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 Humour et ironie chez Jane Austen

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cat47
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MessageSujet: Humour et ironie chez Jane Austen   Dim 3 Fév 2008 - 17:52

Citation :
It is a truth universally acknowledged, that a single man in possession of a good fortune, must be in want of a wife.

Citation :
Il est universellement admis qu’un célibataire nanti d’une belle fortune a forcément besoin d’un épouse.


Y a-t-il une phrase plus célèbre que celle-ci dans l’oeuvre de Jane Austen? Je ne le pense pas. Si cette phrase est si connue et si souvent imitée, c’est qu’elle illustre à merveille son don pour l’ironie, cet art qui donne à ses romans une bonne partie de leur sel. Austen utilise ici l’antiphrase, procédé dans lequel l’auteur dit le contraire de ce qu’il pense. Il est évident pour tous qu’Austen ne pense pas un mot de cette jolie phrase et qu’elle persifle au contraire sur la tendance qu’ont les jeunes filles à marier et leurs mères à penser cela alors que ce sont elles qui désirent plus que tout trouver un mari.

Je crois que nous serons d’accord pour dire que l’ironie est une constante dans l’œuvre de Jane Austen. Personnellement j’adore cette forme d’humour parce qu’elle est subtile et donne un ton léger à l’ensemble. J’estime aussi que parmi les diverses formes d’humour, l’ironie est peut-être la plus difficile à manier car elle est parfois si subtile que l‘interprétation du message donné n‘est peut-être pas toujours évidente.

Avant de continuer ce sujet et de vous demander quels sont les passages des romans de Jane Austen qui vous semblent le mieux démontrer son art dans le maniement de l’ironie, j’aimerais répertorier ici quelques définitions, trouvées dans Wikipedia. Je précise que dans la version anglaise de Wiki, la définition n’est pas exactement la même, ce qui m’étonne à peine car je suis sûre ce terme ne peux pas signifier la même chose pour tout le monde. Mais j’y reviendrai plus tard si nécessaire.

Citation :
En littérature,l'ironie est l’art de se moquer de quelqu’un ou de quelque chose en vue de faire réagir un lecteur, un auditeur ou un interlocuteur. Elle est en outre utilisée dans l’objectif de dénoncer, de critiquer quelque chose ou quelqu’un. Pour cela, le locuteur décrit souvent la réalité avec des termes apparemment valorisants, dans le but de la dévaloriser. L’ironie invite donc le lecteur ou l’auditeur, à être actif pendant sa lecture ou son audition, à réfléchir et à choisir une position.L’étymologie du mot ironie provient du grec eironeia, qui signifie ignorance feinte (une technique souvent employée par le philosophe grec Socarate), de eiron, celui qui pose une question en se prétendant crédule.

L’ironie verbale est ainsi souvent employée dans des textes et discours argumentatifs et critiques. L’auteur utilise alors différents procédés de style :
- l'antiphrase : dire le contraire de ce que l’on pense, en le montrant d’une manière évidente. (ex : « Ah ! Tu es propre ! Regarde toutes ces taches!»)
- l'hyperbole : exagérer ses propos. (ex : « Il est grand, gigantesque. »)
- la litote : dire peu pour suggérer beaucoup, fausse atténuation. (« Va, je ne te hais point » = je t’aime)
- la parodie : imitation pour se moquer.
- le pastiche : imitation d’une personne, d’un style, d’une profession, etc. pour se moquer.

Citation :
Le sarcasme désigne une moquerie ironique, une raillerie tournant en dérision une personne ou une situation. Il est mordant, souvent même amer et blessant. Il peut être considéré comme une forme d'ironie piquante ou belliqueuse. Tandis que le cynisme relève d'une bravade contre les valeurs, les convenances et les principes de la société, le sarcasme est plutot une réaction à une situation plus piquante et amère. Il se rapproche de l‘humour noir, mais est plus acerbe là où l'humour noir cherche plutot à faire rire. Le sarcasme n'est généralement pas considéré comme une forme d'humour.

Citation :
Une satire est une œuvre dont l'objectif est de ridiculiser son sujet (des individus, des organisations, des États, etc.), souvent dans l'intention de provoquer ou prévenir un changement. Selon le petit Robert, le sens moderne et courant est : « Écrit, discours qui s’attaque à quelque chose, à quelqu’un, en s’en moquant ».
Il existe plusieurs types de satire :
- la diminution réduit la taille de quelque chose en vue de la faire paraître ridicule ou de pouvoir l'examiner en détail et exposer ainsi ses défauts.
- l'exagération est une technique commune de satire où l’on prend une situation réelle et on l'exagère à un point tel qu'elle devient ridicule.
- la caricature se rattache à cette technique.
- la juxtaposition compare des choses d'importance inégales, ce qui met l’ensemble au niveau de moindre importance.
- la parodie imite les techniques et le style d’une personne, d’un lieu ou d’une chose en vue de le ridiculiser.

Voilà. Et voici mes premières questions pour lancer le débat:

- Quels exemple tirés de l’œuvre de Jane Austen illustrent le mieux les divers types d’ironie mentionnés plus haut?

- Jane Austen utilise-t-elle d’autres procédés humoristiques?

Par la suite nous pourrons peut-être aborder le sujet plus polémique de savoir si et comment les adaptations de son œuvre rendent justice à son humour. Wink

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clinchamps
Oshaberi Sensei
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MessageSujet: Re: Humour et ironie chez Jane Austen   Dim 3 Fév 2008 - 18:47

Bien sûr, Cat, ta citation d'ouverture est parfaite et illustre très bien l'esprit Austenien. Au risque de me répéter je dirais que les meilleurs exemples de l'ironie de l'auteur se trouvent dans les dernières pages de S&S, par exemple l'entreprise de séduction de Lucy sur robert :

Toute l'attitude de Lucy dans cette affaire et le succès qui la couronna peut être donné comme un exemple encourageant de ce qu'une attention éveillée et incessante à son intérêt personnel peut faire pour s'assurer, à travers tous les obstacles, tous les avantages de la fortune, sans qu'on ait à sacrifier autre chose que son temps et sa conscience"

Il y a l'antiphrase entre l'idée d'admiration et l'objet de cette admiration qui est un égoïsme forcené, et il y a la juxtaposition des deux notions de "perdre son temps" et perdre sa conscience", les mettant sur le même pied d"égalité, soit qu'il n'est pas plus gênant de perdre quelques heures que sa propre estime.

La description de Lucy faisant la conquête de sa belle-mère par sa capacité à s'humilier, une"marque hautaine d'attention qu'elle accueillit comme une bouleversante faveur" fait que "Lucy devint plus nécessaire à Mrs Ferrars que Robert et Fanny."

et en conclusion "si l'on passe sur les jalousies et la mauvaise entente perpétuelles entre Lucy et Fanny, auxquelles leurs maris prenanient naturellement part, et aussi les fréquentes querelles de ménage entre Robert et Lucy, rien n'était plus beau que l'harmonie dans laquelle ils vivaient"
J A nous décrit un enfer domestique et fait une chute brillante sur la notion d'harmonie parfaite, si l'on passe sur tout le reste.

Au sujet de Marianne et Brandon, l'ironie est moins mordante, plus tendre, car ce sont des héros sympathiques. Marianne n'a que les défauts d'une jeunesse enthousiaste, et Brandon est un grand cœur, aussi on sent le sourire derrière la phrase "Ils(Edward et Elinor) avaient conscience de leurs obligations envers lui, et Marianne n'était-elle pas la récompense toute trouvée à ses bienfaits ?"
Ce serait horrible comme transaction si il n'y avait l'amour de Brandon et la tendresse de Marianne, et "s'étant enfin aperçue de son tendre attachement" que pouvait-elle faire ?

D'ailleurs c'est toujours avec une ironie attendrie que J A Parle de Marianne, toujours par antiphrases: "un attachement fait à un âge aussi avancé que dix-sept ans" et donner sa main à quelqu'un qu'elle "avait jugé tout juste bon à soigner ses rhumatismes".

C'est souvent dans les pages de conclusions de ses histoires que J A exerce son esprit caustique, évitant ainsi le Happy-end sirupeux auquel le genre "roman" de ce temps nous a habitués souvent.

J'espère être restée dans l'esprit du post ? J'ai hâte de vous lire ! cheers
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Miss Bell
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MessageSujet: Re: Humour et ironie chez Jane Austen   Lun 4 Fév 2008 - 0:50

Merci d'avoir ouvert ce topic cat Very Happy ! Je prends le temps de la réfléxion, je prépare un beau post bien constructif et je je reviens mettre mon grain de sel Wink !
Et en passant Clinchamp je suis entièrement d'accord sur ton avis concernant S&S !
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janeforever
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MessageSujet: Re: Humour et ironie chez Jane Austen   Lun 4 Fév 2008 - 17:40

je trouve le sujet de ce topic absolument génial.
il m'est assez désagréable de jouer la rabat-joie mais pourquoi tout le monde oublie systématiquement de dire la deuxième partie de la citation, tout aussi importante à mes yeux??
Citation :

"Dès lors, et si peu que l'on sache de son sentiment à cet égard, lorsqu'il arrive dans une nouvelle demeure, cette idée est si bien fixée dans l'esprit des voisins qu'ils le considèrent sur-le-champ comme la propriété légitime de l'une ou l'autre de leur filles."

D'ailleurs, dans mon livre en français, non seulement c'est assez mal traduit mais en plus ils ont attaché les deux parties de la citation!!! Mad
Dans l'esprit de Jane Austen, fille de pasteur, cette citation devait être comme un psaume, et c'est dans cette intention qu'elle l'a rédigée en deux parties séparées, une courte et l'autre plus longue.

Et c'est là qu'on a un exemple de la fameuse ironie de Jane Austen, qui rédige la première phrase de son roman non pas comme un proverbe mais comme un psaume!!

Alors désolée d'avoir mis mon grain de sel, mais je suis passionnée de Jane Austen et j'espère que ces "précieuses informations" interesseront quelqu'un!!
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Miss Bell
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MessageSujet: Re: Humour et ironie chez Jane Austen   Lun 4 Fév 2008 - 17:47

Pourquoi comme un psaume ? Juste à cause des longueurs différente des deux phrases ? Et en quoi le fait que cela soit un psaume serait plus ironique que si c'était simplement rédigé comme un proverbe ? scratch Peux tu détailler s'il te plait parce que je ne suis pas sûre de comprendre... Je suis un peu lente à la comprenette parfois lol! !
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janeforever
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MessageSujet: Re: Humour et ironie chez Jane Austen   Lun 4 Fév 2008 - 18:04

je vais de ce pas demander à ma seour de plus amples informations, car elle s'y connaît mieeux que moi sur ce sujet!
Embarassed
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clinchamps
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MessageSujet: Re: Humour et ironie chez Jane Austen   Mar 5 Fév 2008 - 14:16

En y repensant, il me semble que l'ironie est dans le style et le ton de la narratrice bien plus que dans les dialogues qu'elle met dans la bouche de ses personnages, ce qui expliquerait que cette causticité très spéciale disparaisse pratiquement systématiquement des adaptations (je viens de voir les 2 "persuasion" et cela m'est apparu paru assez nettement.
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christelle
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MessageSujet: Re: Humour et ironie chez Jane Austen   Mar 5 Fév 2008 - 17:34

Ah l'humour de Jane Austen! et quelle bonne idée que ce topic.

Ce qui me frappe le plus, c'est la façon à la fois cruelle et tendre qu'elle a de décrire les travers de ses personnages.
par exemple, dans P&P, avec Mrs Bennet, ou avec Lydie, qui ne sont pas épargnées.

Ses dialogues sont plein de verve, et de réparties intelligentes, et elle utilise beaucoup le double sens.
toujours dans P&P, le dialogue sur les bienfaits d'une marche dans un salon est un de mes favoris! Smile

comment était perçue cette ironie à l'époque où ses livres ont paru?
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janeforever
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MessageSujet: Re: Humour et ironie chez Jane Austen   Mar 5 Fév 2008 - 18:32

je pense qu'à l'époque beaucoup de gens n'ont pas appréciés les critiques qu'elle fait.
d'ailleurs j'ai lu que des gens de sa connaissance avaient été furieux car ils croyaient que dans je ne sais plus quel roman elle parlait de leurs amis proches...qu'elle n'avait jamais rencontré, c'est là que c'est drôle!
la pauvre, comment aurait-elle pu critiquer des personnes qui lui étaient parfaitement inconnues!!
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MissAcacia
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MessageSujet: Re: Humour et ironie chez Jane Austen   Mer 6 Fév 2008 - 22:56

Merci Cat, pour ce sujet. Very Happy

L'humour est, je crois ce que j'aime le plus dans l'oeuvre de JA, avec ses galeries de personnages (et en particulier ses personnages masculins, ne boudons pas notre plaisir I love you ). Et je suis particulièrement sensible à l'ironie, à laquelle je suis personnellement très encline (on n'se refait pas, Rolling Eyes )

Je suis d'accord, c'est ce qui fait le sel de son oeuvre, en particulier O&P et NA (ou elle pratique aussi l'autodérision). Henry Tilney est un personnage très ironique, même si Mrs Allen n'y voit que du feu. Je me permets de citer:

Citation :
"Pourquoi en effet ! dit-il, en reprenant un ton naturel, mais il faut bien que votre réponse ait l'air de susciter en moi une certaine émotion et la surprise, c'est ce qu'il y a de plus facile à feindre. De surcroît ce n'est pas une émotion plus déraisonnable qu'une autre. Poursuivons maintenant."

et le fameux:

Citation :
"Elle est très belle, Madame, dit-il, en l'examinant d'un air grave; mais à mon avis, elle ne supportera pas bien le lavage. J'ai bien peur qu'elle ne s'effilloche."

En réponse à Mrs Allen lui demandant son opinion sur la robe de Miss Morland.

Pour répondre à ta première question Cat, j'ai cité l'autodérision (pratiquée par JA mais aussi par Henry Tilney ou Elizabeth Bennet) mais je trouve aussi un certain sens du burlesque et du ridicule chez notre chère Jane. En tous les cas, bon nombre de ses personnages en ont des aspects très marqués: Charlotte Palmer (de grands moments!), Mrs Jennings, Mrs Allen, Sir Lucas, Mr Hurst... ils disent des absurdités, courent dans tous les sens, ne savent pas se tenir, sont importuns...
Le "burlesque" est souvent mieux transcrit dans les adpatations (plus facile ?).
Il y a aussi une certaine dose d'espièglerie mais je ne saurais dire si c'est spécifique à O&P ou si on la retrouve ailleurs (pas d'exemple en tête... ou peut-être Frank Churchill, il me semble assez espiègle)

Pour moi, Persuasion est plus dans le registre de la satire que de l'ironie proprement dite. Il y a un côté un peu plus amer (Anne souffre de sa famille alors qu'Elizabeth en rit même si elle ressent durement leurs travers lors de l'épisode Lydia...).
Et Mansfield Park est un mystère. Je ne suis pas loin de croire que le roman dans son ensemble est une plaisanterie. Il a été cité à l'époque comme son roman le plus moral, à mon avis surtout en raison de ses héros (Fanny et Edmund) et pourtant, j'y trouve une impressionnante galerie de personnages amoraux ou sans principes ou encore aux comportements pour le moins immoraux. On sait qu'à l'époque JA a soigneusement consigné les articles et les impressions de ses lecteurs, mais pourquoi pour ce roman-ci plus particulièrement ? I don't know.
Mais je peux me tromper Wink

Oula, j'ai largement dépassé mon temps de parole...
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clinchamps
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MessageSujet: Re: Humour et ironie chez Jane Austen   Jeu 7 Fév 2008 - 11:20

Le personnage burlesque que je préfère est Miss Bates dans "Emma" dont les soliloques perpétuels sont un chef d'œuvre dans l'art d'allier le style écrit avec l'oralité. Tous ces propos à peu près inutiles et sans intérêts s'enchaînent cependant avec une sorte de logique imparable qui fait que le discours pourrait ne jamais s'arrêter si personne ne l'interrompait.
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cat47
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MessageSujet: Re: Humour et ironie chez Jane Austen   Jeu 7 Fév 2008 - 18:25

Clinchamps, toi qui as pris la peine de répondre presqu’immédiatement, tu dois être très étonnée de voir que les messages ne s’accumulent pas mais en fait, le sujet est tellement vaste que j’ai eu besoin d’un certain temps de réflexion afin de mettre de l’ordre dans mes idées. Par mesure de simplification, je commencerai par répondre à quelques commentaires faits jusqu’à présent dans ce sujet.

Contrairement à Clinchamps, je n’ai pas eu l’impression que les meilleures morceaux d’ironie se trouvaient dans Sense and Sensibility. Je pencherais plutôt pour Pride and Prejudice et Northanger Abbey, il me semble vraiment que ce sont les deux romans où l’on trouve le plus d’humour, que ce soit sous forme d’ironie ou sous d’autres formes, d’ailleurs. Mais je trouve cependant les extraits cités en relation avec Lucy Ferrars très représentatifs de la méthode et particulièrement cinglants. Ce qui me mènera à une première réflexion: il me semble que l’ironie de Jane Austen s’exerce de manière plus caustique à l’encontre de ses personnages secondaires que de ses personnages principaux. Clinchamps a parlé d’ironie attendrie par rapport à Marianne, je suis tout à fait d’accord avec ce terme.

Ses personnages secondaires sont donc les plus amusants, mais je n’irais tout de même pas jusqu’à parler de burlesque, contrairement à MissAcacia, et je crois que nous avons peut-être là une des raisons qui font que nous n’avons pas le même avis sur la capacité des différentes adaptions à rendre l’humour de Miss Austen. Je prends l’exemple des personnages secondaires que je trouve les plus drôles: Mr Collins, Mrs Bennet, Lady Catherine, Mr. Woodhouse, Mrs Jennings, Mrs Norris, Sir Elliot. Tourner en dérisions leur défauts en respectant l’esprit des romans n’est pas une sinécure, les adaptations s’y efforcent chacune à leur manière et les options choisies peuvent avoir un impact différent selon les goûts du public.

P&P 95 a par exemple une approche qui tend vers le burlesque pour Mr Collins, Mrs Bennet et Lady Catherine que personnellement je n’apprécie pas spécialement mais que je considère tout de même conforme à l’esprit du livre. P&P 05 a une approche plus explicative (je ne trouve pas le bon mot mais je veux dire par là que c’est moins visuel, moins burlesque) pour Mrs Bennet et surtout pour Lady Catherine (mise en opposition du décorum en vigueur à Rosings avec les mauvaises manières - indiscrétion des questions posées, mise en évidence de l’heure de visite inappropriée). Le Mr Collins de la version 05 illustre d’une toute autre manière que son pendant 95 les côtés humoristiques du personnage mais l‘effet n‘est pas moins comique selon moi. Son arrivée à Longbourne, son aparté avec Mrs Bennet sur les raisons de sa visite et son adaptation immédiate au nouvel objet de sa flamme, sa demande en mariage, qui même incomplète nous sert les énormités collinsiennes qui me font glousser à chaque fois (et comme je glousse, je ne suis pas étonnée que Lizzie puisse glousser aussi Wink ) tout en ajoutant des petits détails qui ne me rendent pas moins joyeuse (ah la petite fleur!), son "abordage" de Mr Darcy, bref, l’humour est bien là.

Différence de traitement pour Sir Elliot également entre la version 95 de Persuasion et la version 2007. Ce personnage est selon moi le principal élément comique du livre, qui n’en compte pas tant que cela (et là Clinchamps, je me demande si les adaptations pouvaient avoir un ton plus ironique puisque le livre est tout de même assez mélancolique). Mais il n’est pas évident de faire justice à la drôlerie de sa vanité et de ses opinions sur la beauté des gens . L’adaptation 2007 prend un parti plus burlesque, je préfère quant à moi la version plus sobre de Corin Redgrave mais j’admets que les deux sont drôles.

Même différence selon moi entre Sir Middleton et Mrs Jennings version Ang Lee et leur pendant version BBC 2008. Les premiers tendent plus vers le burlesque, je leur préfère les deuxièmes, plus subtils. Je ne me rappelle pas exactement des détails mais Sir Middleton par certaines affirmations péremptoires sur le caractère des gens (je crois que c’est en particulier sur Willoughby mais il faudrait que je vérifie) se révèle un piètre analyste de caractère, ce qui le rend ridicule mais sans que le trait soit trop appuyé. Une façon d’illustrer les petits travers des gens tout à fait conforme à l’esprit austénien. Idem pour Mrs Jennings, il faut faire comprendre que son indiscrétion est ridicule mais elle ne doit pas être trop insupportable non plus afin que l’on puisse comprendre pourquoi Mrs Dashwood accepte de lui confier ses filles. Dans le livre, Mrs Jennings est la personne qui apporte le plus d’humour mais je comprends pourquoi les adaptations ne peuvent pas lui accorder autant d’importance, je trouve que c’est un choix logique pour une adaptation de se recentrer sur les personnages principaux.

Clinchamps a écrit:
En y repensant, il me semble que l'ironie est dans le style et le ton de la narratrice bien plus que dans les dialogues qu'elle met dans la bouche de ses personnages, ce qui expliquerait que cette causticité très spéciale disparaisse pratiquement systématiquement des adaptations (je viens de voir les 2 "persuasion" et cela m'est apparu paru assez nettement.
Je ne suis qu’en partie d’accord avec cette affirmation. Dans P&P en particulier, les répliques qui tuent sont légion, raison pour laquelle il est peut-être plus facile de retrouver l’humour austénien dans les adaptations de ce livre, il suffit de reprendre ou d’adapter légèrement la prose de l‘auteur. Mr Bennet par exemple est une source inépuisable de bon mots. Quelques exemples:

Citation :
Les jeunes filles aiment toutes un petit chagrin d’amour de temps en temps. Cela occupe leurs pensées et, d’une certaines manière, les distingue de leurs compagnes.
Citation :
An unhappy alternative is before you, Elizabeth. From this day you must be a stranger to one of your parents.
Citation :
It is happy for you that you possess the talent of flattering with delicacy. May I ask whether these pleasing attentions proceed from the impulse of the moment, or are they the result of previous study?

Sans mentionner celle avec les nerf de Mrs Bennet et la façon dont il la chambre avec les visites à faire aux nouveaux voisins.

Le fier Mr Darcy n‘est pas en reste : le fameux
Citation :
Any savage can dance
mais aussi
Citation :
A lady's imagination is very rapid; it jumps from admiration to love, from love to matrimony in a moment.
et
Citation :
You either chuse this method of passing the evening because you are in each other's confidence, and have secret affairs to discuss, or because you are conscious that your figures appear to the greatest advantage in walking; -- if the first, I should be completely in your way; -- and if the second, I can admire you much better as I sit by the fire.

Lizzie bien sûr aime également à exercer son esprit acéré:
Citation :
I am perfectly convinced by it that Mr Darcy has no defect. He owns it himself without disguise.
Citation :
It is your turn to say something now, Mr Darcy -- I talked about the dance, and you ought to make some kind of remark on the size of the room, or the number of couples
.

Bon, il faut que j’arrête, là, je me laisse emporter. Embarassed Mais je trouve que les dialogues de P&P son tellement savoureux que je pourrais presque tous les citer. Pour les autres œuvres, le ton ironique ne se retrouve peut-être pas dans les dialogues de manière aussi intense et il est vrai que l’on se retrouve dans ce cas face à la difficulté d’être fidèle au ton de l’auteur sans utiliser une voix off, mais je suis d’avis que c’est tout à fait possible et j’ai bien l’intention de le prouver. Ce sera pourtant pour une autre fois car je crois que mon post est déjà assez long comme cela.

PS : désolée pour les citations en anglais mais c'est plus raide de prendre les textes sur le net. J'ajouterai les traductions françaises une autre fois. Et puis maintenant que Clinchamps commence à préférer les sous-titres anglais... Wink

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MissAcacia
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MessageSujet: Re: Humour et ironie chez Jane Austen   Sam 9 Fév 2008 - 18:39

Cat, je vois que nous convergeons sur deux romans O&P et NA. Les dialogues de NA sont, à mon avis, aussi très ironiques. Henry Tilney n'a certes pas de répondant comme Lizzie en a avec Mr. Darcy (Catherine Morland, malgré tout son charme juvénile, n'est pas au niveau! Wink ) mais il est assez terrible.

Citation :
“Now I must give one smirk, and then we may be rational again.” Catherine turned away her head, not knowing whether she might venture to laugh. “I see what you think of me,” said he gravely — “I shall make but a poor figure in your journal tomorrow.”

“My journal!”

“Yes, I know exactly what you will say: Friday, went to the Lower Rooms; wore my sprigged muslin robe with blue trimmings — plain black shoes — appeared to much advantage; but was strangely harassed by a queer, half–witted man, who would make me dance with him, and distressed me by his nonsense.”

“Indeed I shall say no such thing.”

“Shall I tell you what you ought to say?”

“If you please.”

“I danced with a very agreeable young man, introduced by Mr. King; had a great deal of conversation with him — seems a most extraordinary genius — hope I may know more of him. That, madam, is what I wish you to say.”

“But, perhaps, I keep no journal.”

Citation :
“As far as I have had opportunity of judging, it appears to me that the usual style of letter–writing among women is faultless, except in three particulars.”

“And what are they?”

“A general deficiency of subject, a total inattention to stops, and a very frequent ignorance of grammar.”

Je vois que mon terme "burlesque" ne te convainc pas, je n'avais pas trouvé mieux et ce n'est peut-être pas le terme adéquat. J'ai l'impression que Clinchamps a compris ce que je voulais exprimer, Miss Bates me semble avoir effectivement cet élément comique plus visuel (le terme est peut-être meilleur).

Je ne mets pas sur le même plan les Mr Collins, Mrs Bennet, Mary Bennet, Lady Catherine, Fanny Dashwood, Isabella Thorpe, et quelques autres pour lesquels effectivement, elle s'applique à tourner leurs défauts en dérision sans qu'il y ait (à mon avis) l'effet visuel que l'on trouve sur d'autres. Mais j'ai peut-être interprété trop loin...
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darcy-lennon
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MessageSujet: Re: Humour et ironie chez Jane Austen   Jeu 8 Juil 2010 - 17:54

Il y a longtemps de cela, j'ai lu que Jane Austen utilisait ses personnages pour simplement rire de personnes qu'elle connaissait. Ainsi il y a eu un vrai Collins, ou une vraie Lydia ... Mais il y en a toujours !
Ce que j'aime dans ses dialogues sont ses réparties, et comme beaucoup d'entre vous, ses phrases au double sens !
Mais je crois que ce qui m'a toujours marqué et fait rire sont bien les portraits et descriptions de ses personnages !
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MessageSujet: Re: Humour et ironie chez Jane Austen   Jeu 8 Juil 2010 - 22:21

Dans NA, il y a aussi une forme d'humour dans l'expression de la candeur de Catherine, avec un effet de distance et de complicité avec le lecteur.

Quand Catherine s'exclame à propos de Bath "Si seulement Papa, Maman, et le reste de la famille pouvaient être là, j'en serais trop heureuse" Cette affirmation pleine de naïveté du personnage prête à sourir sans pour autant qu'elle soit ridicule.

Ou quand à son frère James qui est de toute évidence venu à Bath pour Isabelle, elle s'exclame

" Comme tu es bon d'être venu de si loin pour me voir". Ce à quoi James réponds très gentiment "En vérité Catherine, je t'aime tendrement", ce qui est une façon habile de ne pas répondre...
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darcy-lennon
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MessageSujet: Re: Humour et ironie chez Jane Austen   Jeu 8 Juil 2010 - 22:33

En effet tu as raison, je n'y ai jamais fait attention !
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MessageSujet: Re: Humour et ironie chez Jane Austen   

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Humour et ironie chez Jane Austen
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