je peux imaginer que l’approbation et le plaisir de son public proviennent moins d’injonctions de genre satisfaites que du délassement offert par un spectacle beau, gracieux et plaisant.

N'oublions pas que Mimi Thorisson n'est ni chef dans un Palace, ni conseillère technique pour des marques du terroir mais qu'elle vit de l'exposition visuelle de son travail et que, partant, l'esthétique se doit d'y prendre part, au même titre que cette technique et cette créativité qui peuvent suffire aux professionnels agissant dans l'ombre.

+ L’un des présupposés de la thèse de Mona Chollet réside dans l’idée que la société peinerait à accepter qu'une femme mène une vie personnelle et professionnelle éloignée des critères habituels de la féminité alors qu’elle digèrerait sans problème une réussite ou une exposition conforme à sa conception de la féminité.

Or ma question – à laquelle l’auteur répond peut-être dans son livre – serait la suivante : qui, dans son esprit, représente cette société si désireuse de voir des femmes remplir l’office de l’éternel féminin, et ce jusque dans la vie professionnelle ? Par son discours, Mona Chollet semble pointer du doigt une majorité de citoyens. J’émets un doute, essentiellement parce que, selon moi, si l’on excepte la masse des indifférents qui se moquent bien de savoir comme vivent leurs voisins, la société se scinde plutôt en deux catégories très polarisées: d'un côté, les conservateurs désireux de cantonner la femme à son rôle de matrone romaine et, de l'autre, les progressistes estimant que celle-ci doit pouvoir se positionner selon son désir au sein de la société.

La catégorie des gens n’acceptant l’émancipation que lorsque celle-ci rejoint l'antique modèle de la féminité me paraît relativement restreint. Mon intuition est la suivante: les citoyens favorables à ce que les femmes se dédient essentiellement à l'époux, aux enfants, au soin du ménage et à l'entretien d'une plaisante apparence (selon les canons du moment) seront à mon avis peu enclins à apprécier l'exposition et l'indépendance d'une Mimi Thorisson, femme de tête menant sa barque en solo via les réseaux sociaux sans hésiter à imposer sa marque et son style.

Tout cela étant dit, j’aimerais préciser que si l'article de Mona Chollet m'a interpelée, c'est moins pour son analyse du cas Thorisson en lui-même que parce qu'elle pose assez honnêtement la question du rapport entre choix de vie - entendez par là vie privée et vie professionnelle - et féminité.

Je me dis du reste que je pourrais aussi vous poser à tous la question suivante: pour vous, qu'est-ce que la féminité, qu'est-ce que la virilité? Comment définissez-vous ces deux notions? Quels sont les traits qui vous font qualifier un individu de "féminin" ou de "viril" et, par opposition, quels sont ceux qui tendent à les exclure de vos descriptions? Pensez-vous qu'une dérogation, même légère, aux attentes de genres soit pénalisante dans la vie quotidienne et, si oui, de quelle manière?

Il va sans dire que mes questions s'adressent aux deux sexes.


Citation :
(...) de l'agneau de pauillac, de la bécasse flambée à l'armagnac et du st-estèphe*

J'ai faim. (Je sors.)
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Jeu 28 Mai 2015 - 21:30

Petit article complémentaire à notre présente discussion.

Je suis tombée ce soir sur un intéressant éclairage du livre de Mona Chollet dont nous parlons présentement, Chez soi. Une Odyssée de l'Espace domestique (2015): sous le titre Mona Chollet, pour une Révolution domestique, Johanna Luyssen a publié dans Libération un résumé de l'essai en question, accompagné d'une interview de l'auteur auxquels vous pourrez accéder en cliquant ici.

Pour les éventuels intéressés, vous verrez que la journaliste féministe aborde la question de l'espace domestique par le biais inattendu d'une revalorisation, tendant à démonter le mythe d'un espace intérieur hermétique aux informations et aux évolutions de la société.

L'article et l'interview me confirment dans l'impression que les bonnes feuilles publiées dans Rue89 s'inscrivent dans une réflexion qu'elles ne retraduisent que très partiellement, sinon pas du tout.
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Ven 29 Mai 2015 - 0:00

Effectivement. Il n'y a plus qu'à trouver le temps de s'avachir sur son canapé pour lire le livre si l'on veut savoir si Rue89 fait du sabotage ou Libération de l'angélisme.

Mais c'est rassurant. Cet article est très intéressant.

Et pour en revenir à ta question sur Mimi Thorisson. S'il n'y a pas derrière elle une nounou, une cuisinière et une femme de ménage, dissociées ou 3 en 1, alors c'est qu'elle ne dort pas et qu'elle a un placard à enfants* dans lequel elle les range quand elle court les producteurs. Ou alors, son mari est la fée du logis discrète qui l'assiste efficacement dans l'arrière-boutique de sa petite entreprise. Mais là, je te laisse développer sur la répartition virilité/féminité dans le couple car ça dépasse largement mes capacités à cette heure.

*j'ai trouvé assez malvenu de poster à tout venant les photos des dits enfants dans les sites qu'elle édite. ça fait un peu "utilisation à des fins commerciales et de publicité", sans parler du fait que tu ne sais jamais qui te regarde par la lucarne magique. Mais ça n'a rien à voir avec le sujet.
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Ven 29 Mai 2015 - 9:57

Mona Chollet a écrit:
On encourage les femmes à fonder des familles, à fonder leur foyer et leur petit paradis domestique, mais derrière cela, il y a ce mépris, dont parlent, par exemple, toutes ces femmes qui sont à la maison et à qui on demande, dans les dîners, ce qu’elles font dans la vie. Lorsqu’elles répondent «je suis au foyer», les regards se détournent aussitôt…
C'est très étrange, cette phrase. Je n'ai jamais été une "femme au foyer" et pour autant j'ai eu à faire les m^mes taches qu'elles, mais additionnées de celles qui me revenaient dans mon boulot. Jamais il ne me serait venu à l'idée de détourner la tête devant une telle annonce... Le monde un rien Bobo auquel semble se référer en permanence cette journaliste, n'a que de lointains rapports avec 80% des gens. (vie = extérieur; vacances = voyage (depuis quand voyager c'était s'ouvrir sur le monde extérieur?)) Cela sous-entendrait que nous ne nous définissons que par nos professions? Classés? rangés? Catalogués? Rassurant, mais faux. Pas plus que nous n'existons que par notre appartenance à un sexe. J'ai la prétention d'être, au delà de toute activité professionnelle ou autre... Pour beaucoup de gens, hommes compris, rester chez soi et vivre confortablement est un luxe à part entière. Cela peut etre imposé, quand le travail n'existe pas ou plus, mais quand il s'agit d'un choix dans un contexte économique favorable, alors c'est une chance au sens où ce n'est pas donné à tous.

Qu'ai-je à faire de savoir si ma voisine est une femme au foyer ou une professionnelle de quoi que ce soit? Si je la fréquente c'est parce qu'elle me fait rire et m'apporte son originalité. Je ne passerais pas ma vie avec elle, mais sporadiquement la personne m’intéresse..  
Mona..... a écrit:
Pour sortir de cette assignation, la revendication féministe du salaire ménager, et aujourd’hui celle du revenu garanti, offrent des pistes intéressantes.
Ok!! donc en fait il s'agit d'argent? d’existence par l'argent? "je suis ce que je gagne?!" L'argent signant l'importance d'une vie, d'un choix de vie? Bobos vous dis-je!
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Jeu 11 Juin 2015 - 13:09

Deux articles du Guardian, sur les femmes scientifiques (injustement) méconnues:

L'article d'origine:
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Et les suggestions des lecteurs pour compléter la première liste:
Arrow
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Jeu 11 Juin 2015 - 13:58

Intéressant MissAcacia ! à ma grande honte je ne connais que Lise Meitner, qui a travaillé sur l'atome pendant la 2e guerre mondiale.
D'une façon générale, les scientifiques n'aiment pas s'exposer, et les femmes sont souvent restées dans l'ombre : résultat : de parfaites inconnues, même si elles ont certainement contribué à faire avancer les sciences et techniques dans plein de domaines Rolling Eyes
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MissAcacia
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Jeu 11 Juin 2015 - 18:19

Honte partagée, je te rassure... Rolling Eyes En particulier j'ignorais totalement que le vaccin contre la coqueluche avait été mis au point par deux femmes, avec des moyens dérisoires.
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MessageSujet: Re: Et le féminisme dans tout ça ??   Aujourd'hui à 15:32

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Et le féminisme dans tout ça ??
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